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Territoires : le Maroc amorce le changement de modèle

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Réforme territoriale – La nouvelle génération de développement en marche – 210 milliards DH sur huit ans pour transformer les régions en moteurs de croissance plus autonomes

Rupture: Avec près de 210 milliards de dirhams programmés sur huit ans, une gouvernance repensée et une approche construite à partir des besoins locaux, la nouvelle génération des programmes de développement territorial marque une inflexion majeure. Au-delà des montants, c’est une nouvelle manière de concevoir l’action publique qui se met en place, au cœur d’une régionalisation appelée à devenir pleinement opérationnelle.

L’ampleur des moyens annoncés attire naturellement l’attention. Mais dans cette réforme, l’essentiel ne se situe pas dans le volume des investissements engagés. On est véritablement en présence d’une rupture qui dépasse les chiffres.
La nouvelle génération des programmes de développement territorial s’inscrit dans un mouvement bien plus profond, qui touche à la manière même dont l’action publique est pensée et structurée. À première vue, l’annonce d’une enveloppe de près de 210 milliards de dirhams sur huit ans impressionne. Mais la véritable rupture se joue ailleurs : dans le changement de logique qui préside désormais à la conception des politiques publiques.
Pendant longtemps, le développement territorial s’est construit selon un schéma globalement descendant. Les priorités étaient définies au niveau central, puis déclinées au niveau local, avec des ajustements plus ou moins fins en fonction des réalités du terrain. Certes, ce modèle a permis des avancées importantes, notamment en matière d’infrastructures et d’équipements. Mais il a aussi montré ses limites face à la diversité des situations territoriales et à la complexité croissante des besoins.

Ce qui se dessine à travers cette nouvelle génération de programmes dépasse largement une réforme sectorielle. C’est un véritable changement de modèle qui s’esquisse. 

Ce qui se met en place aujourd’hui vient inverser cette logique. Le point de départ n’est plus l’administration centrale, mais le territoire lui-même. Les programmes sont désormais élaborés à partir des besoins exprimés localement, à l’issue de larges concertations menées dans l’ensemble des préfectures et provinces.
Derrière cette évolution, il y a bien plus qu’un simple ajustement méthodologique. C’est une autre manière de penser le développement qui s’installe progressivement. Une approche qui considère que l’efficacité de l’action publique repose d’abord sur sa capacité à s’ancrer dans les réalités locales, à comprendre les attentes des populations et à valoriser les spécificités de chaque territoire.

Du territoire comme point de départ

Les diagnostics réalisés à l’échelle locale, intégrant des indicateurs liés à l’emploi, à l’éducation, à la santé ou encore à l’accès à l’eau, traduisent cette volonté de partir du concret pour construire des réponses adaptées.
Ce basculement méthodologique s’accompagne d’un changement d’échelle assumé. Avec près de 210 milliards de dirhams mobilisés sur huit ans, ces programmes s’inscrivent désormais dans une logique de transformation structurelle. Il ne s’agit plus uniquement de corriger des déséquilibres ou de combler des retards, mais de repositionner les territoires comme de vrais moteurs de croissance.
L’enjeu est désormais d’améliorer durablement leur attractivité, de
stimuler l’investissement et de créer des emplois en s’appuyant sur leurs potentialités propres. Autrement dit, passer d’une logique de rattrapage à une logique de projection.

Une gouvernance entièrement repensée

Mais c’est sans doute dans la gouvernance que la réforme révèle toute sa portée. Le dispositif retenu repose sur une articulation à trois niveaux, chacun avec des responsabilités clairement définies.
Au niveau local, des comités présidés par les gouverneurs, associant élus et services déconcentrés, seront chargés d’élaborer les programmes et d’en suivre l’exécution, en lien direct avec les populations. À l’échelle régionale, les walis assureront la consolidation et l’harmonisation des projets. Enfin, au niveau national, un comité présidé par le Chef du gouvernement validera les programmes et veillera à leur cohérence globale.
Ce schéma traduit une volonté de mieux répartir les responsabilités tout en maintenant une coordination forte. Il introduit surtout une dynamique nouvelle, dans laquelle les territoires ne sont plus de simples espaces d’exécution, mais de véritables acteurs de la décision.

Vers une logique de performance

L’autre évolution majeure concerne les mécanismes d’exécution. La transformation des agences régionales en sociétés anonymes constitue à cet égard un signal fort.
Elle traduit la volonté de concilier les exigences de gouvernance et de contrôle public avec la flexibilité et l’efficacité inspirées du secteur privé. Derrière ce choix, l’objectif est clair : accélérer le rythme d’exécution, améliorer la qualité des réalisations et renforcer la performance globale.
Dans le même esprit, la réforme intègre des mécanismes renforcés de suivi et d’évaluation. Des audits annuels seront menés pour apprécier les performances et s’assurer du respect des procédures. Parallèlement, une plateforme digitale permettra de suivre l’état d’avancement des projets et d’en garantir la transparence.
Cette évolution marque un tournant. L’efficacité de l’action publique ne se mesure plus uniquement à l’aune des moyens engagés, mais aussi des résultats obtenus et de leur impact réel.
Une régionalisation qui devient concrète

Ce schéma introduit une dynamique nouvelle, dans laquelle les territoires ne sont plus de simples espaces d’exécution, mais de véritables acteurs de la décision. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’évolution du cadre juridique des régions. En renforçant leurs ressources financières, en clarifiant leurs compétences et en consolidant leur rôle dans le développement économique, la réforme vise à donner une portée concrète à la régionalisation avancée.
Longtemps perçue comme un cadre en construction, celle-ci pourrait ainsi entrer dans une phase plus opérationnelle, où les régions deviennent de véritables leviers de transformation économique.
Au final, ce qui se dessine à travers cette nouvelle génération de programmes dépasse largement une réforme sectorielle. C’est un véritable changement de modèle qui s’esquisse. Un modèle dans lequel le développement territorial devient plus ciblé, plus intégré et potentiellement plus efficace.
La clé se situe désormais ailleurs. Dans la capacité à faire fonctionner ce nouvel équilibre, à maintenir la cohérence entre les niveaux de décision et à produire des effets visibles sur le terrain.
C’est à ce moment précis que se fera la différence : lorsque l’architecture imaginée se traduira – ou non – en résultats concrets pour les citoyens.

Quels leviers et montages possibles pour le financement des 210 milliards DH

Derrière l’enveloppe globale annoncée, il ne s’agit pas d’un financement unique, mais d’un montage reposant sur plusieurs sources complémentaires :
Budget de l’État
Socle principal via les investissements publics sectoriels et les transferts aux régions
Régions
Montée en puissance des ressources financières et capacité accrue de cofinancement
Établissements publics
Contribution des grands opérateurs (eau, transport, énergie, infrastructures)
Financements internationaux
Recours à des partenaires comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou la Banque européenne d’investissement
Secteur privé
Mobilisation via des partenariats public-privé (PPP), facilitée par la transformation des structures d’exécution en sociétés anonymes
Collectivités territoriales
Participation des communes et provinces dans les projets locaux.

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