ALM : A quelques mois des législatives, pensez-vous avoir tenu tous vos engagements du début de la législature ?
Driss Jettou : Lors de la constitution du gouvernement que j’ai l’honneur de diriger, nous avions tenu à soumettre à l’approbation des représentants des citoyens un programme gouvernemental ambitieux, embrassant l’ensemble des secteurs socioéconomiques, et comprenant des objectifs chiffrés et des délais de réalisation précis, sur lesquels nous nous étions engagés. Nous avions également précisé qu’il appartiendrait aux citoyens, notamment à travers leurs représentants au Parlement, de juger notre action sur la base d’un bilan sanctionnant notre mandat.
Aujourd’hui, à quelques mois des législatives, nous sommes fiers de pouvoir tenir à la disposition des citoyens un bilan chiffré, précis et rigoureux, concernant l’ensemble des secteurs qui sera présenté aux citoyens. Il y apparaît que nous avons, non seulement tenu nos engagements, mais que, dans bien des secteurs, nous les avons dépassés. Nous avons également réussi à initier une nouvelle dynamique économique, marquée par l’accélération des rythmes de réalisation dans tous les secteurs, la maîtrise des facteurs temps et coût dans la planification de tous les programmes, la définition rigoureuse des intervenants et des tâches qui leur incombent selon un cahier de charges précis, la promotion du partenariat public-privé qui a fait les preuves de son efficience et l’optimisation de l’ensemble de nos moyens matériels et humains. Aujourd’hui l’économie nationale s’installe dans un cercle vertueux de développement global aux effets d’entraînement intersectoriels prouvés. Le processus de repositionnement concurrentiel de l’économie est désormais initié et se traduit tant par l’émergence de nouveaux secteurs moteurs de la croissance économique tel que l’offshoring que par l’essor que connaissent le tourisme, les télécommunications, les BTP et bien d’autres secteurs.
A mesure que l’économie s’ouvre, de nouveaux défis sont à relever, et nous sommes, à ce titre, tout à fait conscients des efforts à consentir pour développer notre agriculture et régler l’équation de l’énergie. Sur le plan social, il y a lieu de noter les avancées enregistrées en matière de logement social où notre engagement relatif aux 100.000 unités par an a été largement dépassé ; de même le chantier de généralisation progressive de la couverture médicale se concrétise et des millions de Marocains y accéderont dernièrement ; toutefois les efforts devront se poursuivre pour améliorer la qualité des services de santé.
Concernant l’éducation et la formation, nous avons honoré nos engagements en matière d’accélération de la cadence de formation professionnelle, initiée des actions d’amélioration de la qualité de l’enseignement à travers le programme GENIE et lancé une initiative 10.000 ingénieurs. Mais il n’en demeure pas moins que la question de l’adéquation de la formation aux besoins du marché de l’emploi reste posée, notamment, dans le cadre d’une économie nationale qui s’ouvre, se repositionne et qui améliore son attractivité.
Le monde rural a bénéficié à son tour d’un intérêt particulier notamment en matière de renforcement et d’amélioration de la desserte en services sociaux de base. En effet, nous sommes en passe de tenir nos engagements relatifs à la généralisation de l’électrification et de l’eau potable en 2007.
Les efforts doivent se poursuivre pour atténuer la pauvreté, ce chantier de longue haleine où notre pays maintient une tendance baissière qui ne peut que se confirmer grâce à l’Initiative nationale pour le développement humain lancée par le Souverain et ayant placé l’Homme au cœur de l’action publique.
Quel bilan faites-vous de l’action du gouvernement dans les domaines économique et social en 2006 ?
L’année 2006 a été une année exceptionnelle sur les plans économique et social. L’économie nationale a réalisé de très bonnes performances, que soulignent un taux de croissance de 8,1 %, une inflation maîtrisée aux alentours de 3,3 %, un déficit budgétaire situé aux alentours de 1,7%, inférieur aux prévisions, des réserves en devises de 21 milliards de dollars et un produit intérieur brut supérieur à 600 milliards de dirhams, soit 2300 dollars par habitant, contre 1400 seulement en 2002.
