J’écris ton nom… Liberté

J’écris ton nom… Liberté

«La liberté est un mot qui chante plus qu’il ne parle». Arthur Schopenhauer

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

La liberté est un mot redondant, porté souvent en étendard dès la naissance de l’homme qui consacre sa vie à l’affirmer. Cette propriété volontaire se voulant raisonnable revient dans tous les discours et à tous les étages. Aujourd’hui plus que jamais. Repenser la liberté à l’ère du virus semblerait donner naissance à de nouveaux sillons de pensée philosophique. Le philosophe est un oublié nécessaire à cette traversée du désert et au monde naissant. Sa voix doit porter pour créer de nouveaux territoires de pensée pour le sens de la liberté et du vivre-ensemble, dans un monde en profondes mutations. Repenser la liberté dans le coronamonde s’avère une gageure. Rien de moins improbable que de mettre des mots sur l’inconnu de ce que sera le monde après la pandémie. Chacun y va de son analyse, mais a-t-on la moindre idée de ce que l’Homme sera demain, après la peur, le risque de la mort et la méfiance qui a aujourd’hui, plus que jamais, droit de cité ? L’avant-virus prêtait discours aux libertés individuelles. Les débats découlant des libertés sexuelles, au Maroc, par exemple, ont souligné l’importance de penser les relations sexuelles hors mariage et le droit à l’appropriation du corps sans les ambivalences et les discordances psychotiques habituelles. Mais est-ce que ces débats ont réussi à définir le cadre de ladite liberté ? Là est toute la question. C’est là un exemple, une manifestation d’un débat sociétal, qui soulève l’importance d’aborder concrètement les lois qui régissent nos comportements, parfois, dans une totale hypocrisie, puisque quand l’étau se resserre, explosion et implosion sont proches. Et c’est toujours la société qui en paie le prix fort.
On revendique une liberté en tant que refus ou désir d’absence de soumission ou de contrainte. La liberté des uns débute à l’endroit où elle confirme celle des autres selon les philosophies des Lumières.
Le confinement et la lutte contre la pandémie ont restreint les libertés individuelles. L’Homme, tapi, attend une libération prochaine après les 2ème et 3ème vagues de contamination. Après également l’hécatombe humaine, vécue dans plusieurs pays se disant puissances mondiales -nous avons aujourd’hui atteint les 4 millions de personnes touchées dans le monde-, un chiffre à ne pas oublier, et qui est appelé à grossir. Ces puissances de l’ancien monde, car le nouveau monde a déjà un maître, nommé virus, ont posé les limites de cette liberté tant clamée en Occident. D’où la nécessité de repenser la liberté en un nouveau postulat de base qui n’est plus l’Homme, mais l’humanité dans ses limites face à un virus.

Oui, le virus redéfinit la liberté

Les libertés telles qu’elles ont toujours été prédéfinies semblent ne plus pouvoir être d’actualité, car la surveillance du nouveau monde ne relève plus de l’espace géographique ou de l’affirmation de son existence et de son autonomie plus ou moins rationnelle. Demain sera fait d’une surveillance sous la peau. Et la liberté en tant que précepte fera en sorte que ce même homme qui revendiquait le droit à une liberté de son corps revendiquera la surveillance de son corps par une puce pour être libre. Si demain on propose à tout le monde une puce électronique sous la peau pour une meilleure traçabilité de la santé, pour le bien communautaire, on serait étonné de voir la ruée et la cohue des habitants de la planète. Car marqué au fer rouge de la peur dans un monde qui lui échappe définitivement, l’Homme redevient esclave mais cette fois, esclave volontaire. Mais l’esclavage du futur est subtil. La suggestion et le conditionnement digitalisés ont permis une introduction douce dans la soumission. Avec cette simple puce l’Homme devient high-tech. Il devient technologique et monte dans le train du progrès.

Après l’iPhone, l’iPad, la SmarTV, l’Iqos, nous sommes en train d’assister à la naissance de l’Humain. Plus besoin de carte nationale, de permis ou de livret de famille, une simple puce permettra une identité cartographiée. Et on sera fiesr d’exhiber nos puces qui redéfinissent la liberté du nouveau monde. On portera le sceau de la liberté estampillée sous la peau. Le plus drôle, c’est qu’on se sentira en toute sécurité, avec une puce incrustée sous la peau. Une fois le message délivré avec cette sensation de protection qu’on a d’être surveillé et que certaines personnes sont quelque part, en train de surveiller notre bien-être en pensent à notre santé, on se sent invincible. Tout a été pensé pour me protéger. Tout a été pensé pour que je sois un numéro de série identifiable grâce à un code. On peut même me verrouiller et me déverrouiller. Puisque je suis devenu une liberté soumise à une puce.
Ce n’est pas là le scénario d’un film futuriste sensationnel. Loin de là. C’est une réalité. Et nous y sommes aujourd’hui. Pas besoin d’extraterrestre pour nous manipuler génétiquement. Au nom de la technologie et pour une santé optimale de tous et une protection nécessaire contre toutes les pandémies futures, l’Homme a déjà muté et changé de propriétés.

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom ….

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
….

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
LIBERTE

Extrait poème «Liberté,j’écris
ton nom»
Paul Eluard

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