Un vendredi 1er août 1958, une journée radieuse, pas très chaude au Palais royal de Rabat .
Nous sommes là réunis pour être présentés, ensemble, et pour la première fois, à S.M. le Roi Mohammed V et au Prince hériter Moulay El Hassan.
Nous, les douze aviateurs, embryon de l’armée de l’air de demain, nous portions ce jour là l’uniforme blanc de l’armée de terre, avec les insignes distinctifs des FAR, une casquette à coiffe blanche et des gans blancs . Nous étions fiers et dignes .
On nous avait demandé de nous aligner, en fonction de notre classement de sortie de Salon de Provence, et de nous mettre au garde à vous, face à S.M. le Roi, assis sur son Trône, dans la grande cour du Palais royal, habillé tout de blanc pour la prière du vendredi.
En tête se plaçait l’élève officier Mohamed Kabbaj, il était major de la promotion des Marocains, puis il y a eu moi, l’élève officier Abdeslam Bouziane, puis il y a eu, dans l’ordre de sortie, les élèves officiers du personnel navigant :
Kaddour Terhzaz
Abdellah Bamarouf
Brahim Ben-Ahmed (Aguizoul)
Abdellah Amar
Ahmed Bel Houcine
Abdelatif Boutaleb
Badreddine Khatib
Puis il y a eu notre premier
basier :
Boubker Skiredj
Et enfin il y a eu notre meca. Et notre telec. :
Mohamed Ghaouti
Abdelouahid Ben-Said .
Le Prince Moulay El Hassan, en tenue kaki, était debout au côté de son père.
Les généraux Kettani et Meziane, en uniforme, nous regardaient avec curiosité et bienveillance .
Monsieur Lyazidi était ministre de la Défense nationale et El Hadj Ahmed Bennani était chef du protocole royal.
S.M. le Roi Mohammed V se leva, s’approcha de nous et nous parla à peu près en ces termes :
Moulay El Hassan nous a rendu compte des résultats très satisfaisants que vous avez obtenus à Salon de Provence, cette prestigieuse université de l’air française. Nous vous félicitons tous. Votre succès est la preuve que la jeunesse marocaine est désormais ouverte à la technicité et à la modernité .
Pour vous encourager dans la voie de la réussite et du progrès, nous avons décidé de vous élever au rang d’officier dans nos Forces armées royales, et de vous décerner, à titre exceptionnel, mais conformément aux dispositions prises pour vos camarades de promotion français de l’école de l’air, le grade de lieutenant à deux gallons .
Cette nomination prend effet à dater de ce jour, 1er août 1958 .
Nous savons que votre formation doit se poursuivre encore en France sur le plan de la spécialisation, chasse, transport, mécanicien et basier.
Nous vous disons revenez – nous, rapidement pour débuter, avec nous, et unis, la construction de notre aviation militaire.
Le pays vous attend.
Que Dieu vous aide.
Un par un, et dans l’ordre de sortie de l’école de l’air, nous nous présentons devant S.M. le roi, à six pas, un garde à vous impeccable, un salut à la française, très ferme et accentué, puis nous nous approchons de S.M. le Roi et lui embrassons la main avec amour et respect .
La cérémonie officielle était terminée:
L’armée de l’air marocaine était née.
Kabbaj et moi, en août 58, nous en avions fini avec Salon de Provence, car nous avions tous les deux déjà effectué notre pilotage élémentaire à l’école de l’air même, et obtenu le brevet pilote du 1er degré, sur Morane Saulnier MS 733 et Fouga Magister cm 170.
Il nous fallait maintenant engager le combat pour notre formation supérieure :
Pour Kabbaj, c’était la spécialisation chasse à la base aérienne française de Meknès, équipée du réacteur bi-places T-33, puis à la 8ème escadre française stationnée au Maroc, à la base aérienne de Salé, base équipée à l’époque de l’avion à réaction d’appui le mystère IV.
Pour moi, c’était la spécialisation bimoteur à la base aérienne d’Avord, près de Bourges, en France .
Mon stage bimoteur, effectué sur L’avion M.D. 312 de Marcel-Dassault, dura près de six mois et se termina par l’obtention du brevet supérieur du 2ème degré et du macaron pilote français.
Avais réussi également à obtenir ma première carte de V.S.V. ( vol sans visibilité), carte à renouveler tous les ans, pour pouvoir garder le statut de pilote IFR (instruments flying route).
Mais ma spécialisation professionnelle complète n’était pas encore achevée, car il fallait que je me rende ensuite à la base aérienne de Toulouse Francazal, pour y suivre deux stages primordiaux au CIET (centre d’instruction des équipages de transport) :
TT : stage de transformation transport sur DC-3 / C- 47.
SQT : stage de qualification transport aussi sur DC-3 / C-47.
Par le Colonel Abdeslam Bouziane










