Danse avec les variants

Danse avec les variants

«La vie ne se comprend que par un retour en arrière, mais on ne la vit qu’en avant» Kierkeggard

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

Inutile de poser la question : pourquoi la situation sanitaire s’est encore une fois dégradée depuis que les autorités ont décrété l’allègement des mesures de lutte contre la Covid ? Inutile de se demander pourquoi les Marocains, dans une large majorité, ont failli face à un virus qui ne laisse aucune chance à ceux qu’il contamine ? Inutile de chercher à savoir pourquoi nous retombons constamment dans nos pires travers quand les autorités lâchent du lest et responsabilisent les citoyens ? À un moment ou un autre, les responsables marocains se doivent de se dire qu’ils sont face à des populations qui ont bien compris qu’on ne joue pas avec le coronavirus, que celui-ci tue à tour de bras, que nous en sommes déjà à 10.000 morts, ce qui est une véritable catastrophe en soi, que l’on ne peut pas vivre confinés pour ce qui nous reste de jours à survivre, que le pays ne va pas se mettre à l’arrêt parce que le Marocain a décidé d’en faire à sa tête en jetant son masque, en allant se coller à son voisin dans les cafés, dans les restaurants, dans les clubs, dans les piscines, sur les plages, au moment de la prière dans les mosquées, dans les salles de sport, au souk, au marché, dans les malls, dans les hammams, dans les transports publics, dans le peu de jardins publics que nous avons, dans les rues, devant les pâtisseries, dans et devant les snacks, dans les bars, dans les hôtels… et partout où il est conseillé de se tenir au moins à deux bons mètres de son voisin, de porter une foutue bavette, de se laver les mains sérieusement et plusieurs fois dans la journée, d’éviter tout contact, de cesser de faire la bise, d’arrêter les salamalecs, d’éviter de faire sortir ses gosses et de les mettre au milieu de la foule en risquant leurs vies.

Parce qu’aujourd’hui, depuis un mois de relâchement tous azimuts, il faut sortir, comme nous le faisons tous les jours, pour prendre le pouls de la société dans laquelle nous vivons et dans laquelle nous espérons limiter les dégâts et éviter le pire, à chaque instant. Il faut aller voir ce qui se passe dans ces lieux dont on a parlé plus haut. C’est une sacrée mascarade jouée par des gens qui s’en fichent de tout. C’est exactement cela, le Marocain joue avec le feu en se croyant immunisé contre le virus, qui, lui, joue au jeu des variants, déjouant toutes nos précautions. Partout, la foule grossit. Partout les gens sont agglutinés comme s’ils ne pouvaient pas mettre de la distance entre eux pour éviter d’attraper la mort. Partout, l’impératif de se rassembler en grand nombre pour soi-disant renouer avec la vie, mais en réalité les gens renouent avec le danger de plus en plus grandissant puisque le virus mute et gagne en force. C’est ce qui explique le nombre de morts que nous avons déplorés ces quatre dernières semaines. C’est ce qui explique les chiffres qui explosent.

C’est ce qui explique la grande pression sur les unités de soins et des hôpitaux. C’est ce qui explique que nous avons très peur de ce qui va se passer avec l’approche de la fête du mouton. Déjà les souks battent leur plein, dans l’irrespect total de toutes les précautions imposées par les circonstances. Les moutons et les hommes sont les uns sur les autres à palper de la bête, en groupe, de préférence. C’est le même son de cloche ailleurs, comme au Nord du pays où les vacanciers ont afflué en bandes serrées, avec des soirées, des Garden parties, avec la fiesta entre personnes avinées qui s’en foutent de ce qui peut arriver pensant que le virus s’attaque toujours aux autres. Triste spectacle d’une humanité obnubilée par le voyeurisme et les apparences, entre Show-off et vanité, avec à la clef des décès pour les lendemains qui déchantent. Cela porte un nom : le degré zéro du je-m’en-foutisme le plus criant et le plus criminel.

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