Alignement identitaire : Encourager son équipe, espérer l’élimination d’un rival, vibrer pour un derby ou un classique international est non seulement normal, mais essentiel à la beauté du jeu. En revanche, enfermer le sport dans une logique identitaire réductrice nuit.
À l’occasion des grandes compétitions continentales et mondiales, certains programmes sportifs télévisés ne se limitent plus à l’analyse technique et tactique. Ils deviennent, de plus en plus souvent, des espaces d’alignement identitaire, où des journalistes et consultants arabes sont réunis pour soutenir les équipes arabes face aux équipes non arabes, dans une mise en scène qui dépasse le simple enthousiasme sportif.
Certaines émissions diffusées par beIN Sports illustrent cette tendance : le débat y est parfois construit moins autour du jeu, de la performance ou des choix techniques, que sur une opposition implicite entre «nous» et «les autres». Le téléspectateur est alors invité à adhérer à un réflexe de soutien fondé sur l’appartenance, plutôt que sur la qualité sportive.
Ce glissement pose question. Non seulement parce qu’il appauvrit l’analyse, mais surtout parce qu’il introduit une forme de chauvinisme sportif qui entre en contradiction avec l’esprit même du football… et avec la culture arabe dans ce qu’elle a de plus noble, à savoir la générosité légendaire de Hatim al-Tai qui constitue un rempart contre tout repli identitaire.
Le football vit de rivalités, pas de chauvinisme
Ce que ces discours oublient, c’est que le moteur émotionnel du football n’a jamais été le rejet de l’autre, mais la rivalité sportive, à travers ce que l’on appelle universellement les derbys.
Partout dans le monde, ce sont les confrontations entre équipes rivales qui nourrissent la passion :
• le Raja et le Wydad au Maroc,
• Al Ahly et Zamalek en Égypte,
• le FC Barcelone et le Real Madrid en Espagne,
• l’AC Milan et l’Inter en Italie.
Dans ces matchs, une règle tacite est connue de tous les supporters :
• On peut accepter de perdre contre n’importe quelle équipe… sauf contre le rival historique.
• La défaite face au rival est plus douloureuse que tout autre.
• La victoire contre un rival a une saveur incomparable, une joie qui dépasse toutes les autres.
Et pourtant, personne ne parle ici de haine culturelle ou de rejet identitaire. Il s’agit de rivalité sportive, fondée sur l’histoire, la proximité, la compétition et la mémoire collective. Cette rivalité ne détruit pas le football : elle le nourrit, le rend plus intense, plus beau et plus vivant.
La rivalité existe aussi entre sélections nationales
Cette logique s’applique également aux équipes nationales.
Les rencontres entre le Maroc et ses voisins d’Afrique du Nord – l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte – ne sont jamais des matchs ordinaires. Ce sont de véritables classiques internationaux, chargés d’histoire, de prestige et de tension sportive.
Il est parfaitement naturel, dans ce contexte, qu’un supporter souhaite l’élimination d’une sélection rivale :
• non par rejet identitaire,
• mais parce qu’il ne veut pas la retrouver sur sa route pour le titre.
Ce comportement est universel. Il existe en Europe, en Amérique du Sud, en Afrique. Il fait partie de la culture du supporter, de son attachement passionné à son équipe, et contribue à la dramaturgie du football.
La frontière essentielle : Rivalité vs chauvinisme
Le problème n’est donc ni la passion, ni l’engagement, ni même le parti pris.
Le problème apparaît lorsque la rivalité sportive est remplacée par une opposition identitaire large et simplificatrice : arabe contre non arabe.
La rivalité :
• reconnaît la valeur de l’adversaire,
• nourrit le respect,
• renforce la compétition.
Le chauvinisme, lui :
• réduit l’autre à une identité,
• efface le mérite sportif,
• installe un sentiment d’exclusion.
En ce sens, encourager un discours de rivalité saine est infiniment plus fécond que promouvoir un alignement identitaire artificiel.
La responsabilité des médias sportifs
Les médias sportifs, et particulièrement les grandes chaînes internationales, comme beIN Sports, jouent un rôle déterminant dans la formation du regard des publics.
Lorsqu’un dispositif télévisuel repose sur :
• la représentation identitaire des intervenants,
• l’opposition systématique entre équipes arabes et non arabes,
• l’émotion au détriment de l’analyse,
il contribue, consciemment ou non, à diffuser une vision appauvrie du football et à influencer négativement le comportement des supporters.
Or, l’enthousiasme n’exclut pas la responsabilité.
La passion n’exclut pas la nuance.
Conclusion
Le football n’a pas besoin de chauvinisme pour être passionnant.
Il a besoin de rivalités fortes, assumées et respectueuses.
Encourager son équipe, espérer l’élimination d’un rival, vibrer pour un derby ou un classique international est non seulement normal, mais essentiel à la beauté du jeu.
En revanche, enfermer le sport dans une logique identitaire réductrice nuit :
• à la qualité du débat,
• à l’image des supporters,
• et à l’héritage culturel que nous prétendons défendre.
Au-delà des passions éphémères, la culture arabe mérite que l’on honore sa profondeur historique plutôt que de l’enfermer dans des postures identitaires, tout comme le football exige d’être célébré comme un trait d’union entre les peuples plutôt que comme le théâtre de confrontations stériles.
Par : Mohamed Horani
Président directeur général de Hightech Payment Systems (HPS)









