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Souvenirs de « Al-Tahrir » (30)

© D.R

En 1958, il récidivera en tuant le caïd de son village, réputé, celui-ci, pour ses abus. On raconte qu’informé d’un écart commis par ledit caïd aux dépens d’une famille de ses proches, Cheikh al-Arab aurait tué le coupable. Condamné à mort par contumace, cette fois-ci, il se cantonnera dans une calndestinité telle que les autorités seront incapables de l’appréhender. Quand la campagne contre les résistants sera lancée sous le prétexte du prétendu “attentat à la vie du Prince héritier”, Cheikh al-Arab aura donc déjà acquis une riche expérience de la clandestinité.
Il aurait, disait-on, commencé à organider une “nouvelle résistance, ayant pour mission de réaliser ce que l’ancienne n’avait pu faire”. Son action dans ce sens devait vraisemblablement prendre plus d’envergure par la suite.
Il me fut en effet rapporté, durant cette période, que lors d’une rixe survenue dans un débit de boisson de Kénitra, entre des éléments de la police et un individu que l’on comptait parmi les “cadres” de l’UNFP, ce dernier aurait lancé à la face de ses adversaires des mots irresponsables, telle la “révolution”; Informé de la nouvelle dans les heures qui suivirent, j’en fis aussi prestement part aux personnes compétentes au sein de la direction de l’UNFP. Une sorte d’enquête fut ouverte à ce propos, mais aucune intervention sérieuse n’eut lieu, qui aurait pu mettre un terme aux retombées de cet incident. Depuis, les nouvelles de Cheikh al-Arab me parviendront une à deux fois par semaine, grâce à un ami (A.B) qui disait maintenir avec lui un contact permanent. Les nouvelles du rebelle hantaient les esprits et faisaient jaser les langues, notamment dans des lieux tel le café Le petit Poucet dont nous parlions plus haut.
Les “nouvelles” transmises par la Radio médina ne faisaient en réalité qu’exciter davantage des forces de police totalement incapables de retrouver la trace de l’insaisissable fugitif, qui finit par devenir une personnification du vieux dicton populaire : “Le voici, le voilà; nul ne l’a vu là!” Légendes et histoires invraisemblables entoureront ainsi cet homme, dont celles, “officielles”, que mon informateur me transmettait du Cheikh. Sans doute exagérées, ces informations accordaient en fait plus de poids qu’il ne lui revenait, à cet homme dont l’action se situait -autant que celle de l’organisation se réclamant de lui- nettement en dehors de l’UNFP et de ses organes officiels. Les services de police la savaient pertinemment.
Pourtant, sous le coup de la frayeur inspirée par la renommée que Cheikh al-Arab acquérait jour après jour, autant que par l’incapacité des forces de police à mettre la main sur lui, les appareils du pouvoir se laissèrent persuader qu’une guerre totale contre l’UNFP permettrait de retrouver sa trace. Exactement comme on ouvre les vannes d’un vivier pour attraper plus facilement les poissons qu’il recueille. Il faut dire qu’en fait, l’organisation du Cheikh n’était pas la seule à oeuvrer en parallèle avec la ligne de l’UNFP.
Une autre organisation était en effet venue faire concurrence à la première. Certains pensaient-ils que le Cheikh était incapable d’atteindre, à lui seul, l’objectif qu’il s’était fixé? Peut-être y avait-il d’autres explications.
Quoi qu’il en fût, ces échos se répercutaient parmi les cadres de l’UNFP qui formaient le staff du Secrétariat général du parti, sis au boulevard Allal Ben Abdallah à l’époque. Or, le lieu étant hanté, il était fatal que ces propos, aussi vains qu’ils pussent être, parvinssent au fur et à mesure aux oreilles de la police. Je devais apprendre plus tard, par feu A.B. que Cheikh al-Arab, s’étant aperçu que la direction de l’UNEP ne suivait pas le rythme qu’il pensait être le sien, aurait décidé de renoncer à son projet.
2- En ce moment-là, la bataille contre Guédira et son parti avait atteint son comble, surtout après que ce dernier eut annoncé la fondation du FDIC (Front de Défense des Institutions Constitutionnelles) le 20 mars 1963, quelques semaines seulement avant la date échéance des élections législatives prévues pour le mois de mai. Directeur du Cabinet royal, Guédira était également ministre de l’Intérieur et de l’Agriculture. A la proclamation de la fondation de son parti, fêtée à l’hôtel Al Mansour, seront présents des ministres, dont Bahnini, EL Khatib et Ahardane, flanqués du directeur de la Sûreté Oufkir. A l’issue d’une transaction financière entre Guédira et la direction de l’UMT, conclue au même hôtel Al Mansour, le syndicat décidera de se retirer des élections, afin que le parti Guédira et ses alliés puissent «prendre à part» l’UNFP dans la bataille électorale, comme nous aurons plus loin l’occasion de l’expliciter.
3- Il fallait s’attendre à ce que «al-Tahrir, et même les dirigeants de l’UNFP, haussent le ton. Nous y reviendrons dans le numéro que nous consacrons à la question démocratique. Pour l’instant, nous nous limiterons à l’exemple suivant :
Lors d’une interview accordé en commun par le martyr Mahdi et feu Abderrahim Bouabid à l’envoyé de l’hebdomadaire français Jeune Afrique, les deux leaders de l’UNFP furent d’une extrême franchise quand on en vint à la fondation du parti de Guédira.

• Par Mohammed Abed al-Jabri

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