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Iftar et Suhoor : Les questions que tout le monde se pose

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Ce n’est pas le jeûne qui «fait manger plus», ce sont les additions invisibles.

Repères alimentaires : L’organisme reçoit de l’énergie rapidement… puis en redemande. Plutôt que de picorer, il vaut mieux renforcer le repas principal ou prévoir une collation simple plus tard dans la soirée.

Dr. Mahjoub ABDEDDAÏM
Médecin spécialiste en Rhumatologie
Éthique, IA & Santé, Oujda

Entre l’iftar, souvent convivial et parfois copieux, et le suhoor, parfois improvisé ou sauté, beaucoup naviguent à l’instinct. Résultat : fatigue matinale, soif dans la journée, lourdeur digestive le soir, et cette impression de «manger plus» alors que l’on jeûne. Il est pourtant possible de retrouver un équilibre simple : donner à chaque moment son rôle et éviter les enchaînements qui épuisent. Voici les réponses aux questions qui reviennent le plus souvent.

Pourquoi ai-je l’impression de manger plus qu’avant alors que je jeûne ?
Parce que l’alimentation se concentre sur quelques heures. La journée est sans repas, mais la soirée s’étire : on rompt le jeûne, on dîne, on goûte, on reprend un thé, on grignote. Ce n’est pas le jeûne qui «fait manger plus», ce sont les additions invisibles. Le premier pas consiste à remettre de l’ordre : un vrai repas, éventuellement une collation choisie, puis le suhoor.

Je romps le jeûne et je me précipite sur la nourriture. Comment l’éviter?
En ralentissant dès les premières minutes. Un verre d’eau, une ou deux dattes (ou un fruit), puis une courte pause suffisent souvent à calmer l’urgence. Ce «temps tampon» change la suite : on mâche mieux, on mange moins vite, et les signaux de satiété sont plus faciles à repérer.

Faut-il commencer par le sucré ou par le salé ?
Débuter par une base salée aide généralement à se sentir rassasié plus durablement. Le sucré peut venir ensuite, comme un choix réfléchi, et non comme un déclencheur qui relance l’appétit.

Pourquoi ai-je faim seulement deux heures après l’iftar ?
Souvent parce que l’iftar a été trop rapide, trop léger en aliments consistants, ou dominé par les sucres. L’organisme reçoit de l’énergie rapidement… puis en redemande. Plutôt que de picorer, il vaut mieux renforcer le repas principal ou prévoir une collation simple plus tard dans la soirée.

Fritures, pâtisseries : Faut-il tout supprimer ?
Non. Le piège provient surtout du cumul: friture + plat consistant + pâtisserie + boisson sucrée au cours de la même soirée. Une règle efficace consiste à choisir un seul «extra» à la fois, et non de les multiplier chaque soir.

Comment contrôler le grignotage entre l’iftar et le suhoor ?
En remplaçant le grignotage par une collation planifiée. Une seule, simple : yaourt (ou lben) avec quelques noix, fruit avec fromage blanc, soupe, ou tartine avec œuf/fromage. Lorsqu’une collation est choisie, elle rassasie ; improvisée, elle a tendance à s’éterniser.

Le suhoor est-il vraiment indispensable ?
Pour beaucoup, oui, surtout si la journée est longue ou active. Il n’a pas besoin d’être copieux: il sert de fondation pour tenir la matinée. Sans suhoor, certaines personnes ressentent plus rapidement fatigue, maux de tête ou fringales.
Que choisir au suhoor pour tenir sans lourdeur ?
L’objectif est d’éviter le «tout sucré», qui induit une faim précoce, et le «trop salé», qui accentue la soif. Une combinaison simple fonctionne bien: un aliment riche en protéines (œufs, yaourt, fromage blanc, légumineuses) associé à un aliment rassasiant (pain complet, avoine, semoule, fruit). Inutile de multiplier les plats : l’important est la stabilité.

Je n’ai pas faim au moment du suhoor : que faire ?
Il n’est pas nécessaire de s’imposer un grand repas. Mieux vaut viser une prise alimentaire modeste mais utile : yaourt + un peu d’avoine + fruit, smoothie maison (lait/yaourt + banane + avoine), ou une tartine avec un œuf.

Je suis ballonné(e) après l’iftar : Est-ce normal ?
C’est fréquent lorsque l’on mange vite, gras, ou que l’on se couche rapidement après le repas. Ralentir, fractionner (repas principal puis collation) et garder un temps de pause avant de s’allonger améliorent souvent le confort digestif.

J’ai très soif dans la journée : Dois-je boire plus au suhoor ?
Boire une grande quantité d’eau en une seule fois ne suffit pas toujours. L’hydratation se construit tout au long de la soirée, par petites prises régulières entre l’iftar et le suhoor.
Certains choix augmentent la soif: plats très salés, très épicés, boissons très sucrées. Un repère simple : privilégier l’eau, répartie, et limiter ce qui «donne soif».

Je fais du sport le soir : Comment gérer mon alimentation ?
Après l’iftar, un repas salé équilibré aide à disposer de l’énergie nécessaire. Après l’effort, une collation simple facilite la récupération. Au suhoor, on revient à une alimentation digeste et stabilisante.
En famille, comment ne pas passer pour celui qui «refuse tout» ?
Il s’agit de changer l’ordre des priorités plutôt que d’imposer des interdits : commencer par le repas salé, choisir un seul extra, éviter les cumuls et, surtout, manger lentement pour mieux apprécier et respecter ses signaux de satiété.

À retenir
Un démarrage calme à l’iftar prévient l’excès automatique. Le suhoor, même léger, stabilise la matinée. Le déséquilibre provient surtout des cumuls et du grignotage. L’hydratation se construit sur toute la soirée. Et l’équilibre se joue sur la semaine du Ramadan, pas sur un seul iftar.

Regard éthique
Le Ramadan n’est pas un défi nutritionnel, mais un mois de mesure et de conscience.
Ces repères alimentaires doivent aider, non juger : sans culpabilité ni rigidité. Chercher l’équilibre, c’est aussi respecter son corps et le sens spirituel du jeûne.