Défis féminins

Défis féminins

Le 8 septembre change la donne politique et inscrit la modernité en perspective.

L’impératif de l’acceptation et de l’adaptation au terrain socio-psychoéconomique s’impose et pose les questions de l’impact inégal de l’épidémie sur les femmes et leurs acquis des dernières décennies. Avant le coronavirus, les mouvements féministes se faisaient entendre. Depuis 2004 et la nouvelle Moudawana, une montée en puissance des rêves et des projections de la femme marocaine a affirmé la position d’une femme ayant toute sa place dans un Maroc où plus rien ne peut se faire sans elle. Le cheminement s’ancre dans l’obtention d’avancées concrètes. Le Maroc a ratifié depuis plus de 25 ans la Convention contre la torture et les traitements inhumains, mais les certificats de virginité sont toujours délivrés avec un nombre d’examens barbares indignes pseudo-médicaux ; sans oublier le nombre d’avortements quotidiens qui se monterait selon certaines sources statistiques à 1.200 par jour. Le printemps des libertés individuelles s’annonçait cette année en ligne directrice spontanée du printemps de la dignité de 2019. Le droit de disposer de son corps était au coeur des revendications, on réclamait la refonte globale de la législation pénale en la conformant aux engagements internationaux du Maroc et à la Constitution de 2011.

Les mouvements associatifs plaidaient pour un transfert du code pénal au code de la santé avec les articles sur l’interruption volontaire de la grossesse (IVG) et l’abrogation des articles 490 à 493, concernant les relations sexuelles hors mariage, est réclamée haut et fort par l’ADFM. Bien entendu, avortement ou libertés individuelles sont impensables au temps du Poujadisme. Rajoutez la pandémie de Covid-19. Plus rien. Silence radio. L’impact inégal de l’épidémie sur les femmes reconnaît leur rôle essentiel dans la réponse à la Covid-19 et exige une réponse qui tienne compte des dimensions sexo-spécifiques de l’épidémie. La Covid-19 est plus clémente envers les femmes. Y verrait-on un signe ? Avant toute interprétation, soulignons qu’au Maroc, les femmes représentent 57% du personnel médical, 66% du personnel paramédical et 64% des fonctionnaires du secteur social. Lorsque les systèmes de santé sont surchargés, la charge des soins à domicile est plus importante et retombe en grande partie sur les femmes, qui consacrent en moyenne sept fois plus de temps au travail domestique que les hommes (contre trois fois plus seulement au niveau mondial) sans oublier leur rôle scolaire (en présentiel ou en distanciel) et leurs responsabilités professionnelles (télétravail ou pas). La crise actuelle pourrait avoir un impact différencié important en termes de perte d’emploi par les femmes.

Avec bien avant la pandémie la probante non équité au travail à compétences égales. Par ailleurs, la violence domestique doit être abordée encore et encore. Sa recrudescence est chiffrée de par le monde et là aussi la femme (et la fille) vient réclamer ses droits élémentaires. En effet, en 2019 (enquête du Haut-commissariat au plan) le taux de prévalence des violences domestiques au Maroc est de 52%, soit 6,1 millions de femmes, et enregistre même une augmentation de 1 point par rapport à l’enquête menée en 2009. En parlant de droits élémentaires, je quémande l’arrêt de discours pseudo-féministes de «lutte contre… » et le changement de politique on ne peut plus discriminatoire des camps de filles-mères ou d’orphelins de fortune, qu’on visite une fois le vendredi pour un couscous offert afin de lever des fonds comme dans un zoo. Le temps est à la réflexion de terrain d’inclusion et non à l’exclusion participative de la politique de «la veuve et l’orphelin». L’égalité ou l’équité passe par la révision des systèmes scolaires et impose un quota aux écoles privées ou mêmes missions et universités (ou écoles payantes) d’une proportion d’élèves issue de milieux défavorisés afin de donner une voie de soutien palpable ; et non une visite de courtoisie et des dons de riches aux pauvres. L’égalité passe par l’inclusion à l’enfance et l’équité par le même banc d’école. Tout en valorisant et en sensibilisant l’accessibilité aux filles bien entendu.

Vous me direz «Comment ? Puisque nous avons différents systèmes entre les villes et les campagnes sans oublier des régions reculées ?» Je vous répondrai : «A chaque région un plan d’inclusion à l’image de sa réalité de terrain». Vous me direz «Pourquoi ?» Je vous répondrai : «L’égalité et l’équité des chances avec un système scolaire adapté ou adaptable – car un partenariat public-privé pourrait donner ses fruits- comblera dès l’enfance les fractures et disparités sociales et réduirait la violence et la délinquance…» Le débat peut suivre indéfiniment mais il n’étanche pas ma soif pour autant. Ma soif de dire mes espoirs devant l’avènement d’un nouveau gouvernement où la femme est représentée à plus d’un tiers et qui présage des horizons nouveaux d’ouverture sur nos réalités sociales. Cette proportion féminine au nouveau gouvernement crée l’espoir d’une reprise du déclin des dernières années. A noter l’accès à l’activité depuis quelques années au Maroc, où la participation des femmes à la vie économique compte parmi les plus faibles au monde (22% en 2018 vs 48% de moyenne mondiale dont 10% d’entrepreneuriat féminin) et enregistre un recul depuis 20 ans (29% en 2000). La précarité économique des femmes est aussi aggravée par leur surreprésentation parmi la population au chômage, notamment pour les plus diplômées (33% de chômage chez les femmes vs 18% chez les hommes). D’autres sujets sont à mettre sur la table.

La question de l’avortement, du viol dans le cadre marital et des libertés individuelles. Le CNDH est interpellé car le temps est venu de sortir des vieux carcans et de laisser les gens vivre leurs libertés sans crainte de finir en prison. L’avortement est un dossier d’urgence. 600 à 800 avortements clandestins ont lieu chaque jour, dont plus d’un tiers hors de tout environnement médical. Selon Human Rights Watch, la décision d’avorter ou pas revient à la femme enceinte, sans ingérence de l’État ni de quiconque. Sans vociférer les conséquences dramatiques de la venue d’un enfant non désiré au monde, conséquences sociales, discriminatoires, psychologiques et j’en passe. Sept femmes ministres aujourd’hui. Sept est un très bon chiffre. Mais l’heure n’est plus aux présages, l’action soutenue est de mise et les attentes de la femme marocaine sont empreintes d’espoir et de renouveau.

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