Il y a quelques années, quand le pétrole atteignit 50 dollars le baril, des analystes sérieux ont tenté de faire des projections et ont annoncé que les prix vont continuer à plomber. Jusqu’où ? Un baril à 100 dollars n’est pas impossible, osèrent les plus hardis. Impensable a-t-on entendu à l’époque, cela entraînerait le monde dans une récession profonde et puis les politiques ne laisseront pas faire. Depuis mardi dernier on y est, le baril a dépassé cette barre mythique des 100 dollars et le krach n’a pas eu lieu. Les économies occidentales ont intégré les variations du coût de l’énergie depuis longtemps, seules quelques niches sont réellement en danger. Pour les pays sous-développés et sans le pétrole, c’est une autre paire de manches. Les tensions sur le prix du pétrole sont liées par certains à la guerre en Irak, alors que la production irakienne est largement compensée par ses concurrents, on oublie surtout de dire que le même phénomène d’explosion des prix est constaté sur l’essentiel des matières premières. Une flambée passagère, comme lors du premier choc pétrolier, annoncent les plus optimistes. Les autres, les plus sérieux à mon avis, jouent les cassandres. Le renchérissement des matières premières est une tendance lourde. Ils expliquent tout simplement que l’Inde et la Chine enregistrent des taux de croissance record et que leur consommation en matières premières déséquilibre de manière irréversible le jeu de l’offre et de la demande. Le développement de deux pays entraînerait un déséquilibre mondial aux conséquences non maîtrisées. C’est qu’il s’agit de deux pays représentant le tiers de la population de la planète. La Chine est éveillée et le monde tremble réellement. Si l’on admet cette thèse, l’on ne peut qu’être inquiet de ce qui en découle. La première phase du capitalisme a engendré la colonisation pour s’assurer l’accès aux matières premières. Cette fois, quelles seront les conséquences politiques de cette guerre autour des matières premières. Il est permis d’avoir froid au dos. D’autant plus, qu’il est aujourd’hui établi que la guerre contre l’axe du mal, cachait une autre, celle de la maîtrise du pétrole. L’axe Beijing-Moscou-New Delhi n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité en construction. Et nous dans tout ça ? Il faut être réaliste, nous ne pesons pas très lourd dans ces enjeux. La hausse des prix des matières premières nous pénalise parce que les phosphates ne sont pas concernés, car mis hors jeu par les lois sur l’environnement. Un baril du pétrole à 100 dollars, de manière durable, c’est un coup très dur aux fragiles équilibres et probablement à l’économie en général. La première conséquence est l’inflation avec ce qu’elle peut engendrer comme tensions sociales. Nizar Baraka est allé un peu trop vite en annonçant que la hausse ne sera pas répercutée. Il sait très bien que ce n’est pas tenable au-delà de quelques semaines. Par contre, l’idée de revoir la question de la Caisse de compensation pour en faire un outil ciblé est intéressante. Elle est sur le tapis depuis plus de 10 ans et Guennouni, l’ancien ministre, avait même proposé un système de vignettes, sortes de bons d’achats, pour que le soutien aille aux plus pauvres. La mise en musique est compliquée, mais l’idée est fondamentalement juste. Le fonctionnement actuel de la Caisse de compensation profite aux riches en premier lieu, ce qui n’est pas l’objectif avoué. Le coût croissant de l’énergie est une donne constante à intégrer. Depuis 3 ans, à chaque fois la loi de Finances a sous-évalué la facture énergétique, parce que la hausse n’a pas été appréhendée comme structurelle. Le gouvernement El Fassi est tombé dans le même piège et devra faire une drôle de gymnastique pour ne pas laisser filer le déficit budgétaire. Les politiques publiques, partout dans le monde, sont mises à mal par l’effervescence sur les marchés mondiaux. Les plus prudents sont ceux qui tablent sur une turbulence durable et font avec. L’Inde, la Chine et les pays limitrophes sont aussi un formidable marché à conquérir, cela compense les désordres engendrés par leur consommation énergétique.









