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Contribution : Cow boy or Sinbad ? That’s the question (Part I)

© D.R

La mondialisation du «cow boy» est une chevauchée effrénée tirée par la recherche du gain, obsédée par l’accumulation de richesses et accrochée à la conquête de nouveaux marchés. De nouveaux territoires.

Spectateurs impuissants : Si Sinbad est l’éternel voyageur, le cow boy est l’éternel conquérant. Sinbad voyage pour tisser des liens. Le cow boy voyage pour posséder. .

Le génie de Fatima Mernissi lui permettait de voir loin et vrai. Elle avait cette capacité à percer «certains mystères». L’actualité qui alimente, chaque jour, les JT et autres influenceurs avertis, a ravivé, en moi, cette belle question que Fatima, c’est comme cela que j’aime l’appeler, sur le type de mondialisation auquel nous aspirons.

Au commencement

Elle s’amusait à nous déranger par ses questions et «angles de vue». En 2004, Fatima était invitée, au Salon international du livre de Francfort. Lors de son intervention, elle avait abordé un sujet d’une extrême actualité aujourd’hui : «La mondialisation : qui l’emportera Sinbad ou cow boy ?».
Un pied de nez dans une globosphère où les academicards serinaient à longueur de journée les bienfaits de la mondialisation. Des discours qui nous avaient fait rêver du village mondial. Vous vous rappelez ? C’est beau un village, tout le monde se connaît, tout le monde s’entraide. «La petite maison dans la prairie», quoi ?
Mais, elle, elle a vu où nous mènerait cette mondialisation. Nous sommes les spectateurs impuissants des dérives d’un mécanisme que l’Occident a mis en place et qu’il est, aujourd’hui, le premier à renier. Bravo, Fatima !

Nouveau paradigme

Durant son intervention, Fatima a partagé sa lecture de la mondialisation. Sa stature de sociologue lui donne la légitimité pour poser les prémices du nouveau paradigme.
Elle avait identifié des événements qui semblaient, isolés et anodins en apparence sans lien et sans impact, les avaient mis en musique. Par sa question déménageante, elle nous pousse à pivoter nos regards pour «voir dans les angles morts».

Alors, Sinbad ou cow boy?

Celle du marin du XIème siècle, un des héros du conte des «Mille et une Nuits» ? Ou celle du tireur d’élite qui avait écumé, pendant trois siècles, le Far West ? Quelle mondialisation désirons-nous ? Elle nous poussait, il y a vingt ans, à nous engager et à assumer.
Ramener Sinbad dix siècles après et le mettre face au cow boy dans une discussion sur la mondialisation au XXIème siècle était une grande prouesse intellectuelle.
Depuis le 20 janvier, date d’arrivée officielle de Donald Trump au «Bureau oval», chaque jour apporte son lot d’informations, de brèves et de scoops. Ses premières annonces (Canada, Groenland, Chine) ont provoqué la sidération du monde entier.
Ces annonces ont eu l’effet d’un gong. Notre cerveau, bien qu’habitué à un environnement VUCA, est encore malmené par les secousses de ces annonces tonitruantes, inhabituelles et surprenantes. Va-t-il le faire? Ou s’agit-il d’un effet d’annonce ?
Dès la première annonce, j’ai pensé, automatiquement et naturellement, à Fatima et à sa question éclairante et déménageante. Il y a vingt ans, Fatima nous avait mis devant nos responsabilités. Que voulons-nous faire de ce monde ?
Pour Fatima, la mondialisation du «cow boy» est une chevauchée effrénée tirée par la recherche du gain, obsédée par l’accumulation de richesses et accrochée à la conquête de nouveaux marchés. De nouveaux territoires.
A cette mondialisation, elle oppose celle de Sinbad, qui est l’expression de notre humanité profonde, de notre capacité à nous soucier les uns des autres et de notre besoin de justice, de bienveillance et de connexion à l’autre.
La mondialisation de Sinbad, elle, est un voyage universel incessant pour la quête de connaissances et de liens. Sinbad voyage fraternellement. Quand il arrive à destination, il découvre les lieux, parle aux habitants, apprend leur langue et apprend de leurs sages. Achète et vend, noue des contacts et garde de fidèles alliés dans les pays visités.
Pour Fatima, le cow boy est, lui aussi, un voyageur. Mais il est obsédé par l’occupation du territoire et la revendication de sa propriété. Son souci est de consolider ce qu’il occupe, d’ériger des clôtures et des défenses et de pointer ses armes contre l’autre.
Sinbad n’a pas de maison. Il est chez lui partout où il passe. Quand il arrive dans une nouvelle contrée, il va au souk, pour découvrir les coutumes et habitudes des habitants, ou à l’université pour apprendre. Il se soucie peu de chercher un toit. Il sait qu’il est le bienvenu partout où va. Parfois, Sinbad est hébergé par un mendiant ou une veuve. Parfois, par un sultan ou son vizir. Dans tous les cas, Sinbad n’oublie, jamais, la raison de son voyage : apprendre et découvrir. Les titres ne l’impressionnent pas. Il portera, en souvenir, de ce voyage ce qu’il a appris et les liens tissés.
Si Sinbad est l’éternel voyageur, le cow boy est l’éternel conquérant. Sinbad voyage pour tisser des liens. Le cow boy voyage pour posséder.
Sinbad voyage pour découvrir ce que son chemin lui permettra de découvrir. Son voyage est circulaire, à l’image du mouvement de l’univers. Un vieux proverbe dit : «à chaque voyage, on devient plus intelligent». La philosophie de Sinbad transcende la géographie. Dans ses voyages, Sinbad ne compte pas les contrées, mais les personnes rencontrées. Le cow boy voyage vers un endroit précis. Ses voyages sont linéaires. La philosophie du cow boy est ancrée à sa géographie. Après chaque voyage, il compte les terrains conquis.

Il est permis de rêver

Au trust des cow boys, Fatima appelle à une ligue universelle des Sinbad d’Occident et d’Orient. Car il y en a partout. Cette ligue doit être portée par des valeurs humaines universelles en vue de co-construire un avenir commun.

Par Nezha Hami-Eddine Echairi

Executive coach past Presidente ICF Maroc.