Covid-19 : Les agences de location de voitures au fond du gouffre

Covid-19 :  Les agences  de location  de voitures au fond du gouffre

Près de 90% d’entre elles sont en cessation de paiement

Après le coup de frein brutal engendré par l’arrêt des activités durant le confinement, les loueurs de voitures peinent à se relever suite à cette traversée du désert. Chez les agences de location de voitures, le gouffre financier est profond et des dizaines de milliers d’emplois sont sur la sellette. Si on revient un peu en arrière, les prémices de cette impasse ont commencé à se faire sentir dès le 1er mois de l’année 2020 avec la propagation de la Covid-19 en Chine. L’effet domino s’est vite confirmé au Maroc à travers la baisse des réservations sur les locations de voitures et l’annulation de la seule ligne aérienne directe Casablanca-Pékin. Après l’arrêt de ce circuit aérien, 16 groupes de touristes chinois ont annulé leurs réservations. Criblées de dettes et paralysées par les charges, les agences de location de voitures vivent une situation intenable. Certaines ont choisi de baisser le rideau tandis que d’autres tentent de survivre.

Plus de 60% des agences vont déposer leur bilan

Au total, le Maroc compte 10.500 agences de location de voitures qui emploient 30.000 personnes. Le parc automobile total dont disposent les loueurs atteint globalement 140.000 voitures. Contacté par ALM, Mohamed Alami, président de l’Association des loueurs d’automobiles sans chauffeur au Maroc (ALASCAM) explique que «plus de 60% des agences de location de voitures vont déposer leur bilan et presque 90% sont en cessation de paiement. C’est-à-dire qu’elles ont arrêté de payer leurs fournisseurs, les organismes de crédits et les banques. De même, plus de 6.000 dossiers sont devant les tribunaux et le processus de récupération des voitures par les sociétés de financement est en cours».
Durant la période du confinement, il n’y avait plus de rentrées d’argent alors que les dépenses étaient bien présentes, nous explique-t-il ajoutant que certaines voitures étaient dans des parkings, pour d’autres il fallait régler des problèmes mécaniques afin de remettre ces véhicules en marche parce qu’ils étaient à l’arrêt pendant longtemps et tout cela coûte de l’argent. En termes de chiffre d’affaires, le recul a commencé dès le mois de janvier mais c’est à partir du mois de mars que les choses se sont détériorées, principalement à cause de l’arrêt total des activités. «Avec le confinement on avait un problème de récupération de voitures qu’on avait données aux clients. Par exemple, certains clients qui avaient pris les voitures à Casablanca ont dû les rendre dans d’autres villes. Même nos agents ne pouvaient pas se déplacer. Après le déconfinement, il y avait quelques réservations avec la clientèle nationale. Ainsi, à partir de mi-juin, 5 à 10% du chiffre d’affaires commence à bouger un peu jusqu’au fameux dimanche qui annonçait l’interdiction des déplacements entre les villes. L’annonce a été faite en fin d’après-midi alors que l’application de la décision était à minuit. Le lendemain toutes les personnes qui avaient réservé des voitures pour l’Aïd avaient annulé parce que les gens ne savaient plus s’ils devaient voyager ou non. Ce qui a causé un chamboulement total», confie Mohamed Alami. Globalement, 37% des voitures louées dans la période normale relèvent du tourisme interne. En termes de chiffre d’affaires (location courte durée), cela ne dépasse pas 22% alors que les 78% restants sont générées par les touristes internationaux.

L’ombre des licenciements massifs plane sur le secteur

«Au départ les entreprises ont commencé par la réduction du temps de travail qui a duré deux mois et maintenant les sociétés pensent à licencier parce qu’elles n’ont pas de recettes pour couvrir leurs charges. Il faut compter entre 15.000 et 20.000 personnes qui pourraient passer au chômage sans parler des sociétés qui vont tout simplement fermer», indique le président de l’Association des loueurs d’automobiles sans chauffeur au Maroc expliquant que les loueurs de voitures ont été exclus du contrat programme présenté devant la ministre du tourisme, de l’artisanat, du transport aérien et de l’économie sociale alors qu’ils en faisaient partie au départ. A cela s’ajoute le fait que même les 2.000 DH d’aides dont pouvaient bénéficier les employés du secteur n’ont pas été maintenus. Etant donné que les voitures sont la substance du métier, les loueurs avaient demandé qu’ils soient subventionnés sur le nombre de voitures dans le cadre de ce contrat programme.

Sortie de crise : Ce que proposent les professionnels

Parmi les propositions à court terme suggérées par l’Alascam au ministère de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, celle d’autoriser les loueurs durant cette période critique à passer de la location de voiture «sans chauffeur» à la location «avec chauffeur». «Cette dérogation permettrait d’embaucher au minimum 30.000 chauffeurs parce qu’on parle de plus de 10.000 agences. Si on suppose que chaque société recrute 3 chauffeurs pour 3 véhicules destinés au transport urbain, 30.000 chauffeurs c’est le minimum sachant que certaines compagnies disposent de 7.000 voire 8.000 voitures dans leur parc», relève le président de l’Alascam. Pour les concernés, cette initiative «win-win» permettrait aussi de résoudre la problématique du transport urbain, voire du transport entre les villes. D’autant plus que cette proposition répondrait à la distanciation sociale que les autorités, dont le ministère de l’intérieur, appellent à respecter. L’utilisation des applications mobiles pour répondre à cette demande figurent également parmi les solutions proposées.

Pour les loueurs de voitures, il est indispensable de trouver des alternatives capables de leur permettre de générer un chiffre d’affaires afin de couvrir leurs charges, notamment les dettes, dont l’assurance de 3 mois qui s’est cumulée malgré l’arrêt des véhicules pendant cette période. Autres charges à payer : les crédits dont les taux d’intérêt sont élevés même lorsque les différés sont accordés, selon Mohamed Alami. Dans la liste des prépositions d’urgence de sortie de crise, les loueurs de voitures recommandent de complètement libérer le marché pour leur permettre par exemple d’avoir moins de 5 voitures dans leur parc qui est le minimum requis dans le cahier des charges. «Une agence qui détient dans son parc 5 voitures pourra par exemple vendre deux voitures et garder 3 au moins durant cette période pour se libérer de ses charges», souligne-t-il précisant que cela permettrait de débloquer la situation financière critique dans laquelle se trouvent les loueurs actuellement.

La location longue durée (LDD) moins impactée

Durant cette crise, la location longue durée (LDD) n’a pas été affectée au même niveau que la location courte durée (LCD). Et pour cause, «les sociétés LLD qui sont au Maroc sont des filiales de banques qui ont un écosystème qui leur permet de donner des prix qu’on ne peut jamais offrir. On ne pourra jamais être en concurrence avec elles. De plus, ces entreprises travaillent à 100% avec les corporates», justifie Mohamed Alami précisant que malgré le contexte de la Covid-19 cette activité n’a pas été aussi touchée que la location courte durée. «Peut-être qu’elles n’ont pas eu de nouveaux contrats, par contre les sociétés qui ont leurs voitures les payent. Leurs voitures sont en circulation chez ces sociétés. Ce qui n’est pas notre cas puisque nos voitures sont dans les parkings et dans les garages, elles étaient à l’arrêt total», indique le président de l’Alascam avant de rappeler qu’il y a 7 sociétés qui travaillent dans la LLD au Maroc.

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