Automobile : Les industriels mettent le turbo

Automobile : Les industriels mettent le turbo

Séduits par la dynamique que connaît le secteur au Maroc

Accélérer le processus de décarbonation, monter en compétitivité et développer la mobilité verte sont les véritables enjeux d’avenir pour le secteur automobile au Maroc. A cela s’ajoute la nécessité de renforcer la Recherche et Développement et avoir une position forte dans le «spatial civil» pour les véhicules connectés. C’est l’ambition exprimée par Moulay Hafid El Alamy, ministre de l’industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique lors du 4e rendez-vous de l’industrie organisé le 4 août 2021. Consacrée à l’industrie automobile, cette édition initiée par le département de l’industrie a été l’occasion de revenir sur les principales réalisations du secteur automobile au Maroc, les projets en cours et les perspectives futures avec la participation des acteurs majeurs de cette industrie. Le Maroc a franchi de grands pas dans le secteur automobile et ne compte pas s’arrêter là. Il faut dire que ce secteur est le premier exportateur du Maroc, depuis 7 ans, selon l’Office des changes. Il est également le premier producteur automobile sur le continent africain depuis 2017 et le deuxième exportateur vers l’Europe à partir du premier semestre de 2021.

Aujourd’hui, 250 équipementiers sont implantés au Maroc. La capacité de production annuelle du secteur dans le pays s’élève à 700.000 véhicules. En plus, le secteur a généré 160.000 emplois dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle (PAI) de 2014 à 2019, dépassant de plus de 180% l’objectif initial de 90.000 emplois. Côté export, l’automobile atteint un chiffre d’affaires de 80 milliards de dirhams en 2019 et s’élève à 72 MMDH en 2020 témoignant de sa résilience en période de crise sanitaire. La valeur ajoutée du secteur se chiffre, pour sa part, à 31,7 MMDH.

Un savoir-faire local qui se développe

A ce stade, le PAI a permis au secteur de réaliser un taux d’intégration de plus de 60%, de monter en gamme, en compétence et en maturité technologique en accélérant le développement d’une ingénierie locale tournée vers l’international. «Le PAI a représenté, pour le secteur automobile marocain, un tournant à plusieurs titres», indique Hakim Abdelmoumen, président de l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce automobile (AMICA). Et de préciser que le PAI a «permis de restructurer, de réorganiser la filière automobile marocaine en écosystème homogène, dit «commodités automobiles» en corrélation avec la vision du donneur d’ordre final qui est le constructeur automobile». Pour ce qui est de la période de crise sanitaire, il a expliqué qu’après le confinement, «tous les emplois ont été maintenus et le secteur a pu redémarrer avec une croissance de plus de 30% au dernier trimestre de l’année dernière».

Un pari gagnant-gagnant: Renault et Stellantis le confirment

Dans la success story que connaît le secteur automobile au Maroc, deux constructeurs ont accompagné cette évolution. Il s’agit de Renault et Stellantis. Renault, avec les deux usines de Tanger et de SOMACA disposent d’une capacité de production de 500.000 véhicules par an, tandis que le groupe Stellantis, avec son usine de Kénitra, dispose d’un capacitaire de 200.000 véhicules par an. «Le Maroc est un partenaire historique de Renault Group. C’est un pays à haut potentiel qui est, aujourd’hui, dans le top 5 de nos pays industriels», a indiqué Luca De Meo, PDG du Groupe Renault, mettant l’accent sur le rôle important du Maroc en tant que l’un des piliers du plan stratégique «Renaulution». Renault veut développer davantage sa présence au Maroc. «Nous avons signé des accords ambitieux qui donnent une nouvelle impulsion à notre partenariat.

Nous visons, d’ici 2025, 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en sourcing local et, à terme, 3 milliards d’euros et 80% d’intégration», a annoncé le PDG du Groupe. Le constructeur se prépare à industrialiser, à partir de ses deux sites marocains, de nouveaux véhicules pour les marques Renault et la marque Dacia qui devront inclure progressivement les technologies et l’électrification. «Le Maroc a fait le choix stratégique de développer ses énergies renouvelables et de réduire son empreinte carbone. Ce projet de décarbonation permettra aux industries de gagner en compétitivité. Ce sera un élément structurant dans les années à venir, et c’est totalement en phase avec notre vision», a-t-il expliqué. En termes de chiffres, le directeur général de Renault Maroc, Marc Nassif, a, pour sa part, relevé que le groupe a atteint un chiffre d’affaires sourcé de 1,3 milliard d’euros avant la pandémie et dépassé les 400.000 véhicules produits entre ses deux usines. L’entreprise vise à doubler la génération d’activités dans le Royaume ainsi que son chiffre d’affaires en passant de 1,5 milliard d’euros en 2023 à 2,5 milliards d’euros en 2025, avant de passer, à terme, à 3 milliards et à un taux d’intégration locale de 80%.

A ce titre, il ajoute : «c’est un plan qui va être porteur de valeurs où le groupe au Maroc va pouvoir contribuer de manière extrêmement forte, et l’alignement des nouveaux objectifs communs va permettre de booster au service de l’activité du développement, des technologies et des compétences». Le choix de développer sa production au Maroc, Stellantis le maintient et compte le renforcer. «Nous avons parcouru un très beau chemin, que nous continuons d’ailleurs aujourd’hui à parcourir. Un chemin de collaboration, un chemin de développement du tissu automobile au Maroc avec notre site de Kénitra, mais surtout l’ensemble des fournisseurs qui nous accompagnent pour produire la magnifique Peugeot 208 dans cette usine», a expliqué le CEO de Stellantis, Carlos Tavares. De son côté, Samir Cherfan, Chief Operating Officer Middle East & Africa region de Stellantis, a salué la compétitivité du Maroc, estimant que le Royaume «peut atteindre un meilleur niveau mondial». «C’est ce que nous sommes en train de faire étape par étape. Cela passe par la mise en place de matières, d’équipement de rang 2, de l’augmentation de la profondeur d’intégration, et les atouts que nous trouvons au Maroc nous permettent d’atteindre ce niveau de performance (…) C’est ce que les équipementiers trouvent au Maroc et font qu’ils s’y développent davantage», a-t-il ajouté.

Le groupe compte actuellement 66 fournisseurs, dont 29 en greenfield atteignant 62% d’intégration locale. Il dépasse ainsi son engagement de départ fixé à 60%. Ainsi, l’engagement d’achats sourcé au Maroc fixé à 600 millions d’euros avant 2020 a été doublé. D’ailleurs, Stellantis a dépassé son objectif de formation en ingénierie à travers son Africa Technical Center en passant de 1500 à environ 3000 ingénieurs et techniciens: 1000 représentent l’effectif Stellantis, tandis que les 2000 autres travaillent auprès des partenaires du groupe. «Sur l’African Technical Center, nous avons l’objectif de pouvoir faire un véhicule complet sur plate-forme existante, ce qui est le niveau de complexité maximum qu’on peut demander à une ingénierie internationale», a précisé M. Cherfan. Et d’ajouter que le groupe est «aujourd’hui sur des projets complémentaires que je ne peux pas annoncer dès maintenant. Mais nous travaillons sur des projets complémentaires liés au succès de l’Ami qui est aujourd’hui assemblée à Kénitra».

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