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Comment le jeûne nettoie nos cellules : Le secret du prix Nobel 2016

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Un iftar sobre et un repas du soir cohérent ne sont pas seulement bons pour la digestion : ils créent un contexte plus favorable aux mécanismes d’entretien du corps.

Recyclage : Ce que les chercheurs ont mis en lumière n’est pas un slogan de bien-être, mais un mécanisme intime, au cœur de nos cellules : une forme de tri, de réparation et de recyclage.

Dr. Mahjoub ABDEDDAÏM
Médecin spécialiste en Rhumatologie
Éthique, IA & Santé, Oujda

On a tous entendu cette phrase, parfois avec un sourire sceptique : «Le jeûne, ça nettoie le corps». Derrière l’expression, il y a pourtant une réalité scientifique précise, et assez solide pour avoir valu, en 2016, le Prix Nobel de physiologie ou médecine. Ce que les chercheurs ont mis en lumière n’est pas un slogan de bien-être, mais un mécanisme intime, au cœur de nos cellules : une forme de tri, de réparation et de recyclage.
Imaginez une ville qui fonctionnerait jour et nuit. Si personne ne ramasse les déchets, si les machines abîmées ne sont pas remplacées, tout finit par ralentir. Nos cellules vivent la même chose : elles produisent, elles s’usent, et elles disposent d’un service interne chargé d’éliminer ce qui ne sert plus et de réutiliser ce qui peut l’être. Ce processus porte un nom un peu impressionnant, l’autophagie, mais l’idée est simple : faire le ménage pour mieux repartir.
Pendant le Ramadan, le jeûne change nos horloges. Il modifie nos signaux de faim, nos réserves énergétiques, notre métabolisme. Et c’est précisément dans ces périodes de pause alimentaire que ce mécanisme de recyclage peut devenir plus actif. Faut-il y voir une promesse miracle? Non : l’autophagie est un phénomène normal, variable, et réel.
Dans un hadith rapporté, le Prophète dit : «As-sawm junnah», «le jeûne est un bouclier». L’image est forte. Et, au niveau biologique, certaines périodes de jeûne semblent aussi activer des mécanismes internes de protection et de réparation.
Alors, que sait-on vraiment de ce «nettoyage» cellulaire ? Que met en lumière le prix Nobel 2016 ? Et que peut-on affirmer aujourd’hui, sans exagération ni jargon ? Cet article fait le point sur l’autophagie et sur ce que le jeûne peut réellement activer.

1. Qu’est-ce que l’autophagie ?

Le mot peut impressionner, mais l’idée est simple. L’autophagie signifie littéralement «se manger soi-même» : en réalité, c’est un mécanisme de nettoyage et de recyclage au sein des cellules. Avec le temps, certains éléments s’abîment (protéines déformées, fragments de membranes, structures moins efficaces). La cellule les isole, les dégrade, puis en réutilise une partie. Autrement dit, l’autophagie est, en quelque sorte, le service de maintenance et de recyclage de nos cellules.

2. Pourquoi le jeûne active ce mécanisme ?

Quand l’apport d’énergie diminue, l’organisme s’adapte. Le jeûne signale aux cellules que les ressources arrivent moins régulièrement : elles privilégient l’économie et l’optimisation. Recycler des matériaux internes devient alors utile pour continuer à fonctionner. Plusieurs signaux associés à l’abondance baissent, tandis que ceux liés à l’entretien et à la réparation s’activent davantage. Mais l’autophagie n’est pas un interrupteur : elle existe en permanence et son intensité varie selon l’âge, le sommeil, l’activité physique et l’état de santé.

3. Que dit réellement le Prix Nobel 2016 ?

En 2016, le Prix Nobel de physiologie ou médecine a été attribué au biologiste japonais Yoshinori Ohsumi pour ses travaux sur les mécanismes de l’autophagie. En étudiant ce processus chez la levure, il a identifié des gènes clés et décrit les étapes qui permettent à la cellule d’isoler, de dégrader et de recycler ses composants. Ces travaux ont donné un cadre scientifique clair à ce recyclage cellulaire et ont ouvert la voie à de nombreux domaines de recherche. Autrement dit, le prix Nobel 2016 n’a pas récompensé le jeûne lui-même, mais la découverte d’un mécanisme qui aide à comprendre pourquoi certaines périodes de jeûne peuvent activer ce grand recyclage interne.

4. Ramadan : Que peut-on raisonnablement en retenir ?

Parler d’autophagie pendant le Ramadan ne revient pas à promettre une «détox» ou un corps «remis à neuf». Ce qu’on peut retenir, c’est une logique : une journée sans apport, puis une reprise le soir, dans un contexte où le sommeil et le rythme changent. Dans la pratique, le terrain compte autant que la durée du jeûne : grignotage nocturne, excès sucrés répétés, repas très lourds et sommeil trop fragmenté peuvent réduire une partie de l’effet recherché.
Un iftar sobre et un repas du soir cohérent ne sont donc pas seulement bons pour la digestion : ils créent un contexte plus favorable aux mécanismes d’entretien du corps. À l’inverse, quelques repères simples vont dans le bon sens : rompre le jeûne calmement, éviter l’enchaînement sans fin des prises alimentaires, bouger un peu après l’iftar et protéger le sommeil.
Le Ramadan n’est pas seulement une abstinence alimentaire ; pour le corps aussi, il peut devenir un moment d’entretien et de rééquilibrage.

5. À retenir

• L’autophagie est un recyclage interne: elle élimine ce qui est usé et réutilise des ressources.
• Le Nobel 2016 a éclairé ce mécanisme; il explique mieux ce que certaines périodes de jeûne peuvent déclencher.
• Pendant le Ramadan, la cohérence (repas plus simples, moins de grignotage, sommeil préservé) compte autant que la durée sans manger.

6. Regard éthique et médical

Le jeûne ne se réduit pas à une performance biologique. Parler d’autophagie doit rester un éclairage, pas une promesse, et encore moins une injonction : chacun vit le Ramadan selon son rythme et ses capacités.
Sur le plan médical, la prudence reste une règle simple. L’âge, les maladies chroniques, les traitements et la fragilité peuvent modifier l’équilibre. Dans ces situations, l’avis médical est une protection. L’essentiel est de concilier intention, sécurité et bien-être, sans excès ni culpabilité.