Depuis son arrivée au pouvoir, Kaïs Saëd s’est arrangé pour mettre la Tunisie dans des conditions extrêmement difficiles. Ses déclarations et ses prises de position sanguines et hasardeuses ont énormément compliqué la relation de la Tunisie avec ses partenaires internationaux.
Aujourd’hui, il ne fait pas bon vivre en Tunisie. Le pays, qui était dans un passé pas si lointain un havre de liberté et d’innovation démocratique, voire un modele à suivre, est en train de se transformer en une dictature au visage assumé. La cause. Un appétit de pouvoir grandissant d’un président pourtant démocratiquement élu, Kaïs Saëd.
Dans l’exercice démocratique tunisien post-printemps arabe dont la Tunisie était à la fois le berceau et l’étincelle, Kaïs Saëd faisait office d’ovni politique. Venu de nulle part, sans structure partisane pour le soutenir et l’encadrer, il avait réussi à surfer sur le ras-le-bol général et être élu. Démagogie, populisme ont été ses principales recettes pour séduire une opinion avide de changements. Une fois installé au pouvoir, la principale obsession de Kaïs Saëd est non seulement de se maintenir au pouvoir mais de se tailler une Constitution sur mesure qui lui garantit les pleins pouvoirs. Depuis, l’homme élu s’est mué en dictateur confirmé. Il est au centre de toutes les décisions, les parlementaires et les ministres ne font que de la configuration. Les partis politiques qui le critiquent sont pourchassés, sous de multiples prétextes y compris en relation avec des entreprises terroristes.
Depuis son arrivée au pouvoir, Kaïs Saëd s’est arrangé pour mettre la Tunisie dans des conditions extrêmement difficiles. Ses déclarations et ses prises de position sanguines et hasardeuses ont énormément compliqué la relation de la Tunisie avec ses partenaires internationaux. La meilleure preuve en est le difficile dialogue que la Tunisie entretient avec les institutions financières internationales qui hésitent à lui accorder les crédits indispensables pour sortir le pays des méandres d’une crise économique sans précédent. Dans la Tunisie de Kaïs Saëd, l’économie est en berne, voire en recul. Le tourisme, une des principales rentrées d’argent des Tunisiens, se dégrade à vue d’œil. Le rêve des jeunes tunisiens est de quitter le pays et le périmètre des libértés se réduit comme une peau de chagrin. Après avoir été à un moment donné perçue par l’opinion internationale comme un des rares espaces verts de la démocratie dans le monde arabe, la Tunisie d’aujourd’hui ressemble davantage à une prison où la moindre critique du régime Kaïs Saëd est punie de prison comme vient de le démontrer à grands fracas l’affaire de l’avocate Sonia Dahmani, suivie de l’arrestation de nombreuses personnalités connues pour leurs engagements critiques à l’égard de Kaïs Saëd.
Avec le Maroc, le président tunisien avait volontairement provoqué une crise diplomatique inédite. Violant la position de neutralité positive que la diplomatie tunisienne avait historiquement observée à l’égard de la question du Sahara, il s’était permis de recevoir en grande pompe le chef des milices séparatistes du Polisario lors de la réunion des pays africains avec le Japon. Cette décision prise sous l’influence du régime algérien du président Abdelmajid Tebboune a plongé la Tunisie dans une confusion diplomatique sans précédent.
Le Maroc avait perçu cette démarche comme inamicale à son égard et Kaïs Saëd ne s’est donné aucune peine pour justifier cette nouvelle posture de son pays. Pire, quand le régime militaire d’Alger a pris la décision de lancer une nouvelle structure maghrébine avec l’espoir non camouflé d’isoler le Maroc de son environnement régional, il n’a trouvé comme véritable complice que Kaïs Saëd dont le pays a abrité cette réunion du complot anti-marocain. La tentative a échoué mais les stratégies d’alliance ont été clairement définies. Kaïs Saëd est un anti-Marocain presque aussi primaire que le président algérien Abdelmajid Tebboune. Sous influence directe de Tebboune, Kaïs Saëd a mis volontairement la Tunisie, en faillite économique totale, sous le boisseau de l’influence algérienne. Au point que certains commentaires à Alger qualifient, avec une forme de jouissance narcissique, la Tunisie de province algérienne. D’ailleurs les deux hommes, Tebboune et Saëd, se ressemblent comme des jumeaux dans leurs styles et leurs capacités à produire quolibets et sarcasmes. Le premier est fâché avec la réalité et les chiffres et donne, à chaque intervention publique, cette étrange impression de vivre dans un monde parallèle. Le second parle un tel langage politique aussi bigarré et décalé qu’il est impossible pour son audience de retenir ses fous rires. Les deux hommes ont poussé le ridicule politique et diplomatique à des niveaux rarement atteints dans la région au point de mériter ce surnom des Laurel et Hardy de la politique maghrébine.