Chroniques

«Islamophobie»… ou ne pas mieux vivre ensemble !!!

© D.R

Par la peur de l’autre, on crée d’autres peurs, celle d’avoir peur de laisser cet autre communiquer librement ce qu’il ressent face à l’injustice, aux inégalités, à la souffrance, à la haine et au désarroi…

«Islamophobie», un terme accepté des fois, contesté souvent, reconnu, non reconnu, politisé, socialisé, conceptualisé et j’en passe de réactions, de nominations, de contextes qui lui sont associés et attribués depuis son apparition dans la vie publique en 1997 et depuis l’ascension de son utilisation après le 11 septembre 2001.
Pourquoi j’en parle aujourd’hui ?!
Pourquoi je lui dédie une chronique ?! Et pourquoi maintenant ?
Eh bien, parce que nous sommes tous concernés par ce terme, tous musulmans ou non musulmans, car aujourd’hui nous cohabitons tous dans ce monde, par le biais du travail, du web, de la mondialisation, de la consommation, du sport, de la technologie, des réseaux sociaux, de l’intelligence émotionnelle, de l’intelligence sociale, de l’intelligence artificielle, des médias, des guerres, des conflits…
Et aussi parce que cohabiter ne signifie pas renier et ignorer ses origines, oublier son appartenance et ses valeurs, abandonner son empathie et son humanisme, s’éloigner de sa tolérance, de son désir de non-discrimination, de son envie d’égalité et de son besoin d’être respecté et d’exprimer son sentiment identitaire…
Et parce que aussi communiquer ses ressentis, est essentiel et vital, et que lorsqu’il faut appeler un chat un chat, il faut le faire !
Revenons au terme «islamophobie» qui serait à l’origine français, mais qui aurait également circulé en Grande-Bretagne quelques années avant 1997.
Clarifions donc davantage l’histoire de l’appellation «islamophobie». Comme je le précisais elle serait de racines françaises, et il existerait quelques autres occurrences du mot dans les années 1960 et 1970. Les premières apparitions de ce terme remonteraient au tournant du XXe siècle, et elles s’inscriraient dans l’histoire coloniale française.
Ce serait plus exactement un groupe «d’administrateurs-ethnologues» français, experts en étude de l’islam africain qui l’aurait utilisé. Ces derniers ont souhaité par ce terme décrire de façon précise, d’un côté, une «islamophobie de gouvernement» fondée sur une différenciation des musulmans dans le système d’administration colonial français, et d’un autre côté, un autre genre d’islamophobie, l’«islamophobie savante et cléricale», qui elle véhicule des préjugés sur l’islam et une ignorance totale ou partielle des réalités de cette religion.
Son origine plus contemporaine continue à être discutée de nos jours, et de nombreux récits entrent en concurrence là-dessus. D’ailleurs la paternité du mot a été revendiquée par différents acteurs qui la lient au contexte des mobilisations antiracistes en Grande-Bretagne de l’année 1981. Il semblerait même que le terme «islamophobia» circulait déjà dans les milieux musulmans britanniques dans les années 1990.
En outre, l’usage du même terme, toujours en français, cette fois-ci sous la plume d’Étienne Dinet, peintre et lithographe français né en1861 et mort en 1929 à Paris, et de Sliman Ben Ibrahim, essayiste algérien né en 1870 et mort en 1953 à Bou Saâda, dans deux ouvrages qu’ils ont publiés en 1918 et en 1922 et dans lesquels ils critiquent les altérations orientalistes des écrits d’érudits sur l’islam.
La version anglaise de l’ouvrage de Dinet et Ben Ibrahim a préféré ce titre : «Feelings inimical to Islam» pour traduire le terme français d’islamophobie. Information intéressante non ?!
Avançons dans le temps et citons cette déclaration en 2004 de l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan : «Quand le monde est contraint d’inventer un nouveau terme pour constater une intolérance de plus en plus répandue, c’est une évolution triste et perturbante. C’est le cas avec l’islamophobie …».
Le responsable de l’enquête du Runnymede Trust qui est le principal think tank sur l’égalité raciale au Royaume, reconnaît que le mot n’est pas idéal, à l’instar de xénophobie, mais qu’il permettrait de décrire un phénomène réel qui prend de l’ampleur : «an ugly word for an ugly reality».
Je ne suis pas loin de partager la vision de Runnymede Trust quant à l’étymologie du mot et à ce qu’elle pourrait insinuer et dissimuler.
Après ce survol historique, parlons maintenant d’aujourd’hui ! Ce aujourd’hui, en temps de Jeux olympiques et de jeux politiques, où au pays hôte de ces mêmes jeux de différentes natures, j’ai souvent le sentiment que malgré son existence justifiée et son ancienneté actée, l’utilisation de ce terme surtout dans certains médias de ce même pays, et précisément à sa télévision, est non souhaitée, non appréciée, non tolérée voire, diabolisée quelquefois !
On y verrait dit-on une forme de paranoïa, de non-priorisation, une exagération linguistique et de vision, une amplification sociale, une politisation contre-productive…
Il serait, affirment ces mêmes médias et experts en médias, plus louable, plus acceptable, plus urgent et plus politiquement correct de citer d’autres termes décrivant d’autres discriminations et d’autres phobies qui auraient plus le vent en poupe de nos jours…
Si je comprends bien ou si j’ose comprendre, il existerait une sorte de hiérarchisation des phobies et des discriminations auxquelles nous devrions nous assujettir…
Peut-être que je comprends mal, mais ayant moi-même ressenti que l’on avait peur de ce que je suis, et peur du d’où je viens et que j’ai eu moi-même à subir des interrogatoires sur mon identité et sur tout ce qu’elle dit ou ce qu’elle semblerait dire d’après celles et ceux qui se sont autorisé à tout ceci… Je crois à ce titre comprendre… et ressentir…
Peut-être aussi que lorsque je vois ce que je vois et que j’entends ce que j’entends, je me reconnais dans les étiquetages que d’autres subissent…
Car oui, le mot «étiquettes» convient ici à la perfection, et car l’être humain aime à étiqueter et se rassurer en mettant les uns et les autres dans des tiroirs bien désignés, pour se cantonner à son pseudo confort et à son impression d’être du bon côté…
Par la peur de l’autre, on crée d’autres peurs, celle d’avoir peur de laisser cet autre communiquer librement ce qu’il ressent face à l’injustice, aux inégalités, à la souffrance, à la haine et au désarroi… Face à l’atmosphère islamophobe… qui règne… et qui vous fait coupable… coupable de qui vous êtes !
Tout le monde devrait pouvoir exprimer la discrimination qu’il subit…Tout le monde devrait être autorisé à communiquer l’intolérance dont il est victime…celle qu’on lui fait ressentir et qui fait mal… Si certains ont le droit de le faire, d’autres devraient eux aussi avoir ce même droit !
Et si le terme «islamophobie» ne plaît pas, eh bien inventons-en d’autres !
Et n’en déplaise à certains, pour mieux communiquer et pour mieux vivre ensemble, l’amour de l’autre vaincra ! Car l’amour gagne toujours !

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