Transition
Depuis le milieu des années 2000, le Maroc a engagé un effort significatif de diversification de son mix énergétique, fondé sur le développement des énergies renouvelables, en particulier solaire et éolienne.
Le changement climatique constitue une contrainte macroéconomique structurante pour le Maroc. L’intensification du stress hydrique, la variabilité accrue des précipitations et la fréquence des épisodes extrêmes affectent directement la productivité agricole, la sécurité énergétique et, plus largement, les équilibres de croissance. Dans une économie encore exposée aux aléas climatiques, ces chocs ne relèvent plus du risque ponctuel, mais redéfinissent les conditions même de la croissance.
Dans ce contexte, la transition énergétique s’est imposée comme un levier central de politique publique. Depuis le milieu des années 2000, le Maroc a engagé un effort significatif de diversification de son mix énergétique, fondé sur le développement des énergies renouvelables, en particulier solaire et éolienne. Cette orientation répond à une double contrainte : réduire une dépendance élevée aux importations énergétiques et contenir les émissions de gaz à effet de serre (GES) en s’inscrivant dans les engagements climatiques internationaux.Cette stratégie a certes produit des avancées visibles, notamment en matière de capacités installées à partir des énergies renouvelables. Mais ces progrès restent partiels au regard des contraintes initiales.
Le taux de dépendance aux importations énergétiques demeure élevé, plus de 91% en 2022, malgré une baisse de 6 points de pourcentage depuis 2000, ce qui limite l’autonomie énergétique et expose l’économie aux chocs externes. Surtout, la transition reste concentrée sur la production d’électricité, alors que d’autres postes de consommation, dont le transport, l’industrie et le bâtiment, évoluent plus lentement. Ce décalage apparaît d’autant plus marqué lorsqu’il est confronté à la nature des risques climatiques.
En effet, l’effort de transition énergétique traite prioritairement la question des émissions de GES et de l’offre énergétique, mais répond de manière limitée aux enjeux d’adaptation, notamment dans les secteurs les plus vulnérables comme l’eau et l’agriculture. Ce décalage souligne une limite importante de la trajectoire actuelle : la transition reste sectoriellement concentrée et partiellement découplée des dynamiques de transformation productive. Il reflète également des contraintes de gouvernance et de mise en œuvre, marquées par une fragmentation institutionnelle, des lenteurs réglementaires et des arbitrages persistants entre objectifs de sécurité énergétique, compétitivité économique et décarbonation.
Or, sans intégration avec les politiques industrielles, technologiques et territoriales, les investissements énergétiques risquent de produire des effets limités en termes de compétitivité et de création de valeur et de ne pas suffire à infléchir la trajectoire globale. Les défis à venir se situent donc à l’intersection de ces dimensions. Ils concernent autant la structuration d’un écosystème industriel et technologique autour des énergies vertes que le renforcement des capacités d’adaptation aux chocs climatiques.
Le cas de l’hydrogène vert illustre cette tension entre potentiel stratégique et conditions réelles de viabilité, notamment dans un contexte de contraintes financières, de compétition pour les ressources et d’incertitudes sur les débouchés. L’enjeu n’est plus seulement d’accélérer la transition énergétique, mais de la réinscrire dans une stratégie cohérente intégrant adaptation climatique, gestion des ressources et transformation du modèle de développement.










