Conjuguer mouton et Covid

Conjuguer mouton et Covid

Certains déclarent même que le Covid n’existe pas. Ils ponctuent leurs discours d’arguments immatures dont le point centripète reste centré sur eux-mêmes. Les membres avertis du gouvernement font de même. Déni et déconfinement.

«Il y a deux façons de se tromper : L’une est de croire ce qui n’est pas, l’autre est de refuser de croire ce qui est»

Soren Kierkegaard

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

Il est impressionnant de voir comme la crise Covid a été balayée, oubliée en un temps record.
La capitalisation de l’expérience et les outils cognitifs qui en découlent, permettant ainsi un comportement adéquat, ne semblent pas au rendez-vous. Qui dit comportement adéquat dit comportement adapté à la situation que nous vivons sur la planète de manière uniforme. Une pandémie réelle et non un nouveau jeu en ligne aux héros boutonneux immatures incapables de se moucher eux-mêmes, mais assez impulsifs et violents pour la genèse d’une génération où le crime rend invincible.
Nos sociétés ont changé depuis longtemps. Les années 90 ont marqué un tournant décisif dans la dignité et les valeurs humaines ; et derrière le subterfuge du héro-chanteur et de l’héroïne-blogueuse les réels héros sont les dealers et les prostituées du Golfe.

L’argent est le moteur de tout. Si tu n’as pas d’argent tu n’es rien. Les méthodes pour y arriver sont sans importance. Les termes même utilisés pour désigner le héro sont à souligner, non sans amertume. Mais «il l’a eu» «C’est un renard» «C’est un requin» «C’est un dangereux»… sont utilisés sans pointe péjorative et l’organisation en cartels touche tous les domaines. Du gardien de voiture au financier brillant, en passant par l’homme d’affaires en vogue ou le médecin, ou plus drôle encore, le magistrat ; tous doivent être sous la protection de quelqu’un. Et quelle protection ! Les mafias italiennes peuvent aller se rhabiller.

La mafia chinoise est au rendez-vous. La plus puissante dit-on. Bien avant la Covid19. La crise Covid tout droit arrivée de Chine, confinant le monde entier actuellement, sauf la Chine qui s’en sort plutôt bien si on en croit les analyses économiques mondiales. Le monde faillit. Le géant américain vacille. L’Europe mère s’assoupit. Le confinement réussi et le parcours politique sanitaire publique marocain sans faute devaient être déjoués. Le burlesque c’est qu’en bons humains que nous sommes nous détruisons par nous-mêmes ce que nous construisons. Un parcours sans faute et des félicitations à l’international ont déstabilisé nos cartels. Difficile de réussir. Plus dur encore est d’attribuer sa réussite ou la partager. Comment pourrions-nous partager une même couronne de lauriers ? Il est tellement plus simple de faillir. Plus simple de déjouer les plans de l’autre pour mieux me démarquer que d’avoir la créativité visionnaire de projeter mon pays dans des sillons plus marqués de politique publique réussie. Les plateaux télé ont été envahis d’experts en tout genre, d’analystes financiers, de médecins désœuvrés en perpétuelle formation. Mieux encore on se forme à la crise en économiste, en banquier, en médecin …on devient l’expert Covid. On a oublié l’essentiel. On a oublié de gérer le stress aigu et de sensibiliser sur la durée, ceci, en comblant les besoins primaires avec du sucre, du gras, de l’alcool, du haschisch… un biberon apprêté pour chaque, des vêtements sur Internet au porno téléchargeable. On a juste dignement écarté une stratégie de masse de sauvegarde, éducative et sanitaire! Inutile ! Certes. Car préventive. Or, le Marocain ne va pas chez le médecin s’il n’a pas mal. Les dirigeants ont perpétué le conditionnement culturel de base. Quel dommage ! Car un bon divan pour chacun aurait fait l’affaire, mais bien avant l’arrivée au gouvernement bien sûr. Le gouvernement joue à la Billy le Kid. Il tire plus vite que son ombre. Et en masse. En bons moutons. Puisque le mouton est le sujet du jour.

Comment peut-on conjuguer mouton et Covid ? Le Maroc a la solution. Mon petit cerveau souffre de comprendre comment on risquait nos vies il y a quelques semaines, passant nos propres enfants à l’eau de javel pour nous retrouver en bons moutons à nous disputer des moutons. A-t-on perdu notre capacité de jugement ? Hier, je ne visitais pas mes parents pour leur sécurité et la mienne. Aujourd’hui, j’enlace mon mouton avant de me ruer sur la plage après un corps-à-corps dans ce bus fantasmatique qui m’a tant manqué.
Le déni et le clivage sont les mécanismes de défense psychanalytiques les plus marqués, et la mise en situation réelle garde la fantasmagorie égocentrique du Moi intouchable.
Certains déclarent même que le Covid n’existe pas. Ils ponctuent leurs discours d’arguments immatures dont le point centripète reste centré sur eux-mêmes. Les membres avertis du gouvernement font de même. Déni et déconfinement. Clivage et irresponsabilité au nom de l’immunité. Puis mise en situation réelle, réveil brutal et impulsivité décisionnelle. Résultat : plus de morts sur la route en 24h que par la Covid. Pari réussi. On a détourné l’attention et nous pouvons à nouveau replonger et reproduire le vice circulaire. Pas de fil d’Ariane. Le labyrinthe pousse sans les plans de Dédale, il mue au gré du virus. Un virus made in China spécifiquement pour le Marocain. Mieux encore un jeu vidéo grandeur nature où les membres du gouvernement, en changeant de stratégie comme ils changent de chaussettes, pensent récupérer des vies à la prochaine étape du jeu.
Les génies du jeu vidéo n’ont qu’à bien se tenir. A la nouvelle plateforme grandeur nature de la Covid Game, il ne faudra surtout pas omettre le mouton.

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