Ce mets est très commun chez les Maures : il se fait avec un peut de froment et de riz écrasés et passés dans une passoire de terre ; on y ajoute du beurre et des épices, après quoi on le cuit sur la vapeur des viandes bouillies. Le cuscasoo est regardé comme une excellente nourriture.
Une heure après mon arrivée à Asilah, le gouverneur, accompagné des notables de la ville, me fit une visite, et m’apporta, sans doute par considération pour l’auguste malade que j’allais traiter, une offrande de fruits, d’oeufs et de volailles. Après une conversation d’une demi-heure qui se passa en compliments de part et d’autre, le gouverneur prit congé de moi, et me laissa me reposer.
Le bruit s’étant répandu qu’un médecin européen était arrivé dans la ville, je fus réveillé de bonne heure par une foule de malades qui étaient dans un état déplorable. Plusieurs étaient aveugles, d’autres étaient perclus de rhumatismes ; quelques uns avaient des maladies chroniques.
Ce fut en vain que je tâchai de persuader ce peuple infortuné et ignorant que la médecine ne pouvait guérir des maux incurables ; rien ne put les faire revenir de la haute idée qu’ils s’étaient faite de mon savoir. Tous ces malheureux imaginaient que les médecins européens guérissaient toute espèce de maladie ; ils me donnaient leur pouls à tâter, en me suppliant de leur rendre la santé.
L’importunité continuelle de tant de malades qui me parlaient tous à la fois m’embarrassait beaucoup : je fus obligé, pour écarter la foule, d’ordonner à mes deux gardes de faire la police dans ma chambre. C’était un spectacle vraiment douloureux pour moi, de me voir entouré de tant d’être souffrants qui avaient besoin de secours, et à qui je ne pouvais en procurer. Quoique je ne connusse point de remède capable de guérir la plupart de leurs maladies, j’aurais tâché de les soulager, si j’en avais eu le temps.
Pendant que je répondais à toutes ces consultations, le gouverneur qui s’était aperçu du mauvais état de ma tente donna des ordres pour la réparer ; mais ce qu’on y fit la diminua de telle sorte, qu’à peine la trouvâmes-nous assez grande pour y coucher, mon interprète et moi.
Je partis le 2 octobre pour Larache, qui n’est qu’à trente-deux milles d’Asilah ; j’y arrivai le même jour à quatre heures de l’après-midi : le chemin que je fis sans presque quitter la mer ne m’offrit rien de remarquable. Avant d’entrer à Larache, j’eus à passer la rivière de Lucos, qui, dans cet endroit, peut avoir un demi-mille de large: le cours de cette rivière est fort tortueux ; son embouchure dans l’océan est à Larache.
• Par William Lemprière
Voyage dans l’empire de Maroc et au Royaume de Fez








