Les marchands ambulants de la place Jamaâ El Fna ont toujours existé. Ils font partie intégrale de Marrakech et de son histoire. Durant le mois sacré du Ramadan, ces commerçants répondent à un besoin réel de service de proximité. Pour les uns, ce mois sacré constitue une source de revenus au quotidien, pour les autres, le Ramadan est leur seul mois d’activité.
Certes, les plus réputés de ces commerçants ce sont des femmes voilées qui vendent les crêpes marocaines «Baghrir» et le pain traditionnel. Elles sont quelques centaines se dispersant à tous les coins de la place Jamaâ El Fna. Fameuses pour la qualité de leurs produits, elles sont des chefs de familles qui profitent de ce mois sacré afin d’activer leur rapport financier. Le plus remarquable c’est que les autorités les ignorent pendant le Ramadan. Un acte de solidarité manifesté à l’égard de ces femmes laborieuses.
Certes, Jamaâ El Fna résiste toujours à la modernité. A l’approche de l’heure de la rupture du jeûne, ce sont des centaines de personnes entre touristes nationaux, étrangers et population locale, qui vont être attirées par la fameuse cuisine ambulante de la place mystique durant le Ramadan. Selon des déclarations révélées à ALM par les propriétaires de ces restaurants, tout le monde vient manger chez eux, des touristes étrangers aux Marrakchis eux-mêmes. Ces restaurants numérotés abolissent momentanément les hiérarchies et les différences sociales. Quant aux cuisiniers, ils affirment que leurs prix restent abordables se comparant aux cafés de proximité de Jamaâ El Fna. Pour la plupart des commerçants, la place Jamaâ El Fna pendant le Ramadan n’est pas seulement un espace de détente et de plaisir, mais également un centre d’entraide et de solidarité, puisque chaque année, des bienfaiteurs prennent en charge les repas et les vêtements de plusieurs centaines de pauvres, qui se rendent à la place à une heure bien précise.
Chaque soir, ce sont plus de 500 clients potentiels des restaurants ambulants, qui parcourent la place Jamaâ El Fna, où l’atmosphère ramadanesque est la plus ressentie. Certes, ce chiffre double durant les week-ends.
Par ailleurs, une variété de spectacles est mise en place spécialement pour trente jours de fête. Organisés par des animateurs professionnels, ces shows authentiques de la halqa ont pu garder leur authenticité tout en rimant avec la modernité. Spontanément, chaque commerçant libère la joie par un mot ou un sourire. En parcourant «Semmarine» durant un jour du jeûne, on pourrait distinguer les produits artisanaux de tout genre et de toutes les couleurs. Une longue balade pourrait facilement effacer des heures entières.
En discutant avec les commerçants de «Rahba Lakdima», où chacun embellit sa petite boutique avec de la décoration qui s’harmonie avec le mois sacré, on saurait d’eux des secrets relatifs aux lieux et aux grands personnages. Ainsi, une petite boutique d’épices et de caméléons est située juste près d’un marabout presque inaperçu. Il s’agit de «Ibn Barjane», un savant soufi qui venait d’Andalousie et qui enseignait la loi en Islam, la littérature et la grammaire arabe pour ses apprentis. Le propriétaire de cette boutique raconte que ce mausolée date de plus de 300 ans, qui désormais, est devenu une mosquée.
A chaque recoin de la place Jamaâ El Fna, des légendes existent et témoignent de la riche culture que la cité impériale en est réputée. Le mois sacré du Ramadan est une opportunité annuelle de revenus pour des centaines de familles. La générosité des uns et la solidarité des autres rendent ce mois sacré encore plus majestueux à Marrakech.










