Je fais alors remarquer au gendarme : «Les veilleuses fixées sur chacune des ailes avant du véhicule marchent et de ce fait je ne vois pas où est le danger». Le gendarme sort un «calepin» de sa sacoche, choisit une page et me déclare : «vous avez une amende de 4.000 francs (centimes) que vous devez payer sur le champs. Sinon vous serez convoqué au tribunal de 1ère instance de Rabat, et ça risque d’être plus grave». J’avais choisi le tribunal de 1ère instance de Rabat. Quand j’arrive chez mon oncle Abdelkrim à Rabat, toute la famille était en pleures. Hbabi pleurait, la belle-mère de mon oncle, Ghzali pleurait, l’épouse de mon oncle, Dada M’Birika et Dada Mesaouda pleuraient, les deux esclaves noires achetées, voilà des années, par Sidi Abdellah El Fellous, le mari de Hbabi (Lalla Fatima Edderissi) et le père de Ghzali (Lalla Amina del Fellous).
Que s’était-il donc passé ?
Au cours de mon voyage Tétouan-Rabat, je ne m’étais pratiquement pas arrêté sur la route, sauf pour les opérations de Douane et de Police. En dehors du gendarme motorisé français à l’entrée de Salé, je n’avais parlé à personne. Et là, chez mon oncle Abdelkrim Abdelghafour Semoune, je trouve le «drame». Et effectivement, ce jour là, 20 août 1953, un «drame» avait eu lieu au Maroc. «Le Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef avait été détrôné par les Français, par le Résident Général de la France au Maroc, le Général Guillaume, et envoyé en exil hors du pays.
«Toute la Famille Royale avait été forcée de le suivre et de monter dans un avion de l’armée de l’air française, un DC3/C–47, et de partir vers une destination longtemps tenue secrète.
Après un court séjour en Corse, le Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef et toute sa famille sont transférés à Antananarivo, dans l’Ile de Madagascar, où leur exil durera plus de deux longues années». Pendant ces tristes années, au Maroc, se multiplieront les actions nationalistes à l’encontre des autorités du Protectorat et des Marocains associés à ces mêmes autorités. Ces Marocains là on les qualifiera de « collaborateurs ». Les Actions de Résistance des nationalistes rentreront dans ce que l’on appellera plus tard : « la résistance du peuple et du Roi »
Une quinzaine de jours après mon retour à Tétouan en Austin A-30, je reçois une convocation du tribunal de première instance de Rabat, relative à ma contravention de code de voiture grillé, en date du 20 août 1953. J’en parle à mon père. Mon père, Abderrahman Bouziane, était un fonctionnaire de l’Administration internationale de la zone de Tanger, travaillant au tribunal mixte de la ville du détroit. Il me dit: «écris au Président du tribunal de 1ère instance de Rabat une lettre, juste et précise, expliquant que ta voiture, même la nuit, ne constituait pas un danger public. Joints une photo de la voiture et puis voyons venir». J’ai écrit la lettre et je l’ai envoyée à Rabat, par la Poste, en recommandé. Un certain temps après mon envoi, je reçois une lettre officielle du tribunal de Rabat, annulant ma «contravention» d’un montant de 4.000 francs (centimes) et ne retenant qu’une charge de 400 francs (centimes) devant couvrir les frais administratifs et de postage, ce dont je me suis d’ailleurs acquitté sur le champs.
Sous le Protectorat français, «tout» nous était interdit dans le domaine «politique». Dans le domaine social, une certaine justice était appliquée à beaucoup de Marocains d’une façon à peu près égalitaire. Je place dans le social le mot «éducation». À l’époque, on préférait parler de «instruction».
Et effectivement la France avait instauré au Maroc un Système d’instruction publique, généralisé pour les ressortissants français et sélectif pour un nombre important de jeunes Marocains. Il y avait les lycées français qui préparaient au «Bac» complet. Il y avait les collèges marocains qui préparaient à la 1ère partie du «Bac» seulement: c’était le cas du collège Moulay Youssef à Rabat.
Le jeune Marocain qui souhaitait poursuivre des études plus approfondies devait impérativement s’inscrire dans un lycée français. C’était là une «façon élégante» de freiner les jeunes Marocains dans leur «élan» vers l’accession à des études supérieures et à l’acquisition avancée de la science moderne et de la connaissance de l’Homme.
Ma 2ème partie du Baccalauréat Math-Elem, je l’ai passée au «Lycée Saint-Aulaire» de Tanger, ma ville natale. Que dire des professeurs français que j’ai eu aussi bien à «Moulay Youssef» qu’à
«Saint-Aulaire» ?
Par le Colonel Abdeslam Bouziane









