Chronique : Un 8 avril ?

Chronique : Un 8 avril ?

Un événement qui soulève l’importance d’aborder concrètement les lois qui régissent nos comportements dans une totale hypocrisie puisque quand l’étau se ressert explosion et implosion sont proches.

«L’évolution n’est pas une simple éclosion sans peine et sans lutte, comme celle de la vie organique, mais le travail dur et forcé sur soi-même.».

Friedrich Hegel

 

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

La liberté est un mot redondant porté en étendard dès la naissance de l’homme qui consacre sa vie à l’affirmer. Cette propriété volontaire se voulant raisonnable revient dans tous les discours et à tous les étages. Aujourd’hui plus que jamais.
Repenser la liberté à l’ère du virus semblerait donner naissance à de nouveaux sillons de pensée philosophique.
Le philosophe est un oublié nécessaire à cette traversée du désert et au monde naissant.
Repenser la liberté dans le coronamonde.

Repenser la journée du 8 mars plutôt insultante ou alors mettre en place une journée de l’homme. Parce que si le ridicule ne tue pas, il blesse.
L’avant-virus prêtait discours aux libertés individuelles. Les débats découlant du droit à l’avortement et l’affaire Raissouni ont souligné l’importance de penser les relations sexuelles hors mariage et le droit à l’avortement ou l’appropriation du corps sans les ambivalences et discordances psychotiques habituelles.
Ces mêmes débats perdurent malgré une mue cyclique hypocrite.
Un événement qui soulève l’importance d’aborder concrètement les lois qui régissent nos comportements dans une totale hypocrisie puisque quand l’étau se ressert explosion et implosion sont proches.

On revendique une liberté en tant que refus ou désir d’absence de soumission ou de contrainte. La liberté des uns débute à l’endroit où elle confirme celle des autres selon les lumières. Le confinement et la lutte contre la pandémie ont restreint les libertés individuelles et l’homme tapis attend une libération prochaine postposée par les 2ème et 3ème vagues de contamination et les hécatombes dans plusieurs pays se disant puissances mondiales.
Le virus redéfinit la liberté. L’homme est enfin dans l’essence du libre-arbitre: être libre de mourir est à son apothéose cette fois ni politique ni sociale mais primale.
L’insurrection contre les Kadar et les lois des fois désuètes qui nous briment ou portent atteinte à nos libertés prédéfinies semble ne plus pouvoir être d’actualité car la surveillance du nouveau monde ne relève plus de l’espace ou de l’affirmation de son existence et son autonomie rationnelle ; demain sera fait d’une surveillance sous la peau et la liberté en tant que percept fera que ce même homme qui revendiquait le droit à une liberté de son corps revendiquera la surveillance de son corps pour être libre .
On y est. On court à la vaccination et on fait des jaloux. Les Français se plaignent d’être à la bourre derrière un Maroc qui vaccine vite et bien.
La sécurité est bien pensée. On ferme nos frontières pour protéger nos citoyens. L’humain est au premier plan pour la gouvernance. Bien narcissisé et en sécurité émotionnelle totale, le citoyen marocain se complait à courir ses plaisirs et se nourrit, s’abreuve et saupoudre de sucre ses apparats. A un moment de crise, on pense acquisitions et voitures ou encore à son voyage lointain post-vaccinal. La responsabilisation et la maturité passent par la frustration or la frustration n’est guère de mise et le couvre-feu n’est que subterfuge. On démarre les soirées à 16h et les apéros à 17h mais s’âme-user devient le postulat de base d’une humanité en transition. Le dernier verre, la dernière ligne, le dernier gâteau, le dernier baiser, on vit le moment comme une mise à mort inconsciente.
Si demain on propose une puce électronique sous la peau pour une meilleure traçabilité de la santé pour le bien communautaire, on serait étonné de voir la ruée et la cohue car marquées au fer rouge moderne, l’homme redevient esclave mais cette fois volontaire. Un esclavage consenti à une seule et même condition : éprouver du plaisir. Encore faudrait-il définir le plaisir aujourd’hui. Vite acquis, vite abandonné. Vite assouvi. Vite vécu. Labile et transcendant en perpétuelle mouvance et sans projections.

L’esclavage du futur est subtil, la suggestion et le conditionnement digitalisés ont permis une introduction douce dans la soumission.
Avec cette puce l’homme devient high-tech, il devient technologique et monte dans le train du progrès. Après l’IPhone, l’IPad, la SMARTV, l’IQOS, l’Ihuman. Plus besoin de carte nationale, de permis ou de livret de famille, une simple puce permettra une identité cartographiée. Et on sera fiers d’exhiber nos puces qui redéfinissent la liberté du nouveau monde. On portera le sceau de la liberté et le plus drôle c’est qu’on se sentira en toute sécurité .C’est comme les joueurs de machine à sous addicts, qui se pensent protégés près 12h d’affilée vissés à leur siège à jouer, au passage des messages dits de prévention «le jeu peut être addictif» «n’oubliez pas de prendre une pause» «Vous jouez depuis 2h».Une fois le message délivré avec cette sensation de protection qu’on a d’être surveillé et qu’on pense à notre santé on se sent invincible, tout a été pensé et donc jouer n’est plus dangereux.
Ce n’est pas un film futuriste sensationnel à la Spielberg, c’est une réalité et nous y sommes aujourd’hui. Pas besoin d’extraterrestre. Au nom de la technologie et pour une santé optimale et une protection nécessaire contre la pandémie, l’homme mute et change de propriétés.
Bientôt un 8 avril pour l’homme !

«La liberté est un mot qui chante plus qu’il ne parle»
Arthur Schopenhauer

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