Coma paradoxal

Coma paradoxal

L’heure est au sérieux. La vague Covid est bien réelle. Les mesures barrières et la vaccination réduisent les risques et protègent mais comptent également sur l’engagement responsable de la communauté.

«Il est temps, maintenant, de se tourner vers ceux qui attendent, dispersés sur le territoire et parfois au-delà des frontières du pays, des gens inscrits sur des listes selon l’organe à transplanter, et qui chaque matin au réveil se demandent si leur rang a bougé, s’ils sont remontés sur la feuille, des gens qui ne peuvent concevoir aucun futur et ont restreint leur vie, suspendus à l’état de leur organe.»

«Réparer les vivants»
de Maylis de Kerangal

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

Encore une nouvelle qui tombe tel un couperet. Encore des influenceuses et bloggeuses atterrées d’entendre qu’on ferme trois villes, leurs hammams et leurs salles de sport. On fait des sorties digitales médiatiques irresponsables assumées avec le front large d’un trigonocéphale. Car si on ose exposer sa maturité c’est souvent sous le biais d’une mentalisation et une cognition fort limitée.
Mais enfin ! ! Qu’attendions-nous de cette course effrénée aux plaisirs immédiats ?
Qu’attendions-nous de ces soirées à 200 personnes et de ces mariages bondés ou on s’embrasse à n’en plus finir. Mieux encore ! On partage ses couverts, on trinque les uns dans les bras des autres pour fêter un « après- Covid » fantasmé.
La levée des restrictions a permis de jauger l’autonomie responsable des marocains qui en bons « adolescents » ont couru les souks à palper leurs moutons ou les condiments les uns sur les autres. Pour ceux qui se plaignent des souks et clament leur modernité, ce n’est guère mieux, on court les plages festives un verre à la main en plein soleil en polémiquant sur le vaccin ; pour tomber dans les bras du premier voisin ou voisine une fois éméché.

Il est impressionnant de voir cette non capitalisation de l’expérience et cet oubli démentiel d’évènements pourtant fort récents.
Qu’est-il arrivé à la mesure ? Qu’est-il arrivé à la sagesse ? Qu’est-il arrivé à la solidarité responsable ? Qu’est-il arrivé aux marocains ?
Pensions-nous balayer d’un coup de soleil iodé ou d’un revers de manche de gandoura estivale le virus. La Covid serait-elle partie en vacances sur une autre planète pour permettre une trêve au soleil ?

L’épée de Damoclès est sur nos têtes. Car immunité solide ou pas, nous restions responsables des autres : les plus fragiles, les personnes âgées, les hypertendus, les diabétiques ou tout simplement ceux qui ne savant pas et qui apprennent à leur insu leurs fragilités immunitaires.
Mais ces choses là, sans compter les décès et les familles décimées par la covid, qui elles, n’oublient pas.
Ouvrez vos réseaux sociaux et vivez au gré des couleurs artificielles des vacances de vos influenceuses et bloggeuses véhiculant une joie de vivre bien triste souvent agrémentée de benzo.

 

Navrée de ma plume acerbe mais je suis outrée de voir mes deux fils réclamer les mêmes droits que leurs pairs (enfants du même âge), le droit à la bêtise, le droit aux écrans, le droit aux réseaux sociaux avant l’heure, le droit aux jeux vidéo …Ces droits qui vous abrutissent et qui sont assis par l’eldorado des influenceurs qui sautillent sur tiktok. Le ridicule ne tue plus. Le ridicule fait vivre. Mais à quel prix ? Nous sommes tous des bouffons et fiers de l’être
Fini les Tesla, les Vinci et les Einstein ! Bonjour les cerveaux siliconés suintant et l’Alzheimer ricanant précoce. L’heure est au sérieux. La vague Covid est bien réelle. Les mesures barrières et la vaccination réduisent les risques et protègent mais comptent également sur l’engagement responsable de la communauté.

Les vraies questions sont la santé des citoyens et leur sécurité. Les vraies questions sont la rentrée scolaire et le bien-être de nos enfants et adolescents. Les vraies questions sont la santé mentale et les projections d’avenir de nos jeunes. Que répondre à mes enfants qui veulent aller à l’école tous les jours et voir leurs amis ? Que leur répondre quand en tant que psychiatre sachant qu’ils ont raison. Ils ont besoin de leurs pairs, d’interactions sociales et d’un apprentissage contextuel et non virtuel.
Comment se projeter dans l’année scolaire 2021/2022 ? Comment redresser la courbe de Gosse ? Comment sensibiliser les populations à un réel engagement participatif à la santé de tous sans créer une communauté dans le déni et une dans la terreur ? La mesure est à engager dans le tempo de la vie refaçonnée par la covid. L’acceptation de la situation et l’adaptation mature sont signes de bonne santé mentale. Tricher avec les mesures sanitaires, porter son masque sous le menton, organiser des soirées en douce et s’insurger contre des mesures restrictives censées nous protéger ; ou encore mieux critiquer les vaccins sans attribution pour le faire, relèvent de la bêtise pour rester polie.

J’en appelle à la censure qui ferait un grand bien aux marocains particulièrement les jeunes dont les projections de plus en plus s’arrêtent à se refaire les seins une fois le bac en poche ou à devenir chanteur « sans voix » sponsorisé par je ne sais quel ange à deux auréoles noires sur la tête. La culture, l’histoire, la géographie, la réflexion, les mathématiques, l’astrologie, la physique, l’éducation civique, l’éducation sexuelle, la dignité et les valeurs ne sont guère aux rendez-vous d’apprentissage des réseaux sociaux ou apparentés. Les avatars se multiplient dans un vide sidéral de la pensée et l’abîme se creuse ensevelissant l’humain sous les derniers décombres de ses cerveaux gauches et droits, s’agrippant encore à quelques érudits en partance osant encore la réflexion.
L’humanité est dans le coma. Un coma agité et tumultueux. Un coma paradoxal.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *