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Raffarin plaide en faveur du référendum

En début de semaine, lors de son voyage à Moscou, le Premier ministre français a clairement fait connaître sa préférence à la presse, estimant qu’il fallait consulter les Français sur ce projet « tellement important ». S’appuyant sur la montée de « l’euroscepticisme en France » et du « rejet des élites », il estime que le débat sur la Constitution ne doit pas être « une affaire simplement réglée par l’UMP et le PS », c’est-à-dire par voie parlementaire. « Il faudra un référendum (…) Un vrai Européen ne peut pas ne pas vouloir d’un référendum » et il ne faut pas régler cette question « en douce », fait-il valoir. Une initiative étonnante de la part d’un chef de gouvernement toujours très soucieux de ne pas marcher sur les plates-bandes du président Jacques Chirac, à qui il revient, institutionnellement, de choisir entre la consultation populaire et la voie parlementaire. A ce jour, le chef de l’Etat n’a pas encore arrêté son choix. A l’Elysée, on soulignait jeudi que sa position n’avait pas changé depuis le sommet de l’UE à Salonique (Grèce) en juin dernier et son intervention du 14 juillet et qu’il ne prendrait « sa décision qu’à l’issue de la Conférence intergouvernementale », donc au mieux courant décembre. En Grèce, M. Chirac s’était dit « a priori très ouvert » sur un référendum avant d’ajouter, un mois plus tard, que cela dépendrait « naturellement de la nature des résultats » de la CIG. A l’UMP comme au gouvernement, on souligne que c’est le contexte national qui pèsera le plus dans la balance, c’est à dire le climat économique et social du moment mais aussi la position des autres formations politique et d’abord du PS. La position de M. Raffarin apparaît donc beaucoup plus tranchée que celle de nombre de responsables de la majorité. Si Alain Juppé est plutôt pour, Nicolas Sarkozy juge l’exercice trop risqué politiquement. Très prudent, le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a déclaré mercredi que les deux voies étaient « éminentes, puisque dans les deux cas c’est la souveraineté qui s’exprime », en rappelant que « plusieurs pays » ont déjà choisi la voie parlementaire. « Si on fait le référendum, aujourd’hui on le perd », estimait récemment devant des journalistes Renaud Donnedieu de Vabres, ministre des Affaires européennes dans les premières semaines du gouvernement Raffarin. « Si on choisit cette voie, il faudra vraiment qu’on s’en donne les moyens », selon cet europhile convaincu, qui évoque « l’air du temps radical ». Comme le référendum en Corse l’a montré, les électeurs ont parfois tendance à ne pas répondre à la question posée mais à se prononcer sur le gouvernement en place. Le précédent de Maastricht en 1992 – petite victoire du +oui+ à 51% – peut aussi inciter à la prudence. Si, selon un sondage BVA-Le Monde publié mardi, 74% des Français sont favorables à un référendum, une majorité plus étroite (54%) approuverait la Constitution, selon une autre enquête CSA. Conscient de ces risques, le Premier ministre, dont la récente charge contre « les bureaux » de Bruxelles a été perçue comme susceptible d’alimenter l’euroscepticisme ambiant, estime qu’il faudra faire oeuvre de pédagogie et campagne pour « changer l’Europe ».

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