Chroniques

De toutes les couleurs : individualisme et identité collective

© D.R

Cependant, je pense qu’il existe deux étapes dans la vie d’une œuvre d’art, l’étape de création durant laquelle seule l’individualité de l’artiste existe, et la période après l’exécution, lors de l’exposition où l’œuvre, en interférant avec d’autres individus, devient part d’une expérience collective, donc sujette aux croyances communes et aux comportements partagés par la majorité des individus d’une société, ou encore plus précisément, avec l’identité collective. La période durant laquelle l’œuvre est exécutée est probablement la plus significative en termes de créativité et de génie artistique. Autrement, qu’est-ce que le génie si ce n’est pas le pouvoir d’exprimer une individualité nouvelle? L’individu a toujours eu besoin de lutter pour éviter d’être assiégé par le groupe. Essayer d’être soi-même, c’est souvent être seul et parfois vivre dans l’inquiétude. Mais aucun prix n’est  trop élevé pour le privilège d’être soi-même. Avant qu’une œuvre ne devienne une expérience collective, elle est d’abord l’expression d’un individu spécial, d’une forte personnalité. L’art est donc individuel avant d’être collectif. Mais pour être plus juste, disons que l’art propose une expérience collective de l’individualité.
Comme Oscar Wilde et bien d’autres intellectuels, je pense que l’art est le mode d’individualisme le plus intense que le monde ait jamais connu. «L’individualité d’expression est le début et la fin de tout l’art» (Goethe). Bien sûr,  l’individualisme absolu n’existe pas, mais on peut dire que l’artiste cherche des réponses à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur, usant de cette étincelle de divinité qui le sépare des autres et fait qu’il est différent de toutes les autres créatures vivantes. D’après d’éminents sociologues, comme Emile Durkheim, l’être humain est fondamentalement égoïste et animé de désirs infinis. On dit que le problème fondamental de la vie sociale est un problème de consensus, c’est-à-dire celui de la socialisation des individus pour faire en sorte que les conflits individuels, inévitables, causés par l’égoïsme, soient atténués pour que l’ordre social puisse être maintenu. L’art est donc un moyen que les hommes ont trouvé pour être à la fois égoïstes et vivre légalement en société. Pour finir, je n’ai rien trouvé de mieux que cette citation de Milton Resnick (1917-2004) : «Je ne suis pas un suiveur de Monet, ni un admirateur de De Kooning. Je ne suis pas un peintre d’action, ni un expressionniste abstrait. Je ne suis ni plus jeune, ni plus vieux. Je n’ôterai mon chapeau pour aucun autre artiste vivant ou décédé.»

Articles similaires

Chroniques

Nethanyahou, Raïssi, la force des symboles

Entre deux hommes que tout opposait, un destin commun et concomitant. Le...

Chroniques

La fascination de l’horreur

Il faut dire que plus le temps passe, plus les temps sont...

Chroniques

Peur d’être bon, car : Trop bon trop con !

Cette sensation de satisfaction et de mission accomplie de la bonté est...

Chroniques

La danse dangereuse au Soudan

L’armée s’est alliée à toutes les milices et à tous les mouvements...