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TGV Casa-Marrakech : Séoul veut doubler Madrid, Paris et Pékin

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«Deux critères vont permettre aux responsables marocains de départager les soumissionnaires. Le premier concerne le transfert de technologie alors que le deuxième concerne le financement».

Les jeux sont pratiquement faits et le Maroc devra désormais départager les principaux prétendants pour son juteux contrat de fourniture de trains pour son ambitieux programme de transport ferroviaire. Pour rappel, le Royaume avait lancé il y a quelques mois une procédure de dialogue compétitif pour la passation d’un marché ayant pour objet la fourniture de rames automotrices et de prestations associées, assorti d’une clause de compensation industrielle portant sur la mise en place d’un partenariat de longue durée relatif à la maintenance de matériel roulant ferroviaire et d’un projet industriel portant sur la production, au Maroc, de rames automotrices et le déploiement d’une « Ambition Export ». La date limite de dépôt de candidatures pour la fourniture de trains pour le Maroc a pris fin le 9 juillet. Des acteurs habitués des grands chantiers au niveau international comme les industriels français, espagnols et chinois ont manifesté leur intérêt pour le marché marocain. Cela dit, un autre acteur s’est relancé dans cette course.

La Corée du Sud a pris tout le monde de court en dépêchant sur place de hauts responsables à quelques heures seulement de la fin de l’appel à concurrence. Ryad Mezzour, ministre de l’industrie et du commerce,  a reçu à Casablanca Young-Bae Lee, PDG de Hyundai Rotem, société coréenne considérée comme un acteur majeur dans le domaine de la fabrication d’équipements mobiles pour les chemins de fer et les systèmes de défense. A quelques dizaines de kilomètres et un peu plus au nord, un autre responsable coréen était reçu par un autre ministre marocain. En effet, le renforcement de la coopération bilatérale dans le domaine du transport et de la sécurité routière a été au centre d’entretiens à Rabat, entre le ministre du transport et de la logistique, Mohamed Abdeljalil, et le ministre coréen du territoire, des infrastructures et des transports, Sangwoo Park.

Lors de cette entrevue, les deux parties ont examiné les moyens de promouvoir la coopération entre le Maroc et la Corée dans le domaine du transport en général et du transport ferroviaire en particulier. A cette occasion, M. Abdeljalil a exprimé sa volonté d’élargir cette coopération bilatérale à d’autres domaines, en particulier les secteurs de l’aviation civile, la sécurité routière, le transport maritime et la construction navale. Il a également souligné, dans une déclaration à la presse, que cette rencontre a permis de se pencher sur les moyens de renforcer la coopération et le partage d’expérience et d’expertise entre les deux parties dans le domaine du transport, notant l’intérêt porté par la Corée aux projets ferroviaires de grande envergure qui vont bientôt être lancés au Royaume.

Transfert de technologie
Face à la concurrence européenne et chinoise dans le domaine, Séoul joue une carte importante. Au cours de son entretien avec son homologue marocain, le ministre coréen, M. Park, a fait part de la disposition de son pays à partager avec le Maroc l’expertise coréenne dans les domaines de l’industrie et de l’infrastructure ferroviaires, notamment le transfert de compétences en matière de maintenance et de construction ferroviaire, en plus de la formation des ressources humaines. Au terme de cette réunion, M. Park a informé M. Abdeljalil de l’organisation, en septembre prochain à Séoul, d’une Conférence internationale dans le domaine de l’infrastructure.

Il a aussi proposé la préparation de projets d’accords de coopération en vue de leur signature en marge de cet événement. Alors que le Maroc veut profiter du marché lancé par l’ONCF (Office national des chemins de fer) ayant pour objet la fourniture de rames automotrices et de prestations associées pour la mise en place d’un projet industriel portant sur la production, au Maroc, de rames automotrices et le déploiement d’une «Ambition Export», le transfert de la technologie et des compétences est un argument qui peut faire mouche. Car en plus de l’acquisition d’un nouveau matériel ferroviaire, le Maroc est intéressé par un transfert de technologie dans le cadre du futur projet industriel. Dans ce sens, les entreprises soumissionnaires doivent définir le périmètre du projet de transfert technologique des activités et opérations à l’issue de la fourniture et réalisation de rames.

Les soumissionnaires doivent également fournir une projection détaillée d’engagement pour la localisation pendant les principales phases du projet, tenant compte de l’ensemble des tâches pour le projet de réalisation des trains au Maroc. Selon les observateurs, deux critères vont permettre aux responsables marocains de départager les soumissionnaires. Le premier concerne le transfert de technologie alors que le deuxième concerne le financement. Si depuis longtemps, le choix était porté sur le moins-disant en termes de coût, le Maroc compte opter de plus en plus dans le cadre de ces marchés publics sur «le mieux disant».

Autrement, la proposition de facilités de financement sous forme de prêts notamment ainsi que la participation dans le capital pourraient se révéler déterminants pour choisir l’heureux gagnant du marché lancé par le Maroc. Pour rappel, l’Office national des chemins de fer envisage de décomposer le marché en deux lots, sans préjudice de l’éventuelle attribution, à l’issue du dialogue compétitif, à un seul concurrent d’un marché unique portant sur l’intégralité des prestations. Le premier lot concerne l’acquisition de 18 rames grande vitesse (RGV) ainsi que 40 rames inter-villes. Ce premier lot est estimé à 8,3 milliards de dirhams.
Le deuxième lot concerne de son côté les rames RER (Réseau express régional) avec une commande de 60 Trains navettes rapides (TNR) et 50 trains métropolitains pour un budget total de 7,6 milliards de dirhams, soit un total pour les deux lots de 16 milliards de dirhams hors taxes.
Le délai global préliminaire de fourniture des rames automotrices est de quatre (4) ans (délai imparti pour la production non compris).

Industrie ferroviaire
Ecosystème local. Selon l’appel à concurrence lancé par le Maroc, les prétendants devront fournir un planning qui comporte le montage et démarrage du projet industriel, la maîtrise d’ouvrage, construction et installation du site, le début du transfert technologique assemblage sur site, la fabrication et maintenance, les premières livraisons fournisseurs des composants sous contrat local, la montée en cadence usine, la montée en cadence fournisseurs ainsi que l’export de trains, sous-systèmes et composants. Il est question de définir également les capabilités métiers qui seront transférées dans le cadre du projet, précisant le niveau d’intégration et s’appuyant sur la cartographie ONCF des capabilités attendues et justificatifs correspondants. L’enjeu du pays est d’atteindre un taux d’intégration local important.

Autrement, la sélection d’un futur partenaire prendra en compte les achats, auprès des fournisseurs implantés ou qui seront implantés au Maroc. Au-delà du taux d’intégration industriel, la contribution à l’export de l’écosystème ferroviaire constitué par les sous-traitants installés est considérée comme cruciale au développement local du réseau de sous-traitance. Il sera également évalué le caractère pérenne de l’industrie ferroviaire nouvellement installée, constituée par la capacité des sous-traitants à exporter et à engendrer de l’activité en local. Les prétendants doivent par ailleurs présenter le volume d’export en DH des équipementiers ou sous-traitants nouvellement installés ou qualifiés au Maroc par le constructeur, où des éléments d’appréciation seront à fournir. Les autorités vont également exiger la présentation d’un plan de progrès et les activités pour parvenir aux taux d’intégration locale cible, incluant notamment un plan d’accompagnement des fournisseurs existants, et leur montée en maturité en plus de la participation à la création des champions nationaux, de la tôlerie par exemple ou câblage soutenu par un financement dédié.

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