La bonne santé de l’économie nationale s’illustre également à travers une augmentation de 30% de la recette de la TVA intérieure, signe que le citoyen marocain, encouragé par un environnement de développement, consomme, mais aussi d’une augmentation de 14 % de la TVA à l’import, indicateur pertinent du niveau d’équipement du pays.
Nous avons également enregistré une croissance spectaculaire de 20 % du secteur des télécommunications, une augmentation sans précédent de 12 % des exportations industrielles qui ont totalisé 112 milliards de dirhams, une régression de 3,5 points en quatre années du taux de chômage, qui s’est situé à 9,7 % en 2006. Ces indicateurs, comme beaucoup d’autres, attestent d’une activité économique très soutenue. Je suis heureux de relever que les établissements publics ont très fortement contribué à cette dynamique, preuve de la pertinence et de l’efficacité du programme d’assainissement et de restructuration engagé par le gouvernement.
Nous sommes convaincus d’avoir opéré à ce niveau le meilleur investissement de ces dernières années. Ces établissements qui, il y a quelques années seulement, étaient pour beaucoup en quasi-faillite, ont engagé au cours de l’année 2006, après un effort de redressement global de quelque 9 milliards de dirhams, des programmes d’investissement ambitieux dépassant les 50 milliards de dirhams. Ils constituent désormais autant de dynamos de l’économie et du développement de notre pays.
En plus de cet effort d’assainissement et de recapitalisation, nous nous sommes également attelés à accélérer le rythme d’exécution des programmes lancés dans les différentes régions du Royaume. C’est le cas des grands programmes d’infrastructures comme les autoroutes avec 160 kilomètres réalisés en 2006, les routes, les ports, aéroports, voies ferrées, mais aussi, et surtout, des grands programmes sociaux qui ont connu en 2006 une accélération notable de leur rythme de réalisation. On peut citer à ce niveau les programmes de généralisation de l’approvisionnement du milieu rural en électricité et en eau, le programme de désenclavement rural, le programme de logements sociaux avec 115.000 unités réalisées en 2006, le programme de formation professionnelle etc. Nous enregistrons avec satisfaction les retombées positives de ces différents programmes sur la qualité de vie des citoyens, de leur impact considérable sur la dynamique économique de notre pays et leur effet d’entraînement sur l’ensemble des secteurs productifs.
L’année 2006 a été marquée par un taux de croissance record, comment analysez-vous cet exploit ?
L’économie nationale, même confinée dans une zone euro-africaine où la croissance économique moyenne n’excède guère les 2%, continue de développer des taux relativement importants. La moyenne de la croissance économique nationale de ces cinq dernières années, dépasse les 5%. Au cours de l’année 2006, nous avons effectivement réalisé une croissance record, en dépit d’une facture pétrolière particulièrement lourde.
Cette performance est due, entre autres, à la dynamique initiée par l’ensemble des programmes d’équipement, d’infrastructures et sociaux lancés il y a quelques années, et qui ont atteint, ou sont en passe d’atteindre, leur vitesse de croisière. Le secteur du tourisme par exemple a engrangé des recettes en augmentation de 30%, qui atteignent 6 milliards de dollars. Le Royaume a accueilli au cours de l’année 2006, quelque 6,6 millions de touristes, dont 45 % de la catégorie des touristes individuels. Aujourd’hui, les objectifs du programme AZUR nous apparaissent tout à fait à notre portée et nous réfléchissons déjà aux horizons 2015-2020. Le tourisme est un exemple de secteur parmi d’autres où la nouvelle démarche et le nouveau positionnement ont permis de réaliser des performances sans précédent. Au-delà de cette logique sectorielle, nous relevons avec satisfaction que l’économie nationale se transforme progressivement.
