A dire vrai… La vie, c est…

A dire vrai… La vie, c est…

La lumière verte irise de nouveau l’écran de mon ordinateur. Mon bureau se retrouve nimbé d’un halo maintenant familier. Mes applications se ferment. L’écran s’obscurcit. Je commence à m’habituer à ce phénomène survenu il y a quelques semaines déjà. Mon extraterrestre me rend visite une seconde fois. Va-t-il encore me faire la leçon sur notre existence d’êtres humains ? Je suis impatient de connaître l’objet de cette nouvelle prise de contact. Des lettres apparaissent successivement sur l’écran :

– Que le salut soit avec toi, terrien.

– Content de te reparler…, pianoté-je sur mon clavier.

– Je te trouve pensif.

Comment sait-il que je suis pensif ? Me voit-il à travers un de leurs télescopes ? A-t-il accès à ma méditation intime ? Inquiétant !

– Tu es préoccupé par la vie.
En plus il connaît l’objet de ma réflexion ! Je suis effectivement assailli par un tas de questions sur la vie. Angoissant ! Comme si je devisais avec un vieil ami, je me prends à partager mes pensées avec lui :

– Il y a des jours, je me demande si la vie n’est pas ce coucher du soleil magique, lorsque l’astre ardent plonge dans l’océan à l’horizon.
D’autres jours, je me demande si la vie est cette réalité affligeante de la misère qui mine les communautés humaines.
Parfois, je me dis que la vie c’est la mine joviale de ce bébé qui part à la renverse en riant.
Des fois, il me semble trouver la vie dans l’engagement qui insuffle l’espérance chez les laissés-pour-compte d’un monde préoccupé par l’accumulation du superflu par une minorité, ignorant une majorité qui peine à subvenir à l’essentiel.

Puis, la vie prend les traits de ce proche qui, lors d’une prise de bec anodine, oublie les moments de bonheur partagés et se transforme de façon inattendue en ennemi enragé qui vous ressort toutes les vieilles récriminations que vous croyez à jamais enterrées. Au point que vous ne savez plus quels sentiments il a réellement pour vous.
Très souvent, la vie c’est s’évertuer à assurer sa subsistance, enfilant de longues heures au travail, et supportant brimades, harcèlement et provocations de collègues hargneux et supérieurs déplaisants.
Le plus souvent, la vie c’est des années de dur labeur, de frustrations, de déceptions.

La vie c’est aussi ce propos qui démolit le moral et terrasse littéralement. Mais c’est aussi ce merci dit du fond du cœur, qui exprime une sincère gratitude envers un geste accompli sans calculs préalables.
La vie peut être ce coup de foudre qui met le feu aux poudres, ce regard qui met les veines en émoi, peint les nuits du blanc de l’insomnie, devient l’unique raison de vivre.

La vie c’est cet être cher qui emplit votre univers, que le destin vous prend un jour sans vous avertir, ni vous préparer.
La vie c’est aussi ce sourire ou ce mot qui, de bon matin, éclaire votre journée, ce moment où, après avoir séché les larmes sur les joues d’un malheureux, vous voyez un sourire radieux et un regard brillant éclore sur son visage.
La vie c’est également ce pardon fait en dépit de toutes les crasses, de toutes les vilénies, de toutes les méchancetés endurées.

Combien de fois je me demande si la vie n’est pas plutôt ces moments passés entre amis et proches à partager une modeste pitance, dans la joie et la bonne humeur.
À moins que la vie ne soit qu’une longue suite de souffrances, d’épreuves et de désillusions.
Et si la vie, avec sa succession de joies et de peines, c’est jouir de ses facultés intellectuelles, profiter de ses capacités physiques, disposer de nourriture juste pour sa journée, et… vivre en sécurité.
Je cesse de pianoter sur mon clavier et reviens à mon extraterrestre.

– Au fait, comment c’est la vie chez vous ? demandé-je.

– Ce concept n’existe pas chez nous.

– Tu as compris pourquoi ça me préoccupe, non ?

– Pas vraiment. J’attends le traitement des éléments de cette conversation par notre cyber-analyste.
Sa réponse me soulage. Mon extraterrestre peut accéder à mes pensées, mais ne peut pas en saisir le sens. C’est plus rassurant.

– Et quel serait l’équivalent chez vous ?

– Avec le peu que j’ai cru comprendre, imagine que tout soit planifié pour toi à l’avance, tout soit prévu. Tu ne fais que suivre le programme qui te gouverne. Tu ne te poses pas de questions.

– Autrement dit, votre vie ressemble à la ligne plate d’un oscilloscope. Mais alors, on est mieux sur Terre !
En mon for intérieur, je me réjouis que la civilisation humaine n’ait pas atteint celle de mon extraterrestre.
Comme à la fin de notre premier contact, la lumière verte disparaît, le halo s’évanouit, mes applications reprennent leur place sur l’écran. Mon visiteur de l’espace s’est déconnecté.
Il est retourné à son existence, et moi à ma vie.

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