Les rédacteurs du journal s’interrogeront sur l’arrière-fond de cet article. Certains iront même jusqu’à se demander si son auteur n’avait pas été manipulé. De fiat, rien ne justifait réellement pareilles allégations. Il est vrai que ledit auteur sera, quelque temps plus tard, nommé à un poste au sein de l’administration judiciaire, mais il est vrai aussi que l’homme convoitait le poste longtemps auparavant. Quoi qu’il en fût, le contenu de l’article ne s’écartait guère de la substance du communiqué publié par le Conseil national.
Le paragraphe en question disait, en effet :
«Le Conseil national note qu’au moment où des éléments patriotiques et populaires parmi les membres du gouvernement oeuvrent à la concrétisation des objectifs nationaux, en conformité avec la volonté, les objectifs et le pacte de l’UNFP, certains autres, au sein de ce même gouvernement, comme au sein de l’administration -celle-ci étant pourtant censée relever de celui-là et être à ses ordres- font montre d’une étrange opposition à l’accomplissement de ces tâches constructives. Il en découle une situation des plus aberrantes qui soient».
En notant cela, le Conseil national:
– «Dénonce cette contradiction qui encourage la prolifération de l’irresponsabilité et l’augmentation de la corruption au sein de l’appareil administratif ;
– Appelle à assainir cet appareil en le débarrassant des éléments corrompus et corrupteurs, et en le soumettant à l’autorité du pouvoir législatif, censé former un tout solidaire et invisible, afin d’instituer des normes de gouvernement conformes à celles adoptées par les régimes démocratiques ;
– Signale à l’attention du peuple cette contradiction se manifestant surtout dans les actions menées par les forces de police, et la liberté que prennent les responsables au sein de cette administration en adoptant des décisions contraires aux dispositions prévues par la loi, sans en référer aux instances pourtant censées assumer les responsabilités dans ce domaine».
Comme on peut le voir, le contenu de l’article incriminé ne s’écartait en rien de l’esprit, ni même des termes du communiqué du Conseil national de l’UNFP. Si les parties concernés y recouraient pour justifier les accusations grossières formulées contre Baçri et Youssoufi, c’est que le but de la campagne menée alors n’était pas l’UNFP en soi, mais uniquement deux ailes principales du parti. D’abord, la résistance et les résistants, l’étape suivante devant être consacrée à l’éradication de l’autre aile, celle constituée par l’UMT.
• Interprétation fausse et tendancieuse
C’est pourquoi certains donneront à cet article un contenu bien plus ample que celui qui était en vérité le sein, et que la presse française reprendra d’ailleurs – l’amplifiant davantage- en diffusant une nouvelle selon laquelle al-Thrir aurait été suspendu et ses directeur et rédacteur en chef arrêtés à cause d’un article, publié par le journal, «où l’on pouvait lire : Le Roi doit s’en tenir à son rôle spirituel de chef religieux, et laisser le gouvernement conduire comme il l’entend la gestion de l’Etat». Nous reproduisîmes cette information dans al-Raï al-Am en démentant le contenu, et entreprîmes une campagne d’explication et de protestations contre l’interpellation de nos deux leaders et frères, et contre le complot qui l’avait déterminée. C’est dans ce cadre que je rédigeai l’article suivant, qui parut le 24 décembre, dans la rubrique Franc-parler qui avait remplacé Bonjour de al-Tahrir, et que je signais Ibn al-Balad (L’enfant du pays).
Voici le texte de l’article :
Manquement au respect dû à la personne de Sa Majesté le Roi ; incitation à des crimes attenant à la sécurité de l’Etat ; perpétration d’actes susceptibles de troubler l’ordre public, atteinte à la sécurité de l’Etat ; quatre accusations des plus lourdes dont un homme puisse se voir chargé. Des accusations qui seraient concevables et recevable, si elle étaient portées contre le plus grand traître du pays, celui dont la coopération avec les occupants, déjà notoire par le passé n’a plus de secret pou personne depuis son procès !
Mais que ces accusations, aussi lourdes que grossières, soient prononcées contre deux hommes qui avaient organisé le mouvement de résistance et de libération, et milité activement pour le retour du Roi et l’indépendance du pays !…
• Par Mohammed Abed al-Jabri








