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Une mort accidentelle ?

Une mort accidentelle ?

Devenu depuis moins d’un mois vice-président du Soudan, le chef emblématique de la rébellion sudiste, John Garang, est mort ce week-end dans un crash d’hélicoptère. Selon le président soudanais Omar el-Béchir, il s’agirait d’un accident. L’appareil s’est écrasé près de la frontière entre le Soudan et l’Ouganda. John Garang était en route vers le sud du Soudan.
«Il est à présent confirmé que l’appareil s’est écrasé après avoir heurté une chaîne de montagnes du sud du Soudan en raison d’une visibilité médiocre. Cela a entraîné la mort du Dr John Garang De Mabior, de six de ses collègues et sept autres membres d’équipage de l’avion présidentiel ougandais», affirme un communiqué publié par le bureau du président soudanais Omar el-Béchir.
La disparition de John Garang, chef historique de la SPLA (Armée de libération des peuples du Soudan) est un coup dur porté au processus de paix. Ainsi, les efforts menés afin de mettre fin au plus vieux conflit d’Afrique risquent d’être réduits au néant. Cette guerre civile entre le nord majoritairement musulman et le sud chrétien et animiste avait fait au moins deux millions de morts.
Il y a trois semaines, John Garang a été investi à la vice-présidence aux côtés du président Omar el-Béchir, son ennemi de longue date. Il était considéré comme la seule personnalité ayant assez de poids pour donner au sud une importance politique et résoudre le conflit.
L’annonce de sa mort a plongé la ville de Khartoum dans une vague de violence. Aussitôt et sans tarder, des affrontements ont éclaté dans la capitale soudanaise. Une dizaine de véhicules ont été détruits. Face à cette situation alarmante, la police anti-émeute fut déployée dans plusieurs secteurs de la ville.
Une foule de Soudanais originaires du Sud avait laissé libre cours à sa colère. "Assassins! Assassins!", hurlaient les manifestants. Ils ont accusé le gouvernement d’être derrière la mort de Garang.
Plusieurs milliers de manifestants du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), munis de couteaux et de barres de fer, ont pillé des magasins, attaqué les passants, incendié des voitures et affronté les policiers de la capitale, selon des témoignages recueillis par les agences de presse.
«Ils frappent tous ceux qu’ils prennent pour des Arabes», a déclaré à Reuters Swayd Abdallah, étudiant. Issu du Sud animiste et chrétien, le SPLM a combattu pendant 21 ans le gouvernement à majorité musulmane du Nord, qui tentait d’imposer l’application de la charia (loi islamique).
La chaîne arabophone Al Jazira a diffusé des images, tournées dans la capitale. Ces images montraient au moins quatre voitures brûlées et un homme couché sur le bitume, face contre terre, une flaque de sang autour du crâne. «Nous avons perdu Garang à l’heure où nous avions le plus besoin de lui, mais nous avons fait de grands pas vers la paix, et nous pensons que le processus de paix doit continuer», a lancé Nihal Deng, un proche de Garang, pendant une réunion d’urgence du gouvernement.
Salva Kiir, bras droit de Garang, a annoncé depuis le Kenya la réunion d’urgence de la direction de l’ex-mouvement rebelle, et réaffirmé son engagement envers la paix. Même son de cloche du côté de Khartoum, où la présidence appelait les Soudanais à garder leur calme.
La mort de John Garang est-elle accidentelle? Sinon, qui se cache derrière ce complot? Est-ce le gouvernement? Est-ce des rebelles qui n’auraient pas apprécié les termes de l’accord de paix ? Des questions qui restent sans réponses. Cependant, une chose est sûre, cet incident risque de porter un coup fatal au processus de paix au Soudan.

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