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Innover et faire aimer ce «Made in Morocco»

Innover et faire aimer ce «Made in Morocco»
Par El moustaid Mustapha*

Etymologiquement le mot «innovation «est composé du préfixe «in», qui indique un mouvement vers l’intérieur et du verbe «novare», qui signifie rendre nouveau, renouveler, refaire, restaurer, transformer, changer, innover.

En termes économiques, l’innovation permet de créer une offre nouvelle et compétitive face à la concurrence afin de mieux répondre aux besoins et motivations des clients. L’innovation peut porter sur un projet, un produit, comme elle peut s’inscrire dans une démarche permanente de management de l’innovation afin de pérenniser les gains de la compétitivité qu’elle génère ; et pour qu’une stratégie d’innovation soit efficace, elle doit s’adapter au contexte de l’entreprise, son marché et les avantages concurrentiels à tirer ; ainsi les experts ont défini 4 types d’innovations pour une stratégie réussie :

– L’innovation continue qui consiste à améliorer un service ou un produit déjà présent sur un marché mature en optimisant ses performances ou son utilisation, comme l’exemple de ce que font les leaders des marchés des smartphones Apple et Samsung

-L’innovation de rupture : l’entreprise lance un nouveau produit avec un coût inférieur afin de rendre son utilisation plus simple et accessible au plus grand nombre.

-L’innovation adjacente : tout en restant dans son domaine d’expertise, l’entreprise lance un nouveau produit déjà existant sur le marché en lui attribuant un nouvel usage. C’est l’une des stratégies les plus utilisées pour allonger la durée de vie d’un produit ou d’un service.

– L’innovation radicale s’oppose souvent à l’innovation adjacente, car elle consiste à proposer un service ou un produit qui n’existe pas encore sur le marché. Elle crée ainsi un nouveau marché et des besoins qui ne répondent à aucune problématique préalablement identifiée.

Cas du secteur de l’industrie du textile au Maroc

Bien que le secteur de l’industrie textile occupe une véritable place de choix, le Maroc est toujours dans une situation pas très favorable suite aux différents problèmes et manques dont souffrent les petites et moyennes industries marocaines (ressources, compétences, interaction avec les sous-traitants). Parmi les choses qui empêchent également l’innovation dans le secteur, c’est la recherche de retour immédiat sur investissement ; aussi bien que le manque de personnel qualifié pour pouvoir accomplir les tâches parce que d’une part, la formation est défaillante et, d’autre part, les compétences existantes pour le secteur de l’industrie textile sont sous-employées. Ainsi, l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme pour démontrer le dumping exercé par les opérateurs turcs sur le marché local. Une concurrence déloyale qui détruit des centaines de milliers d’emplois. A ceci s’ajoute la conviction de l’ex-ministre de l’industrie Moulay Hafid Elalamy de vouloir renégocier l’ALE, signalant que l’accord faisait perdre 2 milliards de dollars par an à l’économie nationale. Le ministre a de nouveau souligné le fait que le secteur du textile en souffrait le plus, et que cet accord “détruisait des emplois dans ce secteur industriel «. Face au risque de disruption dans un environnement de plus en plus mouvant et concurrentiel, l’innovation est une condition essentielle de la survie de nos entreprises.

En effet, l’innovation non seulement bouleverse les modes organisationnels et les méthodes de travail en interne, mais aussi elle oblige souvent le management à revoir la culture de l’entreprise par la mise en place de bonnes pratiques pour réussir sa transformation et sa stratégie d’innovation ; qui consiste à renouveler les modèles d’affaires par la redéfinition des relations avec les utilisateurs, les fournisseurs, les partenaires et les concurrents. Pour notre expert marocain en sciences de gestion, Dr Aziz Taib, « ce renouveau repose à la fois sur des réorganisations internes à l’entreprise qui décloisonnent la fonction innovation et sur la mise en place de collaborateurs externes diversifiés qui alimentent les opportunités d’innovation et le renouvellement des compétences ».

