Chronique : Noces de coton

Chronique : Noces de coton

L’humanité ricane de son sort et les leaders politiques surfaits de narcissisme et d’intolérance à l’échec devant une entité invisible sans intelligence aucune mais qui inexorablement nous ramène vers notre animalité première

« Certes, l’homme est mortel, dit-il, mais il n’y aurait encore là que demi-mal. Le malheur, c’est que l’homme meurt parfois inopinément. »
Le Maître et Marguerite
Mikhaïl Boulgakov

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

L’humanité est en immersion depuis l’avènement de l’ère du virus.
L’apnée dure et se fait longue. On retient son souffle et on fantasme sa bouffée d’oxygène salutaire à l’affût de la libération prochaine.
Bienvenue à Virusland. Une année déjà. Un amour vache d’un virus qui colle à la peau, nous désarme et joue avec nos émotions. Une relation passionnelle certes. A vaccin, vaccin et demi. Deux doses tu auras et un nouveau variant arrivera. Le virus a du souffle et retisse des liens avec nous dans cette passion Kantienne destructrice. Il creuse son mis et nous manquerait presque s‘il venait à disparaître. Disparaître est bien fantasmatique mais encore fort attendu par certains.
L’homme a refoulé les évidences dans une course effrénée pour le pouvoir sous toutes ses formes, croissance oblige. Le Covid a mis un cadre et des limites sont apparues d’elles-mêmes replaçant l’homme dans sa réalité.
L’homme s’est vu et cru puissant par la découverte, mais de découverte en découverte, l’homme s’est lassé de découvrir l’existant.
L’invention a pris le dessus.
L’homme a tué Dieu.
Quoi de plus édifiant que de créer ce qui n’existe pas ?
L’invention technologique a permis d’accéder à la médecine, à des produits alimentaires variés hors saisons, aux nouvelles technologies qui nous rendent la vie plus simple dit-on.
Un lave-linge, un lave-vaisselle, des fours, un chauffage central ou la climatisation, un réel gain de temps.
Sans oublier les moyens de déplacement, de plus en plus vite et de plus en plus loin. Gagner du temps, toujours plus de temps. Mais cette course contre le temps nous noie déjà depuis longtemps. Le temps est cette entité immaitrisable que l’homme s’ingénue à contrôler et qui le rattrape indéfiniment.
On réalise que l’homme est devenu l’esclave de ses inventions. Quoi de plus parlant qu’un Covid numéro 19 tout droit sorti d’un laboratoire d’hommes en recherche d’innovation et de création. Mais surtout de pouvoir.
Un revers de la nature cynique et un retour du temps en maître car aujourd’hui tapis, cachés derrière nos masques, emmurés devant nos smartphones, nous avons le temps et le temps s’allonge, perdure, contrôle nos émotions, nos humeurs, nos compulsions et nous sublime en réels dinosaures en espoir de survie.
Il est évident que pour l’entité invisible, nous sommes des géants destructeurs mais puisqu’étant invention de l’homme, le Covid est à la pointe de la technologie et connaît notre talon d’Achille. Un variant anglais ! Qui dit mieux ? Un sud-africain ! Les enchères sont lancées.
Il nous asphyxie, nous étrangle, nous noie avec subtilité et doigté puisque nous en sommes nos propres acteurs. L’asphyxiophilie nous guette. Qu’allons-nous devenir sans elle ? La douleur morale et physique en devient exquise. Elle meuble nos vies, les transporte et crée la plainte gutturale dont nous avons besoin pour nous sentir exister.
Le suicide d’une société mutante si souriante dans l ‘attente réelle d’un après virus foisonnant de vie et de plaisirs retrouvés.
Quelle dissonance ! Un suicide altruiste pour sur.
L’homme moderne fusionne la réalité dans une virtualité acquise fantasmagorique et vit une réalité plastique, chirurgie esthétique oblige, dans un total clivage des réalités et déni des faits.
L’humanité ricane de son sort et les leaders politiques surfaits de narcissisme et d’intolérance à l’échec devant une entité invisible sans intelligence aucune mais qui inexorablement nous ramène vers notre animalité première; avec le temps et la nature en couple maître contemplant nos incertitudes, nos peurs et nos prénotions en agonie.
L’animalité première d’un homme en oubli de sa condition innée en un retour fulgurant mais pas imprévu. L’éternel retour se matérialise et l’homme dans cette guerre sans interfaces, cette guerre où l’ennemi étant invisible, l’homme est en miroir de lui-même et revient à sa condition d’animal, et reptilien oblige, stocke dans son terrier nourriture et papier toilette-seul indice subsistant de progrès-en attente de sortir de sa grotte.
Mais l’animalité ne s’arrête pas là, angoisse croit et compulsion surcroit, quoi de plus apaisant qu’un plaisir servi par soi pour soi. L’autre est dangereux, mieux vécu derrière son écran de téléphone ou d’ordinateur. L’autre est contaminant, mieux apprécié par des like en folie et quelques images suggestives.
L’autre n’est plus nécessaire puisque vécu comme vecteur de maladie et d’asphyxie.
Nous sommes tous des noyés en sursis aux mains d’un miracle vaccinal qui n’est pas aux mains de l’homme puisqu’il est le générateur de sa propre souffrance, ni de Dieu puisque le virus n’est guère l’œuvre du Divin. l’homme a supplanté la nature et a créé sa mort par la mort de son Dieu. Ce bon vieux libre-arbitre existentialiste vient souligner le fantasme ordalique de l’homme qui se réalise en son propre Dieu.
Sisyphe pleure son rocher. Un an de passion déjà et nous fêtons nos noces de coton.

«La passion détruite se transforme en passion de détruire »
Raoul Vaneigem
Le Livre des plaisirs

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