Chroniques

Alger-Madrid, la grande contrition ! 

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Gâchis
Le régime algérien s’est trouvé avec une crise avec l’Espagne sur les bras. Incapable de reconnaître ses erreurs sous peine de perdre la face devant tout le monde. Incapable de durcir son bras de fer sous peine d’accentuer son isolement.

La relation entre l’Espagne et l’Algérie de ces dernières années est un cas d’école à étudier dans les instituts de l’improvisation, de la mauvaise analyse et de l’absence totale d’anticipation. Madrid fut la première capitale européenne contre laquelle le régime d’Abdelmajid Tebboune a voulu pratiquer un chantage grandeur nature sur le Sahara marocain. Alger a reçu un effet boomerang si dissuasif que son régime a posé un pied à terre sans rien obtenir.
En effet, l’Espagne a subi une grande crise politique et économique venant de l’Algérie depuis que le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez avait décidé de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Une démarche extrêmement importante dans la dynamique de ce conflit puisque l’Espagne est l’ancienne puissance coloniale du Sahara. Cette reconnaissance avait donné lieu à un grand psychodrame à Alger qui avait procédé au rappel de son ambassadeur et au gel de nombreuses activités économiques entre les deux pays.
Pendant de longs mois, Alger s’attendait à un retour sur investissement de son chantage politique et économique envers Madrid. Le régime algérien était même entré dans une logique d’attente et d’espérance d’une probable alternance politique en Espagne. Il misait sur une défaite de Pedro Sanchez et un retour de la droite espagnole au pouvoir. Aucune attente algérienne ne s’est réalisée. Ni le gouvernement espagnol n’a changé de position sur le Sahara, ni l’arrivée désirée de la droite par Alger ne s’est réalisée.
Le régime algérien s’est trouvé avec une crise avec l’Espagne sur les bras. Incapable de reconnaître ses erreurs sous peine de perdre la face devant tout le monde. Incapable de durcir son bras de fer sous peine d’accentuer son isolement. La situation de blocage était telle que le président Tebboune lui-même, pour donner une justification à sa marche arrière avec l’Espagne, s’est inventée une réalité politique virtuelle selon laquelle les autorités espagnoles ont changé d’avis sur le Sahara par crainte de perdre le marché algérien. Ce gros mensonge du président Tebboune, propagé par le ministre des affaires étrangères Ahmed Attaf, avait fait le bonheur sarcastique des réseaux sociaux. L’illustration parfaite d’une schizophrénie algérienne devenue la vraie marque de fabrique du régime algérien.
Et bien avant cette visite de Tebboune en Espagne, si elle n’est pas annulée à la dernière minute, les autorités espagnoles ont tenu à redire avec force leur soutien à la souveraineté du Maroc sur son Sahara lors de la tenue de la 13ème Réunion de haut niveau (RHN) entre le Maroc et l’Espagne, tenue jeudi 4 décembre en présence du chef du gouvernement du Royaume Aziz Akhannouch et son homologue espagnol Pedro Sanchez. Cette réaffirmation espagnole vise en priorité à clore le débat sur le Sahara et fixer le cadre des futures discussions politiques attendues lors de la visite de Tebboune en Espagne.
Les médias algériens applaudissent déjà cette visite de Tebboune en Espagne même si elle doit refléter une grande contrition de la diplomatie algérienne. Pour ceux-ci cette sortie diplomatique algérienne a pour objectif premier de casser le plafond de verre qui entoure l’activité diplomatique algérienne qui fait qu’à l’exception de la Turquie, du Qatar et de la Tunisie, Tebboune n’est le bienvenu nulle part. Le fait que l’Espagne lui déroulera sans doute le tapis rouge est déjà pour la diplomatie algérienne une forme de succès, tant l’isolement était dur et la solitude contraignante.
Comme avec l’italie de Giorgia Méloni, il est très attendu que Tebboune utilise sa probable visite à Madrid pour tenter de régler ses comptes avec la France contre laquelle l’opposent de profondes divergences. Cela pourrait se voir dans le volume de contrats économiques qu’il va proposer aux entreprises espagnoles. Avec cet argument, l’Italie et l’Espagne auront tout ce que la France n’aura pas.
Lors de la visite de Tebboune à Madrid, si elle a lieu, règnera une terrible impression de gâchis. Alger a sacrifié de grands enjeux économiques et politiques, empoisonné ses relations avec les pays de l’Union européenne à la poursuite d’une chimère qui s’appelle le Polisario. Aujourd’hui il est temps que l’obsession pathologique cède la place au réalisme. Si cette visite de Tebboune en Espagne pourra participer à faire avancer cette idée dans les cénacles du pouvoir algérien cela sera toujours une avancée pour les perspectives de stabilité et de prospérité régionale.