Chroniques

110.000 enfants travaillent au Maroc !

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Force est de constater que malgré des avancées certaines et des efforts consentis de la part des autorités de tutelle, la situation des enfants reste préoccupante au Maroc.

Mon enfant travaille.
L’enfant marocain nous concerne tous car si l’adulte est responsable de lui-même ,la communauté est responsable de ses enfants.
Les chiffres claquent :110.000 enfants est beaucoup trop pour notre Maroc.
Et de quel travail parle-t-on ? Quelles conditions ? Quelles répercussions ? Quelles conséquences sociales de cette enfance volée ??
Nombreuses.
Ils sont sujets aux violences quotidiennes, au travail forcé, à la maltraitance, à l’abandon scolaire, à la pauvreté et la précarité. Ils sont des millions d’enfants marocains qui vivent encore dans des conditions alarmantes, avec plus de 110.000 qui triment chaque jour pour subvenir à leurs besoins.
Comme chaque année, le 12 juin 2024, le monde célèbre la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants. Chaque année, au Maroc, on publie de nouvelles statistiques, avec des courbes différentes pour faire état de la situation des enfants face aux menaces qui guettent leur avenir, surtout, quand l’enfance est bradée pour le travail sacrifiant des dizaines de milliers de vies qui passent sans enfance aucune. Si cette journée constitue une occasion pour la mise en lumière de cette tragédie humaine, elle est aussi une occasion pour sensibiliser l’opinion publique face à la condition inhumaine qui broie la vie des enfants marocains, faisant fi de leurs droits fondamentaux à une vie d’enfant. Selon les derniers chiffres, en 2023, le pays compte 7.775.000 enfants âgés de 7 à 17 ans. Parmi eux, 110.000 enfants ont été engagés dans une activité économique. Ce qui représente 1,4% de cette tranche d’âge. Cette part est de 2,8% en milieu rural (88,000 enfants) et de 0,5% en milieu urbain (22,000 enfants). Selon ces mêmes chiffres, on constate que le phénomène des enfants au travail est plus répandu parmi les garçons que parmi les filles. Il est associé à la déscolarisation et à l’abandon scolaire. 85,6% des enfants au travail sont de sexe masculin, tandis que 91,5% d’entre eux ont entre 15 et 17 ans. 79,9% de ces enfants vivent en milieu rural, où l’accès à l’école est limité. En termes de scolarisation, seulement 8,6% des enfants travailleurs sont encore scolarisés, tandis que 89,1% ont quitté l’école et 2,3% ne l’ont jamais fréquentée. On le voit bien, chaque année, avec chaque rapport, force est de constater que malgré des avancées certaines et des efforts consentis de la part des autorités de tutelle, la situation des enfants reste préoccupante au Maroc. Pour toucher du doigt cette réalité, il faut passer au crible les différents secteurs de la vie marocaine où la protection de l’enfance doit être un fait établi et acquis et non un simple vœu pieux. De la santé à l’éducation, en passant par le sport, le travail et d’autres domaines où l’enfant doit être intégré et protégé contre toutes formes de violences, le constat est toujours le même : il y a de profondes lacunes et un travail de fond à mettre en place pour protéger les enfants marocains et respecter leurs droits, et, à tous les niveaux de la vie.
Dans ce sens, la situation des enfants au Maroc est triste. Travail forcé, abandon scolaire, agressions, viols, harcèlement, marginalisation, absence de prise en charge morale et physique en cas de maladie, de handicap ou les deux. Bref, dans une large mesure, il ne fait pas bon être enfant au Maroc. Que l’on ne se voile pas la face, les chiffres sont là pour l’attester. Selon l’étude «Profil de la pauvreté des enfants au Maroc», réalisée par l’ONDH et le MFSEDS, avec l’appui de l’Unicef, un enfant est considéré dans une situation de pauvreté multidimensionnelle s’il est privé dans au moins deux dimensions de son bien-être parmi les 8 dimensions considérées dans cette étude (logement, eau, assainissement, nutrition, santé, couverture maladie, éducation et information). Au Maroc, malgré des avancées notables dans divers secteurs de la vie moderne, les disparités entre le monde urbain et rural restent énormes, et ce sont, souvent, les enfants qui en font les frais. Dans ce sens, il faut insister sur le volet éducation et école. C’est là où les choses sont les plus graves. Plusieurs études ont démontré que même en allant à l’école les enfants marocains restent très limités en termes de savoir et de compétences, avec de grandes disparités entre le public et le privé.
Il faut ici préciser que le taux net de scolarisation au niveau secondaire (collégial et qualifiant) reste moyen, surtout en milieu rural et pour les filles : le taux net de scolarisation est de 58,1% au secondaire collégial (36,8% en milieu rural et 74,9% en milieu urbain) et de 33% au niveau qualifiant (10,4% en milieu rural et 50,2% en milieu urbain). De même, le taux net de scolarisation au préscolaire a faiblement progressé. Il reste aux alentours de 50%, ce qui témoigne d’un besoin d’investissement dans le secteur préscolaire en vue de sa généralisation à l’horizon 2027-2028 conformément à la Vision stratégique 2030 du secteur éducatif et à l’engagement gouvernemental dans ce sens. Côté violence, il faut juste retenir un seul chiffre : 91% d’enfants âgés de 2 à 14 ans sont toujours victimes de la violence, entre agression psychologique et châtiments corporels. Venons-en maintenant aux mentalités face à la protection des enfants. Au-delà des mariages précoces, de la braderie des jeunes filles à peine pubères, il y a chez les femmes, en mettant de côté ce qu’en pensent les hommes, des atavismes inoxydables. 4% de femmes âgées de 15 à 49 ans pensent qu’un mari a le droit de frapper ou de battre son épouse. Des idées enracinées dans la pensée marocaine où la femme et la jeune fille payent un lourd tribut aux archaïsmes de tous poils. Voici en gros quelques statistiques qui reflètent la situation des enfants dans le Royaume. Il y a certes certains progrès, mais le travail qui reste à faire semble titanesque, et ce, à tous les niveaux. Car un enfant privé de son enfance sera un adulte qui souffre, malgré sa résilience et quelle que puisse être sa faculté de faire face et de dépasser la souffrance d’une enfance volée.
Un enfant qui n’a pas joué, qui n’a pas été insouciant, qui n’a pas rêvé sera un adulte amoindri traînant le poids de tant de manque et de frustration. Aujourd’hui, dans ce Maroc en profondes mutations, il est intolérable de constater que plus de 110.000 enfants sont obligés de prendre des responsabilités d’adultes en allant trimer, se faire maltraiter par leurs employeurs, se faire molester, insulter, voire frapper.
Les conséquences seront plus dramatiques qu’on le pense sociales, sécuritaires et criminelles… une enfance agressée, agressera demain en retour…

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