Aïe, ça sent le ramadan

Aïe, ça sent le ramadan

La colère monte d’un cran. On dirait que les gens s’entraînent, se mettent en jambes pour afficher leur rage durant 30 jours de ramadan. Déjà, depuis quelques jours, on se fait des amabilités assez corsées, on monte d’un cran dans l’incivisme atavique à la marocaine. On se fait les dents et les lèvres en ponctuant des invectives courantes avec plus de hargne pimentée en vue du mois sacré. Nous avons une réputation à défendre. Il faut bien  garder la main, ne rien céder de son tempérament belliqueux pour clouer le bec à autrui.

Dimanche. 8 heures du mat. Pas un chat dans les rues. Il fait déjà humide. Lourd. Dans le taxi, seul sur la route. Au niveau du boulevard Zerktouni, avant d’arriver à l’immeuble Liberté, tout près du siège du journal, une autre voiture colle aux fesses du taxi. La route est vide. Pas un autre véhicule en vue, sur des kilomètres de boulevard aéré. Pourtant le bonhomme à la Dacia grise klaxonne. Il redouble d’efforts, se met en rogne, rouspète et crie dans son habitacle, vitres fermées. Il doit y avoir urgence ! Sûrement. Une telle mélodie stridente, made in Dacia, à 8 du matin, sur une route déserte ! Il y a un hic.

Feu rouge. Le chauffeur de taxi se lance « Yak Labass a Chrif ? » Le gars qui aime klaxonner fait baisser sa vitre, il transpire. Le visage fermé. La gueule des mauvais jours. Aiie, ça va péter ! «Tu ne sais pas conduire, sale con ! » C’est tout ce qu’il a dit et il a ponctué le tout d’un crachat  en direction de la carrosserie rouge du taco. Puis, en nous doublant, alors que le feu est toujours au rouge, il pousse un long et douloureux klaxon, qui était destiné à souligner et l’insulte et le crachat.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi une telle colère matinale ? Pourquoi le taco ne savait pas conduire ? Pourquoi ce mano à mano collant aux roues du taxi alors que le vide est immense pour prendre ses aises et conduire en toute quiétude ?  Je suis incapable de répondre à aucune de ces questions métaphysiques.  Je me tourne vers le taximan. Il me regarde en retour, l’air de dire : «Yakma j’ai raté quelque chose ?» Silence. Nous sommes vaincus par l’incapacité d’y voir clair. Le type de la Dacia a dû voir ce que nous n’avons pas perçu. Il a dû comprendre quelque chose. A moins qu’il était juste au dernier stage de rodage avant d’attaquer ramadan et de faire le plein de bagarres aux feux rouges, dans les ruelles, au marché, au hammam, en famille, avec les copains, dans  une mosquée…  En tous cas, préparez-vous à subir, trente jours au moins de mauvaise humeur, pour rien. Trente jours de rage, de hargne, de cris, d’hystérie…

Comme dirait un copain, ce sont des rites comme tous les autres et à chacun son ramadan.

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