Ainsi, le taux de croissance moyen des cinq dernières années, hors agriculture, est supérieur à 5 %. D’autre part, le budget dépend de moins en moins des recettes de la privatisation, qui sont passées d’une moyenne de 12 milliards de dirhams par budget à 6 milliards de dirhams pour l’actuel budget. L’économie nationale a inauguré un cercle vertueux où la dynamique engrange le développement.
Nous avons mis en place la nouvelle stratégie Emergence, qui nous permet de réorienter notre économie vers de nouveaux métiers mondiaux du Maroc, de développer les secteurs traditionnels à fort potentiel et d’asseoir définitivement le Maroc dans une logique de compétitivité et d’ouverture sur son environnement euro-méditerranéen et international. Il s’agit non seulement de préserver le rythme soutenu que nous avons initié, mais de l’accélérer par des programmes de plus en plus ambitieux, optimisant au maximum l’extraordinaire potentiel de notre pays.
L’année 2006 est aussi la première année de l’INDH. Etes-vous satisfait de la mise en oeuvre des projets planifiés dans ce cadre ?
D’abord pour l’année 2005, une enveloppe de 250 millions de dirhams a été allouée au programme prioritaire qui a permis de financer 1104 nouveaux projets au niveau national dont 90% sont déjà achevés. Ce programme prioritaire qui concerne les projets suivants : le programme de lutte contre la pauvreté en milieu rural avec 570 projets ; le programme de lutte contre l’exclusion sociale en milieu urbain avec 364 projets ; et le programme de lutte contre la précarité avec 170 projets.
Ce programme auquel ont participé l’ensemble des partenaires de l’INDH a permis par effet de levier de mobiliser un investissement global, en 2005, de 667 millions de dirhams.
L’année 2006 a, notamment, concerné la réalisation de l’action de ciblage des communes rurales et des quartiers urbains, qui sont au nombre de 667 ; cette opération s’est organisée en parfaite concertation entre les walis et gouverneurs, les élus, le tissu associatif et les représentants des administrations déconcentrées. Elle a été suivie par la mise en place des Comités locaux pour le développement humain qui, dans le respect le plus total du principe de la participation de la population, ont pu initier plus de 5839 projets concernant les quatre programmes de l’INDH. Les crédits alloués s’élèvent à 2 088 948 180 Dh en crédits de paiement et en crédits d’engagement par anticipation sur 2007. L’ensemble des personnes impliquées pour la mise en œuvre de ces projets, y compris le tissu associatif, s’élève à 11000 personnes. Nous pouvons dire qu’aujourd’hui, l’INDH est devenue une réalité palpable sur le terrain qui se matérialise notamment par son appropriation par les acteurs, porteurs de projets ou bénéficiaires.
Y a-t-il eu une adaptation du programme du gouvernement pour qu’il soit en conformité avec les différents programmes de l’INDH ?
La constitution même des organes de gestion de l’INDH, à savoir le Comité stratégique et de pilotage présidé par le Premier ministre, les Comités provinciaux et préfectoraux et les Comités locaux, s’est faite dans un esprit de convergence.
Cette convergence est une question qui est soulevée en permanence et mise en exergue lors du séminaire organisé à Beni-Mellal le 22 septembre 2006, qui a été l’occasion de réunir les décideurs et les acteurs du développement local, de définir les objectifs à atteindre et l’approche pour y parvenir entre tous les partenaires. Sur le plan pratique, l’ensemble des propositions de projets sont élaborées sur la base de plans de développement locaux auxquels participent tous les opérateurs publics et privés. La convergence émane donc de la base.
Dans ce sens, un travail mettant en convergence les actions du gouvernement et ceux de l’INDH a été réalisé pour 403 communes rurales, et en cours de réalisation pour 264 quartiers urbains dont notamment, le programme «Villes sans bidonvilles», le Programme national de lutte contre la mendicité, le programme «Inqad» de lutte contre le
travail de la petite fille, le programme
de qualification des établissements sociaux…









