Chroniques

Des histoires, des racines et des ailes…

© D.R

Vous revenez dans la ville de vos parents et de leurs parents, là même, et vous cherchez la ruelle où ils sont nés, et on vous dit qu’elle ne ressemble plus à ce qu’elle était et que rien n’est plus reconnaissable…

Azemmour mon amour, son amour, leur amour, là où tout a commencé…
Là où tout a commencé, et là où certaines choses ont fini…
D’autres non !
La fin d’ailleurs qu’est-ce que c’est vraiment ?!
Comment en faire une «non fin» et comment faire perpétrer ce commencement, ces origines, ces histoires, ces vies, en nous et en eux… ?!
Eux, celles et ceux qui sont également issus de ce «là où tout a commencé» !
Car il y a toujours un commencement !
Et d’ailleurs la vie elle-même, n’est-elle pas un éternel recommencement ?!
Certainement pas toujours au même endroit où ce «là où tout a commencé», a commencé…
Certainement ailleurs…et d’ailleurs, peut-on emporter ces racines ailleurs ?!
Aujourd’hui tout est livrable, à emporter, à transporter, peut-on les faire voyager sans les dénaturer ?! Ou est-il plus recommandé de venir à elles, à ces racines ! Ou les deux !
Car pour avoir envie de venir à elles, de loin ou de moins loin c’est qu’elles sont déjà en nous un peu ou beaucoup ! Ce désir, d’y aller, né de ce sentiment d’appartenance, de naissance et de tendresse envers ce temps et cet endroit où tout a….
C’est fragile des racines ?! Vous pensez ?! Ou le contraire…
Vous revenez dans la ville de vos parents et de leurs parents, là même, et vous cherchez la ruelle où ils sont nés, et on vous dit qu’elle ne ressemble plus à ce qu’elle était et que rien n’est plus reconnaissable…
Un passé méconnaissable physiquement, une ruelle différente…Vous ne pourrez pas le comparer à avant, à avant vous, car vous n’y avez pas vécu mais on vous l’a raconté, souvent, donc vous l’avez imaginé, vous avez même imaginé des odeurs, des bruits, des gens, des vies… Et là c’est une autre de vie qui est venue s’y installer…
Et pour mieux communiquer avec ce passé, avons-nous vraiment besoin que ça ne bouge pas, que ça ne change pas ?! Que ça soit figé !
Moi, j’ai communiqué et je continue avec ce monde passé… Ils pourront changer ce qu’ils voudront, tout m’a été retransmis très tôt, très souvent, ça m’appartient aussi et ça restera à moi et en moi…
Azemmour c’est leur amour, et c’est mon amour aussi…
Nostalgie, tristesse, mélancolie, à toi chère Azemmour, mon cher père a pensé jusqu’à la fin dans son lit…
À «Oum Errabia» il nous a emmenés et dans ses rêves il nous a promenés…
Dans tes ruelles ma chère mère a grandi, fière de tes gloires qu’elle nous a souvent brandies…
«Moulay Bouchaib» ton saint nous protège en son sein…
Le passé est en toi, en eux, en nous…
Le futur aussi est à toi, à eux et à nous…
Dans nos cœurs, je remercie feu mon cher père de t’y avoir mise pour toujours…
Azemmour c’est leur amour, et c’est mon amour aussi… notre amour à nous, celles et ceux à qui tout a été transmis…
Pour mieux communiquer et mieux vivre, transmettre nos racines à nos enfants est une mission constructive, qui se construit et qui construit… Savoir d’où l’on vient, d’où ils sont venus, c’est connaitre où on va…
Un proverbe dit si bien : «On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes.»
L’éducation de nos enfants reposerait donc sur ces deux leviers. Un véritable paradoxe, une démarche qui reviendrait à cultiver chez les siens ces liens du passé, qui leur donneraient un «boost» de confiance en soi pour voler de leurs propres ailes vers leurs propres futurs.
Une espèce de renfort solide qui permettrait de garder les pieds sur terre et la tête sur les épaules.
Dans mon cas, cette ville de mes aïeux, et de ceux des miens, vivant au Maroc ou hors Maroc, le travail sur la mémoire et sur d’où l’on vient a été fait avec soin, et avec amour envers ces origines jamais dénigrées et ça c’est le brio et le talent de «storyteller» des miens que j’essaie de refaire à mon tour et à ma façon.
Je salue d’ailleurs ceux de ma famille qui ont même de loin su venir vers cette racine, l’approcher, la découvrir et l’aimer… Car on peut venir de loin mais on n’est jamais trop loin pour revenir…
Même si Azemmour est aujourd’hui privée de sa délicieuse et célèbre Alose, de son magnifique sable de sa Haouzia…
Même si l’emblématique «Oued Oum Errabia» survit et même si son Alose ne l’a pas fait….
Nous l’aimons, et nous y retournons…
Ma génération de filles et de fils de «Zemmouris» a eu le privilège d’y goûter et d’en savourer les saveurs à ce poisson contrairement à nos enfants qui, eux, ne l’on pas eu ! Eh bien, nous leur raconterons et nous leur décrirons….
Le dragon «zemmouri», tantôt dragon, tantôt mi-dragon mi-lion, symbole de la ville, est toujours là lui ! Tant mieux ! On le croise, sur les esplanades de la médina, sur les nappes, les coussins, et même sur des babouches… Je l’aime tant !
«Estevanico» le Zemmouri, héros de l’histoire de la ville, lui aussi est là, nous surprenant sur une barque, en peinture murale, ou en récits par les natifs…ou par ceux à qui on en a parlé…
J’aime cette ville de mes racines…et ça me donne des ailes !
Merci à celles et ceux qui ont su m’inculquer si bien cet amour !
Maintenant, à moi de mieux communiquer mon histoire et celle des miens… et à vous de mieux communiquer la vôtre et celle des vôtres…

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