Chroniques

Carnets parisiens

Jogging républicain. Tous ceux qui se hasardent à confier à Jamel Debouzze un instant de direct ou une antenne en roue libre, savent que le comédien est verrouillé sur la production d’étincelles que sa parfaite maîtrise de l’art de l’improvisation a élevé au rang de création permanente. Le Festival de Cannes n’a pas échappé à la règle quand devant un parterre médusé, Jamel, sanglé dans son smoking de qualité supérieure, travaillé par des petites mains expertes, annonce son «ralliement» à Nicolas Sarkozy, l’invitant à «un jogging républicain au bois de Boulogne avec Faudel et Mireille Mathieu». Jamel était entré dans l’histoire pour avoir été le premier accoucheur télévisuel du OUI de Ségolène Royal à la candidature présidentielle, ce fut sur Canal plus, la chaine qui diffuse la dernière création de M. Debouzze, le «Jamel Comedy Club».
Suscitant un mélange de rires gênés et d’éclats franchement ironiques, le comédien avait raison d’appuyer sur le trait et de forcer la caricature. Le jogging est devenu, en effet, la marque de fabrique de Nicolas Sarkozy, président. Outre que les Français ont eu à subir l’exhibition d’une marque de sport qui donne au locataire de l’Elysée le surnom de «Nik-olas , ils ont eu tout le loisir de découvrir les jolis mollets de cycliste, les dures cuisses de footballeur et la surcharge légèrement pondérale de leur champion, trahissant chez lui, sinon une pratique régulière, du moins une passion pour le sport.
1757. Chirac. Bachar. Le sport, ce n’est pas ce qui risque d’essouffler l’ancien président Jacques Chirac qui doit être plongé dans son lieu des vacances dans d’interminables farnientes de retraités. Une intense satisfaction a dû le parcourir en apprenant la création par les Nations Unies d’un tribunal international chargé de juger les assassins de son vieil ami Rafic Hariri. Chirac en avait fait son ultime combat avant de passer le témoin. Même si de ce tribunal, personne n’attend des Breaking news haletants, le temps que toute l’architecture s’installe, que la machine commence à vrombir avant de se lancer, beaucoup de rivières seront passées sous les ponts diplomatiques, il n’empêche qu’un sérieux instrument d’influence sur Damas vient d’être créé. Bachar Al-Assad, à qui les Syriens viennent de «renouveler» leur confiance doit compter, dans toutes ses démarches, qu’elles concernent les Palestiniens, les Irakiens ou les Libanais, avec cette épée de Damoclès brandie par une Administration Bush en fin de parcours, enlisée jusqu’au cou dans un Irak meurtrier et instable. 
Satan dîne avec le diable. L’Irak et les insondables voies de le stabiliser étaient justement au menu principal du dîner qui a réuni à Bagdad le grand Satan américain et le diable iranien, pièce maitresse de «l’axe du mal». C’est une grande première qu’un dialogue de ce niveau ait pu avoir lieu entre deux puissances qui se boudent depuis des décennies. Il est dit qu’à ce dîner, il n’y a ni hôte, ni invité. Les deux parties, n’écoutant que la profonde voix secrète de leurs intérêts nationaux, se sont senties irrésistiblement attirées vers cette rencontre. Les Américains se sont résignés à l’idée que rien ne peut se faire en Irak sans les Iraniens, qui eux-mêmes sont parvenus à la conclusion qu’un échec trop flagrant de Washington en Irak risque à terme de desservir la république islamique.

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