Autrement dit, innover c’est offrir un produit ou un service pour lequel un client est prêt à payer. Pour cela, l’entreprise doit ajouter à son offre une valeur définie par les besoins de ses clients. Toute autre activité ou tout processus qui n’apporte pas de valeur au produit final est considéré comme du gaspillage ; semblable à la métaphore du restaurant dans lequel vous vous rendez et passez votre commande. Ensuite, le restaurateur prend votre commande et commence à préparer votre repas ; et il ne cuisine pas une grande quantité de plats à l’avance, car il n’y a pas de demande réelle et ces plats potentiellement superflus peuvent se transformer en un gaspillage de ressources. C’est pourquoi on doit d’abord identifier la valeur qu’on souhaite apporter à notre offre, puis la définir très clairement et pour laquelle le client est prêt à payer car elle répond à ses besoins. Ainsi, la valeur de l’offre réside donc dans la capacité de l’entreprise à résoudre le problème du client et, plus précisément, dans la partie de la solution pour laquelle le client est activement disposé à payer.

Toute autre activité ou tout processus qui n’apporte pas de valeur au produit final est considéré comme une perte. En procédant ainsi, vous serez en mesure d’identifier les étapes du processus qui n’apporte aucune valeur et cartographier le flux de travail de votre entreprise. C’est à ce stade que vous devrez littéralement cartographier le flux de travail de votre entreprise. Il faudra inclure toutes les actions et les personnes impliquées dans la livraison du produit final au client. En procédant ainsi, vous serez en mesure d’identifier les étapes du processus qui n’apportent aucune valeur ; et plus essentiellement, il vous sera beaucoup plus facile de voir quel processus appartient à quelle équipe et qui est responsable de la mesure, de l’évaluation et de l’amélioration de chaque processus. Cette nouvelle vision d’ensemble vous permettra de détecter les étapes qui n’apportent pas de valeur et de les éliminer, et de diviser les tâches en lots plus petits et en visualisant le flux de travail, afin de détecter et éliminer les obstacles au processus et de continuer à améliorer votre système de production.

Apple, modèle inspirant d’innovation

Pour se positionner sur le marché, Apple utilise la stratégie de l’océan bleu. En effet, Apple vise à se différencier de la concurrence par sa politique d’innovation. Ainsi, il décide de placer le client au coeur de son processus d’innovation, en s’interrogeant sur ses besoins et ses désirs en créant un produit unique répondant à ses attentes. Ce fut le cas pour l’iPhone. Chez Apple, l’innovation organisationnelle porte sur les méthodes managériales ; car non seulement il a su conquérir par ses produits diversifiés tous les continents par des méthodes de communication surprenantes (storytelling), il a aussi su révolutionner le monde de l’informatique par sa vision toujours tournée vers les futurs comportements de ses consommateurs.

Par exemple, pour cet homme charismatique, Steve Jobs, un consommateur avait besoin d’un téléphone, d’un accès à Internet et d’un lecteur MP3. Le groupe a donc créé l’iPhone. Avec ce nouveau produit, le groupe a su créer et capturer une nouvelle demande. Enfin, pour mieux sceller ce concept d’innovation dans la culture de nos entreprises, on peut réaffirmer que l’innovation est possible pour notre secteur du textile-habillement qui est l’un des piliers de l’industrie et de l’économie marocaine avec 185.000 emplois (1er employeur industriel) et un chiffre d’affaires à l’export de 38 milliards DH en 2018 (2ème exportateur industriel après l’industrie automobile).

Selon notre ex-ministre de l’industrie Moulay Hafid Elalamy, ce secteur est doté d’opérateurs aguerris qui ont une grande expertise et expérience, mais aussi des professionnels motivés à développer leur secteur qu’ils ont pris à bras-le-corps ; et je vais conclure avec son témoignage dans une interview qu’il a accordée au magazine Financial Afrik du 12 août 2021 : « Nos marchés sont inondés de produits importés que nos opérateurs peuvent non seulement fabriquer, mais dépasser en rapport qualité/prix.

C’est le principe de la substitution qui, ici, n’est pas synonyme de faire pareil pour se reposer, ensuite, sur ses lauriers «à l’abri de la compétition internationale », mais, au contraire, de prouver notre capacité à développer le produit, à répondre au mieux aux exigences du consommateur marocain et à innover dans la perspective de créer des marques marocaines fortes à l’international, de développer le sourcing local des grandes et moyennes surfaces et d’améliorer l’image de marque du «Made in Morocco» à l’échelle mondiale. C’est un travail sans répit et toute entreprise qui se sentirait dans une situation de confort est hors compétition. Sa vie ne peut durer longtemps, c’est la loi du marché».

Cadre en communication et coach personnel et d’équipe

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