L’exemple de Casablanca peut édifier le lecteur. Cette préfecture avait en effet mis en route, pour transporter ses 38 500 marcheurs et leurs bagages : 681 camions à ridelles, 84 camions-citernes, 27 fourgonnettes, 22 ambulances, 351 autocars et 5 ateliers roulants.
Le secteur transport a, grâce à sa mobilisation, permis d’assurer en un temps record et dans des conditions sans faille non seulement le débarquement à Tan-Tan et à Tarfaya des 350 000 marcheurs, mais également de 23 000 tonnes d’eau et de 17 000 tonnes de vivres qui devaient constituer les premières réserves de consommation. Ces denrées devaient par la suite être multipliées par près de deux fois et demie en raison du prolongement de la durée de campement (du 21 octobre à fin novembre).
Pour ne parler que de la reconstitution des stocks en eau, il faut rappeler que des convois de camions-citernes, qui paraissaient parfois s’aligner à l’infini, étaient formés à Tarfaya et partaient s’approvisionner à Guelmim, à Agadir ou à Marrakech, centres distants respectivement de 300, 500 et 750 kilomètres de la ville de Tarfaya.
Prétendre quantifier dans le détail et avec exactitude tous les moyens d’équipement utilisés et toutes les denrées consommées à l’occasion de la Marche Verte est un exercice tout simplement impossible. La raison en est que la contribution matérielle et bénévole du peuple marocain était massive, abondante et diversifiée.
Néanmoins, les autorités se devaient de connaître et de satisfaire les besoins matériels essentiels. Ainsi, elles mirent en place et distribuèrent pour les deux campements de Tan-Tan et de Tarfay :
– 10 000 tentes.
– 430 000 ustensiles de cuisine.
– 350 000 couvertures.
En outre, les marcheurs emportèrent divers équipements au départ de leurs lieux d’origine. Le cas de Casablanca peut être cité ; il reflète, à quelques exceptions près, la situation qui était celle de toutes les Massiras suivant l’importance de chacune. Les 38 500 marcheurs de cette préfecture emportèrent avec eux :
– 50 000 mètres de tissus (châles),
35 000 serviettes de toilette, 35 000 couvertures, 35 000 musettes, 35 000 pochettes pour pièces d’identité, 35 000 pull-overs, 35 000 Khamsats (Coran)
111 958 sacs pour pain – 35 000 jerricans – 35 000 bidons- 40 000 verres – 35 000 cuillères- 70 000 bols-70 000 assiettes -35 000 couteaux – 2400 bouilloires – 1200 cafetières – 35 000 ouvre-boîtes – 1200 marmites -1200 louches -200 seaux – 300 bassines- 416 kilos de ficelles -15 tonnes de gaz-butane – 350 mètres de tuyau en plastique.
La description des moyens logistiques civils de la Marche Verte prendrait encore plusieurs pages si l’énumération devait être poursuivie. Aussi nous soulignons, au risque de nous répéter, que la population des 350 000 marcheurs a été transportée, hébergée et entretenue avec des moyens et dans des conditions qui avaient dépassé tout ce qui était escompté.
Aussitôt les campements installés, le sud du royaume devenait le centre d’intérêt et de préoccupation de tous les Marocains, chacun voulant contribuer à sa manière à l’encouragement et au bien-être des marcheurs. Si les grossistes et les commerçants ne lésinèrent sur aucun moyen pour participer à l’approvisionnement des camps, des particuliers affluèrent aussi tous les jours pour y apporter quelque chose. Ils venaient de tous les coins du pays, bravant les distances, les aléas climatiques et les restrictions qui étaient appliquées autour de Tan-Tan et de Tarfaya. Pour illustrer le degré d’engouement et de disponibilité qui animaient les citoyens marocains, deux cas peuvent être cités en exemple :
– Le premier est celui d’une sexagénaire qui parcourut plus de 1600 kilomètres séparant Errachidia de Tarfaya. Elle prit un premier car jusqu’à Casablanca (650 km), puis un autre jusqu’à Agadir (550 km) et enfin des taxis jusqu’au campement de Tarfaya (539 km). Cette femme était venue apporter deux couvertures et des dattes à son fils et à ses camarades volontaires de la Marche Verte.
– Le deuxième cas est celui d’un homme de près de quatre-vingts ans qui prit sur lui de parcourir plus de 1000 kilomètres à travers montagnes et déserts pour amener de Béni Mellal à Tarfaya deux moutons qu’il offrit à la Massira.
«A peine avions-nous annoncé notre décision d’entreprendre cette Marche bénie que tu t’es porté d’un même élan pour répondre à notre appel. Du reste, cette noblesse a toujours été ton apanage. Elle a fait de toi un peuple qui a servi d’exemple et qui a inspiré les plus belles pages de l’Histoire12».
• D’après «Les documents du Sahara»










