Chroniques

Israël, Gaza et le Maghreb

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Le Maroc ne trouve aucune contradiction à entretenir des relations diplomatiques normales avec l’Etat hébreu et à s’inquiéter du sort réservé aux Palestiniens et à défendre leurs droits à un État national et à autoriser à ses citoyens d’exprimer dans la rue leur solidarité et leur soutien aux Palestiniens.

La dangereuse escalade militaire entre Israël et le Hamas et le risque de déflagration régionale ont été si puissants que leurs ondes furent durement ressenties par l’ensemble des pays du Maghreb. Mais chaque pays a réagi en fonction de sa stratégie et de son agenda. Les émotions sur l’ensemble du Magreb se sont parées d’une solidarité sans faille avec les victimes palestiniennes qui souffrent depuis des années sous les bombes et les poings de fer israéliens.

Dans ses réactions multiples diplomatiques et populaires, chaque pays du Maghreb avait sa particularité, une empreinte propre à lui qui non seulement le distingue mais reflète la manière avec laquelle il perçoit les effets domestiques de ce bras de fer régional vieux de plusieurs décennies.

Le Maroc d’abord. Le pays est celui qui entretient les relations diplomatiques les plus avancées avec Israël dans le cadre des fameux accords d’Abraham. Dès le déclenchement de cette escalade, le Maroc a pris l’initiative diplomatique de convoquer une réunion de la Ligue arabe au niveau des ministres des affaires étrangères qui a lancé une feuille de route politique pour asseoir la paix dans cette région. La diplomatie marocaine a rappelé à cette occasion qu’elle avait toujours alerté la communauté internationale sur les risques d’explosion si les blocages au niveau politique et sécuritaire entre Israéliens et Palestiniens persistaient dans le temps sans aucune perspective d’éclaircie ou d’espoir.

Parallèlement à cette démarche diplomatique, la seule jusqu’a présent dans un contexte de déflagration régionale, le Maroc autorise des manifestations pacifiques pour que les Marocains puissent exprimer leurs soutiens aux civils palestiniens de la bande de Gaza. Le Maroc ne trouve aucune contradiction à entretenir des relations diplomatiques normales avec l’Etat hébreu et à s’inquiéter du sort réservé aux Palestiniens et à défendre leurs droits à un État national et à autoriser à ses citoyens d’exprimer dans la rue leur solidarité et leur soutien aux Palestiniens. Le message essentiel de cette démarche est que les accords d’Abraham ne sont aucunement un frein ou un obstacle à la defense de la cause palestinienne, élevée au rang de cause nationale au Maroc.

Cette cohérence et cette clarté sont totalement absentes dans la perception algérienne de ce conflit. Le régime militaire du duo Tebboune/Chengriha, contre toute attente, avait fait de la question des relations avec Israël un grand tabou national au point de l’utiliser comme un justificatif politique pour expliquer la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc et le volume d’agressivité et d’antagonisme qu’il nourrit à son égard. La question palestinienne est très présente dans la propagande officielle algérienne mais la réaction politique populaire est quasi absente face à cette escalade militaire entre Israël et le Hamas. Le régime et la population algériens ont brillé par leur silence et leur absence face aux multiples drames que vivent les Palestiniens sous le tapis de bombes israéliennes. Et la question qui se pose aujourd’hui à Alger : comment peut-on prétendre soutenir la cause palestinienne et interdire à la population algérienne la possibilité de manifester pour exprimer son soutien et sa solidarité ? La raison est d’une clarté limpide. Ce régime militaire algérien profondément, structurellement contesté par le peuple algérien, a une angoisse de voir se transformer ces manifestations pro-palestiniennes en protestations contre le régime algérien. Les multiples crises algériennes sont tellement vives que la moindre sortie des Algériens dans la rue peut avoir des conséquences politiques et sécuritaires d’une grande gravité.

En Tunisie, même si les autorisations ont été accordées au peuple tunisien de pouvoir manifester dans les rues, le positionnement, souvent erratique, du président de Tunisie Kaïs Saied interpelle par son incohérence et ses volte-face. Sur la question palestinienne, le président tunisien pousse la démagogie et le populisme à un niveau rarement atteint. De tous les pays du Maghreb, le Maroc est le seul à avoir une vision et une approche cohérentes, loin de l’usage domestique de la question palestinienne comme c’est le cas en Algérie, loin de la logique de marchandage comme en Tunisie. Et c’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que le Maroc conserve un indice d’estime et de confiance suffisamment haut auprès des Palestiniens toutes tendances confondues pour lui confier ou du moins le considérer comme apte à mener les délicates missions de médiation entre les partenaires de cette crise régionale.