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Au-delà des chantiers, construire un Maroc qui dure

Projet de société  
Construire des bâtiments sans construire les compétences serait une erreur stratégique. Le véritable capital d’un pays reste son capital humain. Le Maroc possède justement une jeunesse talentueuse, créative et profondément connectée au monde. Encore faut-il lui offrir les conditions pour transformer ce potentiel en réussite collective.

Il est des moments dans la vie d’une nation où l’histoire accélère. Le Maroc semble aujourd’hui traverser l’un de ces moments rares où les ambitions cessent d’être des promesses pour devenir des réalités visibles. Des routes qui s’étendent, des gares qui se modernisent, des stades qui se transforment, des villes qui se réinventent, des investissements qui affluent. Le paysage change. Mais derrière le béton, l’acier et les grues, une question demeure essentielle : que restera-t-il lorsque les projecteurs se seront éteints ?
Car il serait réducteur de considérer les grands chantiers nationaux comme une simple préparation à des événements sportifs ou internationaux. Ils sont avant tout une formidable occasion de repenser le modèle de développement du Royaume, de renforcer sa compétitivité et, surtout, d’améliorer durablement la qualité de vie des citoyens.
Le Maroc n’investit pas uniquement dans des infrastructures. Il investit dans sa crédibilité. Depuis plusieurs années, le Royaume s’est imposé comme un acteur stable dans une région souvent marquée par les incertitudes. Cette stabilité constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts. Elle attire les investisseurs, rassure les partenaires internationaux et encourage les entreprises à miser sur l’avenir.
Les grands projets engagés dans le transport, la mobilité, l’énergie, les infrastructures sportives ou encore les services publics répondent certes à des impératifs économiques. Mais ils portent également une dimension symbolique: celle d’un pays qui refuse l’immobilisme et qui choisit de préparer les décennies à venir plutôt que de subir les mutations du monde.
Cependant, construire vite ne suffit pas. Il faut construire juste.
Le véritable succès d’un chantier ne se mesure pas uniquement à la date de son inauguration, mais à l’usage qu’en feront les générations futures. Une ligne ferroviaire n’a de sens que si elle rapproche réellement les territoires. Un stade devient utile lorsqu’il vit toute l’année et profite à la jeunesse locale. Une route prend toute sa valeur lorsqu’elle désenclave une région et crée de nouvelles opportunités économiques.
L’intelligence d’un développement se lit toujours dans son héritage.
L’histoire économique mondiale regorge d’exemples de pays ayant investi des milliards dans des infrastructures spectaculaires qui, quelques années plus tard, se sont transformées en «éléphants blancs». Des équipements coûteux, magnifiques parfois, mais sous-utilisés, faute d’avoir été intégrés dans une véritable vision de territoire.
Le Maroc semble aujourd’hui vouloir éviter cet écueil.
L’approche est plus globale. Les infrastructures s’accompagnent d’une réflexion sur la mobilité, le tourisme, la logistique, les investissements industriels, les services numériques et le développement régional. Cette cohérence constitue probablement la plus grande force de la stratégie nationale actuelle.
Mais un pays ne se transforme pas uniquement grâce à des investissements publics.
Il se transforme aussi grâce à l’engagement de ses citoyens.
Chaque chantier est une invitation à renforcer le sens du bien commun. Une ville moderne exige une citoyenneté moderne. Respecter les espaces publics, préserver les équipements collectifs, adopter une culture de la qualité, développer le civisme quotidien : voilà des investissements invisibles qui coûtent peu mais rapportent énormément.
Le développement n’est jamais seulement une affaire d’État. Il devient une culture partagée.
Dans cette perspective, les jeunes occupent une place centrale. Ils seront les premiers utilisateurs des infrastructures construites aujourd’hui. Ils seront aussi les ingénieurs, les entrepreneurs, les chercheurs, les enseignants, les médecins et les responsables publics qui feront vivre ces investissements demain.
C’est pourquoi les grands projets devraient systématiquement être accompagnés d’un immense effort de formation. Les métiers de l’ingénierie, du numérique, de l’intelligence artificielle, de la maintenance, de l’environnement, de l’hôtellerie ou encore des services représentent autant d’opportunités d’emploi qu’il convient d’anticiper.
Construire des bâtiments sans construire les compétences serait une erreur stratégique.
Le véritable capital d’un pays reste son capital humain.
Le Maroc possède justement une jeunesse talentueuse, créative et profondément connectée au monde. Encore faut-il lui offrir les conditions pour transformer ce potentiel en réussite collective. Les infrastructures créent un cadre ; les femmes et les hommes lui donnent un sens.
Il existe enfin une autre dimension souvent moins évoquée : celle de la confiance.
Les grands chantiers produisent un effet psychologique puissant. Ils nourrissent l’idée que le progrès est possible. Ils renforcent la confiance des investisseurs, des entrepreneurs, des familles et des jeunes diplômés. Ils alimentent un récit collectif fondé sur l’ambition plutôt que sur le renoncement.
Or aucune économie ne prospère durablement sans confiance.
Le développement est aussi un état d’esprit.
À l’heure où de nombreuses nations font face au doute, aux fractures sociales ou au ralentissement économique, le Maroc dispose d’une opportunité rare : celle de transformer une dynamique d’investissement en véritable projet de société.
Cette réussite supposera néanmoins une exigence permanente : transparence dans la gestion des projets, qualité des réalisations, maîtrise des coûts, préservation de l’environnement, inclusion sociale et réduction des inégalités territoriales.
L’avenir ne se construira pas uniquement dans les métropoles. Il devra également irriguer les villes moyennes, les campagnes, les montagnes et les territoires les plus éloignés.
Le développement durable est celui qui ne laisse personne sur le bord du chemin.
Les décennies à venir jugeront moins la hauteur des bâtiments que la hauteur de notre vision.
Le Maroc est aujourd’hui à un carrefour historique. Les grues finiront par disparaître. Les rubans seront coupés. Les cérémonies passeront. Les compétitions sportives entreront dans les livres d’histoire.
Mais ce qui demeurera, c’est la capacité d’un pays à avoir transformé une période exceptionnelle en héritage durable.
Les nations qui marquent leur époque sont celles qui savent bâtir plus que des infrastructures : elles bâtissent une confiance, une ambition et un destin commun.
C’est sans doute le plus beau chantier qui attend aujourd’hui le Maroc.

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