Mounia Loulidi: La passion, un beau défaut !

Mounia Loulidi: La passion, un beau défaut !

ALM : D’où vous est venue l’idée de vous lancer dans le sport automobile?
 

Mounia Loulidi : En 2010 j’avais officié en tant que commissaire de piste sur le WTCC où j’avais palpé de très près la vitesse, la gomme des pneus et la poussière des voitures de course, notamment des F2. Et je m’étais fait une promesse d’y revenir la prochaine fois mais en tant que pilote concurrente. Bien que les Legends Car aient été absentes de cet événement pendant 2 ans, 2014 les a vues revenir en trombe sur le paddock du Marrakech Grand Prix et faire vrombir leur moteur sur son asphalte. Ma promesse était tenue…

Et c’est précisément ce qui a suscité chez vous une vocation pour les sports mécaniques ?

J’ai toujours été une mordue de vitesse et de belles mécaniques. Même en officiant en tant que commissaire de piste, il m’était difficile de faire du surplace et rester observatrice en tant qu’officiel. Sensations fortes certes, mais pas suffisantes pour me donner des sueurs froides. Cette proximité avec les voitures de course m’a encore plus encouragé à pousser à l’extrême mon goût du risque. Cheveux dressés sur la tête, fourmis aux mains et aux pieds, ma seule envie était de sentir cette adrénaline monter et de vivre cette sensation de «haute voltige» scotchée au baquet.

Et donc en octobre 2010, la veille du circuit de Salé, je prenais contact avec Youssef Alaoui et Fouad Benamer (ndlr : promoteurs de la formule) pour franchir le «pas»,… Le lendemain, j’étais sur le circuit au volant de ma Legend Car concourant aux côtés des meilleurs.

Vous jouez votre première année dans le monde professionnel, est-ce que vous pouvez nous dire quelle est la différence entre cette étape marocaine et une autre à l’étranger ?

Je dirais plutôt que je joue pour la première fois au Maroc dans un circuit professionnel (en l’absence d’un circuit permanent). Après 3 circuits nationaux urbains à fin 2010, j’ai évolué sur les circuits internationaux au cours d’événements de taille (3 circuits aux USA -Charlotte, Summit Point et Las Vegas-, 1 circuit à Moscou et 4 circuits en Espagne où j’ai même effectué mes entraînements sur place). Ce sont tous des circuits professionnels au sein desquels j’ai couru aux côtés de pilotes chevronnés.

Et le dernier en date est le circuit de Las Vegas en décembre 2012 (finale mondiale) où 5 pilotes marocains, dont moi-même, avions remporté la coupe du monde par équipe. Pour ma part nous étions 2 femmes (une Américaine et moi-même) sur tout l’événement, j’ai été classée 1ère féminine et 6ème après 5 pilotes hommes dans la catégorie «Semi Pro».

Ce parcours à l’étranger m’a permis de vite évoluer dans le monde du sport auto et de monter en performance réalisant ainsi le record de 8 participations en 2 ans en tant que femme dans le monde arabe. Maintenant pour en revenir à la qualité du MGP de Marrakech, à mon sens l’édition 2014 a été un franc succès digne des pratiques internationales, organisation, animation, professionnalisme, le package était au rendez-vous.

Le Maroc ambitionne d’accueillir un jour la Formule 1, avez-vous l’intention de participer un jour à ce type de compétition ?

Si une écurie décide de miser sur moi pourquoi pas… Ce serait un super challenge comme je les aime. Mais à mon sens, pour être pilote F1 il faut se lever de très bonne heure. Les pilotes F1 sont de jeunes prodiges qui évoluent dans cette formule depuis un très jeune âge (17-18 ans), c’est là encore un autre degré de pilotage et de maîtrise. On ne peut pas se déclarer un jour pilote F1 aussi facilement et surtout à un âge avancé.

Êtes-vous satisfaite de votre niveau actuel ?

Oui et non. Oui dans le sens où je suis une femme ayant atteint ce niveau avec mes propres moyens et le soutien des promoteurs de l’Africa Legends Cup et de certains pilotes et membres fédéraux. Mon chemin a été parsemé d’un certain nombre d’obstacles que j’ai pu dépasser pour me retrouver sur les marches du podium à plusieurs reprises et 3ème du championnat national des Legends Car en 2012 après 2 pilotes hommes.

Et ceci avec les moyens du bord. Non dans la mesure où je peux encore faire mieux et être encore plus agressive sur l’asphalte si j’avais pu trouver des sponsors. En l’absence de soutien financier, je réfléchis à 2 fois à la vitesse à laquelle je vais négocier un virage… craignant que ma voiture n’y laisse des plumes.

Peut-on parler d’un soutien de la part de la FRMSA dans les prochaines échéances, notamment à l’étranger?

La FRMSA vient de se refaire le portrait et le résultat est un super lifting à l’image de la qualité des nouveaux membres de son bureau. Une équipe soudée présidée par Jalil Neckmouche. Tous des passionnés bénévoles dont moi-même en tant que trésorière. Notre cheval de bataille est de redorer le blason de la FRMSA…

Pallier 2 ans de flottement qui ont plombé notre championnat et asseoir une base solide et structurée avec des têtes bien faites dont le souci majeur est la pérennité de ce sport dans des conditions de sécurité maximale, pour le pilote, les officiels et le public. Mais surtout œuvrer pour le développement de ce sport, accompagner les pilotes actuels dans leur évolution et préparer une pépinière de jeunes talents qui pourront aspirer plus facilement à intégrer la F1.

Le monde de la course automobile reste un sport élitiste, qu’en pensez-vous ?

L’info est aujourd’hui biaisée par le niveau et la diversité des pratiquants. Certes, le sport automobile est coûteux et il y a quelques années, je vous aurais répondu effectivement que c’est un sport d’élite du fait de son coût. La notion est depuis banalisée. Aujourd’hui, le sport auto est devenu accessible du fait des différentes formules existantes au sein du plateau marocain…

On a le choix entre la Legend Car, la Clio RS Cup ou encore les moteurs M1, M2 et M3 en fonction des cylindrées de ces dernières voitures… On a donc l’embarras du choix à des rapports qualité-prix non négligeables. Le sport auto marocain est de ce fait devenu plus accessible.
Je dirais donc que oui c’est un sport d’élite de par le niveau de ses pilotes et non plus de par le solde sur leur relevé bancaire….

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