Chroniques

100% Jamal Berraoui : Le Net et la Constitution

Le gouvernement actuel n’est sûrement pas une Dream Team. Les conditions politiques de sa constitution n’ont pas renforcé son image, ni créé un enthousiasme débordant à son égard. Mais il faut avouer que ce qu’il subit restera dans les annales, huit mois à peine après sa constitution, la rumeur veut qu’il soit déjà sur le départ. Mieux, le nouveau gouvernement, le nouveau Premier ministre, mais aussi l’ensemble des portefeuilles circulent sur le Net.
Information vérifiée : tout cela est de l’intox, Fouad Ali El Hemma ne sera pas à la Primature à court terme, l’alliance MTD-PJD n’est pas à l’ordre du jour et le cabinet El Fassi est encore en course.
La réaction du parti de l’Istiqlal, par le biais de sa presse, est  un peu nerveuse, mais bien compréhensible. Jamais Premier ministre n’a été  si mal accueilli, alors qu’il est validé par «la démarche démocratique», ni déstabilisé aussi rapidement par une opération d’intox à si grande échelle.
Cela se passe au moment où sur le terrain politique l’horizon s’obscurcit. «L’USFP réfléchit sérieusement au retrait du gouvernement», annonce Driss Lachgar, pourtant non répertorié chez les va-t-en guerre.
Les syndicats organisent grève sur grève, refusent une offre qui coûte au budget de l’Etat 16 milliards de DH, mais ne satisfait aucune corporation. Enfin, le baril du pétrole s’envole, le dollar se rebiffe, les transferts des MRE stagnent, la crise mondiale s’aiguise et la marge de manœuvre est inexistante. Pauvre Abbas, pauvre misère, la conjoncture est mauvaise, les chaperons de la constitution de son gouvernement ont forcé le trait, les alliés sont d’une loyauté variable, les élites fort suspicieuses et la presse franchement hostile. La campagne actuelle relève de l’intox. Elle ne repose sur aucun élément d’information réelle, mais reflète un contexte particulier.
Mon propos est de dire que si le remaniement n’est pas à l’ordre du jour, il aurait bien pu l’être. De toute évidence, la crise politique est réelle et dépasse largement le nom du Premier ministre, qui du coup devient un simple élément d’une hypothétique réponse à la crise.
Nous sommes face à un déni d’utilité du gouvernement qui donne de la substance aux rumeurs les plus  farfelues. Sous d’autres cieux, on appellerait cela une crise institutionnelle. La sortie de crise, si elle est anticipative, peut être salutaire.
Anticiper, aujourd’hui, c’est mettre en chantier une réforme constitutionnelle qui soit une véritable avancée démocratique. C’est aussi mettre en place des mesures volontaristes d’assainissement des pratiques politiques. L’approche des élections communales ne peut être appréhendée comme un obstacle à cette démarche et peut même servir de prétexte à son accélération.
Un tel projet ne saurait être mobilisateur sans être lié à une réponse adéquate à la crise sociale, élément le plus complexe de l’adéquation. Entre la nécessaire solidarité, urgence sociale et politique et la bonne santé des finances publiques, le Maroc n’est pas en situation de choisir, il lui faut les deux. Force est de constater, par honnêteté intellectuelle, que sur le deuxième volet, le cabinet El Fassi essaye de prendre le bon bout. Seulement, son handicap politique est trop lourd et il n’arrive à avoir l’adhésion ni des syndicats ni du patronat ni celle de l’opinion publique.
Alors exit El Fassi, bienvenue à El Himma ? C’est un fantasme d’internaute alimenté par une crise réelle. A cette rumeur succèdera une autre, parce que la nature a horreur du vide et que les Marocains n’acceptent pas un gouvernement pourtant légal.

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