Les subventions consenties à l’artisanat devraient faciliter l’accès aux marchés internationaux et faire augmenter les exportations de manière significative.
Radioscopie : La feuille de route qui sera disponible d’ici le premier semestre 2026 devrait permettre l’aboutissement des orientations du secteur de l’artisanat qui a opéré sa mue après la crise due à la Covid-19. Le ftour-débat organisé par notre confrère La Vie Eco autour du thème «Artisanat : la nouvelle ère d’un art ancestral» aura permis de faire un véritable tour d’horizon de la question. Les enjeux sont réels : passer d’un secteur à vocation sociale à un levier économique.
L’artisanat marocain contribue à environ 7% du PIB et emploie plus de 2,6 millions de personnes, soit 22% de la population active. Avec plus de 172 métiers, le secteur a vu ses exportations dépasser 1,2 milliard de dirhams en 2025, portées principalement par le marché américain et l’engouement pour la poterie traditionnelle marocaine.
Le ftour-débat organisé par notre confrère La Vie Eco autour du thème «Artisanat : la nouvelle ère d’un art ancestral» aura permis de faire un véritable tour d’horizon autour de la question. Les enjeux sont réels: passer d’un secteur à vocation sociale à un levier économique. Sous l’impulsion du Souverain, les orientations sont claires. En deux ans à peine, Lahcen Essaadi, secrétaire d’Etat chargé de l’artisanat, aura devancé ses prédécesseurs pour moderniser et veillé à donner, notamment, les outils nécessaires à la Chambre professionnelle pour suivre le développement souhaité. Jalila Morsli, présidente de la Chambre d’artisanat de la région Casa-Settat, l’atteste. L’enjeu aujourd’hui est d’inscrire l’évolution dans la durabilité et de soulever toutes les problématiques pour les solutionner. L’exercice en vaut la chandelle selon le politicien puisque de par le monde, les pays qui ont misé sur l’artisanat en ont fait un pilier économique.
Selon lui, pour réussir ce pari, il faudra préserver le cachet du produit artisanal car il représente toute une civilisation et est ambassadeur en dehors des frontières marocaines. Et c’est sur cet axe central que les programmes ont été inspirés et mis en œuvre pour développer le secteur. «Les exportations dépassant le milliard de dirhams sont en hausse et les potentialités sont grandes ». L’homme est plus que déterminé à mettre les bouchées doubles pour que l’artisanat soit vecteur de richesses. La dynamique du secteur et la cohésion entre les acteurs devraient concourir à l’atteinte de cet objectif.
Tarik Sadik, DG de la Maison de l’artisan, convié également à l’événement pour apporter son éclairage sur la promotion du secteur, insistera sur l’intérêt de transformer le secteur vu uniquement sous la vision sociale en pôle productif. «C’est cette équation que nous essayons de résoudre et on a besoin pour cela d’offrir sur le marché des produits de qualité. L’Etat a œuvré pour élaborer des programmes structurants sous l’impulsion de la plus Haute Autorité et la Maison de l’artisan œuvre précisément à l’accès aux marchés à travers la promotion des produits artisanaux». Les enjeux sont réels quand on sait que 10% des devises qui rentrent au pays sont générés par des dépenses relatives à des achats de produits artisanaux par les touristes.
Jalila Morsli, présidente de la Chambre d’artisanat de la région Casa-Settat, est revenue, lors de son intervention, sur l’évolution du secteur après la crise de la pandémie liée à la Covid-19. C’était en effet l’occasion d’organiser le secteur dans son intégralité et de le définir clairement. Le Registre des métiers a permis ainsi d’identifier 172 corps de métiers. Les organiser et surtout faire adhérer le maximum d’artisans dans le secteur formel, tel est le défi. Et aujourd’hui, l’écosystème devrait permettre de fidéliser les artisans et leur donner plus d’assurance à y rester. L’octroi d’une carte professionnelle électronique permet à son détenteur d’accéder, désormais, aux soins, à travers une cotisation à l’AMO à hauteur de 150 DH par mois. Ce dispositif numérique facilite plusieurs autres accès comme une réduction aux transports en commun et une reconnaissance pour ouvrir un compte bancaire. Bref, organiser le secteur de l’artisanat est essentiel pour une meilleure communication avec les pouvoirs publics. «Chaque métier avait un amine auparavant qui représentait un ensemble d’artisans d’une catégorie donnée. Aujourd’hui, nous les invitons à s’organiser en association pour poursuivre le développement du secteur d’une manière transparente et fluide», précise la présidente de la Chambre d’artisanat de la région Casablanca-Settat.
Younes Serghini, directeur de l’Atelier Serghini Poterie et Céramique, apportera, quant à lui, sa vision dans la poterie. Représentant la 8ème génération de potier dans la famille, l’entreprise a réussi à accéder aux marchés internationaux à travers un savoir-faire bien installé. «Avant, le touriste venait acheter un produit d’artisanat juste pour faire plaisir, frôlant la charité alors qu’aujourd’hui les niveaux d’exportations démontrent que nous sommes passés à un autre stade. Les commandes nous arrivent de chaque coin du monde pour ne citer que l’Inde, la Suisse, la Russie et les Etats-Unis».
Le secrétaire d’Etat en profitera à ce niveau pour revenir sur la question de la préservation du produit artisanal. La Maison de l’artisan ayant été mandatée pour réaliser des études pour identifier des marchés potentiels
«Derrière le zellije par exemple il y a toute une histoire, voire une culture spirituelle et c’est pourquoi la nouvelle génération doit convaincre tous les artisans de rester dans cette tendance. La force de ce secteur est que les artisans demeurent passionnés parce qu’ils façonnent de leurs mains.» Les propos de M. Essaadi sont clairs.
Il saluera également l’effort du ministère des finances d’avoir enfin intégré le secteur dans la Charte de l’investissement pour entretenir sa croissance.
Les subventions consenties à l’artisanat devraient faciliter l’accès aux marchés internationaux et faire augmenter les exportations de manière significative.
Ce n’est que de cette manière que le secteur pourra générer davantage de richesses. Les autres pays fonctionnent d’ailleurs ainsi. Et le Maroc a accusé un énorme retard avant de parvenir à cette décision.
La loi 50-17 qui est venue organiser le secteur notamment en associations devra aujourd’hui permettre de répondre clairement à des doléances d’un côté et des conditions de l’autre dans un cadre réglementaire clair. Pour l’heure la commission artisanat au sein de la CGEM dénombre 1.000 entreprises, ce qui est un bon début.
La seconde problématique est la conservation puisque 32 métiers sont condamnés à disparaître. Et c’est dans ce sens que le programme de l’Unesco a été reconduit à l’horizon 2030 de telle sorte à répondre à cet impératif.
Les attentes sont énormes. L’appel à l’investissement est lancé. Les orientations claires. L’adhésion des acteurs est réelle. Le patrimoine marocain est une richesse qui devra être entretenue et érigée vers le reste du monde pour créer de la valeur ajoutée et hisser le secteur vers le haut. C’est possible.









