Les données du HCP ne souffrent aucune ombre. La violence physique coûte plus cher que toutes les autres formes de violence au Maroc.
«Comment pouvons-nous faire avancer la société et les femmes qui en constituent la moitié qui perdent leurs droits et sont exposées à la discrimination, à la violence et à la marginalisation ? », avait affirmé Sa Majesté le Roi Mohammed VI le 10 octobre 2003.
Deux décennies plus tard, où en sommes-nous de la situation des femmes au Maroc ? Où en sommes-nous de la violence qu’elles subissent au quotidien?
Selon les résultats d’une étude menée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) et qui vient d’être rendue publique fin novembre 2022, le coût des violences au sein de la famille atteint 1,98 milliard de dirhams. Intitulée «Coût économique de la violence à l’encontre des filles et des femmes : Dépenses et perte de revenus des ménages », ces résultats publiés par le HPC découlent d’une enquête nationale réalisée en 2019 avec l’appui d’ONU Femmes au Maroc.
Les données du HCP ne souffrent aucune ombre. La violence physique coûte plus cher que toutes les autres formes de violence au Maroc. Son coût est estimé à 1,67 MMDH contre 308 MDH pour la violence sexuelle. Le HCP explique que ce montant découle des dépenses effectuées pour des soins de santé (737 MDH), pour des recours aux services juridiques et judiciaires (406,8 MDH), et pour l’hébergement en cas d’abandon du domicile conjugal (293,1 MDH), pour le remplacement et la réparation des biens endommagés avec 11,3 % (185 MDH). Sans parler du coût indirect de la violence conjugale et qui est estimé à 351 MDH. Il s’agit de la prise en charge des travaux domestiques, du travail rémunéré et/ou de la scolarisation des enfants.
On le voit bien, les Marocains deviennent de plus en plus violents. Au-delà des violences urbaines et de la criminalité galopante à laquelle on assiste depuis plusieurs années, avec la multiplication des agressions, avec ou sans armes, au-delà des crimes liés à l’usage et l’abus des drogues de tous genres, au-delà des phénomènes urbains comme le hooliganisme, les ultras et les guerres larvées des gangs, au-delà des violences sexuelles, des viols, du harcèlement et des kidnappings, les violences domestiques, au sein du couple, au sein de la famille prennent des proportions très inquiétantes.
Aujourd’hui, 1 femme sur 2 affirme avoir été victime d’agressions sexuelles. Dans 30% des cas, il s’agit d’un viol. Mais seules 6 à 8% d’entre elles osent porter plainte.
Il y a quelques semaines, le Maroc a célébré la journée nationale de la femme marocaine. Une occasion de voir où nous en sommes aujourd’hui dans ce long combat des femmes marocaines pour leurs droits et dans leur lutte contre les violences dont elles sont victimes au quotidien. Il y a exactement dix ans, une conférence internationale intitulée «Femmes contre la violence pour des sociétés en sécurité», avait levé le voile sur les chiffres effarants de la violence à l’égard des femmes au Maroc. Elles étaient déjà six millions de femmes à subir la violence au quotidien au Maroc. C’est le constat qui a été fait par les intervenants lors de cette conférence, organisée par l’Association jordanienne Women Against Violence (Femmes contre la violence), en collaboration avec l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH). Cette rencontre a été bénéfique à plus d’un égard. D’abord, lever le voile, pour la énième fois, sur ce fléau des sociétés arabes où les femmes souffrent en silence. Ensuite, tirer la sonnette d’alarme pour impliquer les gouvernements, les ONG, la société civile et les familles pour lutter efficacement contre la violence faite aux femmes. Il y a dix ans, la ministre de la famille avait affirmé qu’on en est à plus de 6 millions de femmes violentées, avec plus de la moitié dans le cadre de la vie conjugale. Dans un pays de presque 40 millions d’habitants, cela signifie que près d’un tiers des Marocaines sont concernées par ce constat. Aujourd’hui, la situation a empiré, puisqu’en 2019, 54,4% des femmes ont été concernées par les violences. Un chiffre dévoilé lors de la présentation de la deuxième enquête nationale sur la prévalence de la violence faite aux femmes le 14 mai 2019. Aujourd’hui, 1 femme sur 2 affirme avoir été victime d’agressions sexuelles. Dans 30% des cas, il s’agit d’un viol. Mais seules 6 à 8% d’entre elles osent porter plainte.
La réalité est telle qu’il ne passe pas une journée sans qu’elle apporte son lot de violences à l’égard des femmes au Maroc. Coups et blessures, agressions, viols, rapts, kidnappings, harcèlement moral, stress et violence psychologique et physique, tentatives de meurtres et assassinats. Dans ce sens, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), chargée du traitement des affaires de violence contre les femmes, révèle qu’en 2021, 61.388 dossiers portant sur toutes les formes de violence à l’encontre des femmes et des filles ont été enregistrés, avec un total de 62.383 victimes dont 7 % sont des mineures. D’aucuns pensaient qu’avec la promulgation, en 2018, d’une loi qui définit et criminalise certaines formes de violence à l’égard des femmes, les victimes et à leurs enfants pouvaient aisément obtenir justice. C’était sans compter sur les lourdeurs administratives, certaines lois du code pénal et autres difficultés qui font de ce désir de justice un vœu pieux, alors que les violences gagnent du terrain de manière franche dans une société marocaine, en perte de valeurs et en proie à des violences de plus en plus accrues, et ce, à tous les niveaux.
Par Dr Imane Kendili
Psychiatre et auteure










