Chroniques

La déception, l’ennemie jurée de l’espoir !

© D.R

Une vie passée à craindre et épier une issue dont personne ne connaît ni ne contrôle la date est une vie sans valeur aucune. C’est une vie bien morne !

Qui de nous pourrait prétendre n’avoir jamais ressenti de déception, jamais vécu la chute libre d’un espoir trahi, jamais voyagé à travers une attente désillusionnée à destination, jamais connu la rudesse d’un suspense raté, jamais entendu les battements de son cœur disparaître face à la réalité non espérée, ne s’être jamais pris la vérité de face lorsqu’il s’attendait à une toute autre de vérité… Que de jamais, jamais et jamais. Que de désespoir !
Certains parmi nous cultivent ou tentent néanmoins la «carpe diem attitude» qui prône la non-attente pour réduire l’«effet déception». Ce célèbre adage carpe diem on le doit à Horace, et il est tiré de l’un de ses vers : «carpe diem, quam minimum credula postero». Il voudrait textuellement dire «Cueille le jour, sans croire au lendemain». Il s’y adressait en fait à Leuconoé, une jeune femme très préoccupée par sa mort et toute l’incertitude qui l’entoure. Elle passe le plus clair ou plutôt le plus sombre de son temps à avoir peur que ce jour n’arrive. Il lui indique alors de ne pas se focaliser dessus et l’encourage au lieu de cela à favoriser son énergie à profiter du moment présent, c’est-à-dire à «cueillir le jour» tant que cela lui est possible.
Car une vie passée à craindre et épier une issue dont personne ne connaît ni ne contrôle la date est une vie sans valeur aucune. C’est une vie bien morne !
La mort comme la vie sont présentes avec nous au quotidien. Il ne s’agit pas seulement de notre vie ou de notre fin mais de tout ce que nous vivons et faisons vivre et le contraire également, de tout ce que nous éteignons ou faisons mourir, directement ou indirectement. «Indirectement» a beaucoup de sens ici et de valeur aussi, car c’est justement le comprendre cet indirectement, l’accepter et l’adhérer à nos plans qui fera de nous des personnes moins déçues de et par la finalité de chacune de nos entreprises.
Nous ne sommes jamais seuls à entreprendre le cours de nos vies, le futur de nos projets petits ou grands soient-ils, le «happy end » ou «not happy end» de nos agissements, la succession de nos actes, l’enchaînement de nos rêves, le cheminement de nos espoirs…
Nous vivons en groupe, petits et grands groupes. Et à part le groupe et nous, il y a tout l’univers, le méga universel groupe, la super puissante interactivité de tout et de tous !
Le déroulement de nos vies, le dénouement de nos lendemains ne dépendent pas que de nous et vice-versa. Ceux des autres non plus ! Un peu d’indulgence dans les deux sens soulage les uns et les autres et calme ainsi la déception si ravageuse. Oui ravageuse, car elle nous attend au tournant. Lequel de tournant ? Celui de notre vie. Il est difficile de lutter contre elle. Elle nous guette et surveille le moindre amoindrissement de nos lueurs d’espoir pour prendre place et nous dévaster de ses méfaits.
Si Leuconoé redoutait sa propre mort, nous en général, et pour la plupart d’entre nous, nous craignons la mort de tout ce que nous espérons, c’est-à-dire que nous craignons leur «non vie» et la nôtre aussi. Nous avons donc du «Leuconoé Mindset » en nous !
Je m’explique davantage. Nous appréhendons qu’il n’y ait pas de vie à tous nos calculs, à toutes nos mesures, à toutes nos précisions, à tous nos intérêts et à l’ensemble de nos ultras planifiés planifications, tout, tout et tout …
Chacun de nos pas si bien maîtrisé à l’avance se devra d’atteindre au millimètre près son si précieux et vital objectif.
Chacun de nos espoirs tant espérés se devra de décrocher le pic de cette espérance.
Chacun de nos souffles, mis dans nos prévisions, se devra d’engendrer le meilleur des retours.
Chacun de nos sous, injectés dans nos spéculations, se devra de tirer le maximum de profit.
Il n’y a pas de place à la non-atteinte de tout ce plan de vie, pas de place à moins de 100% de réussite.
Car calculateurs que nous sommes et avec l’assistance de la championne des calculs, la plus calculatrice des calculatrices, notre bien- aimée technologie bien sûr, nous n’admettons et ne tolérons aucun ratage.
Nous sommes les «pros» de la synchronisation et les chefs d’orchestre de tout ce qui va se passer ou non se passer pour nous.
Il ne s’agit pas de confiance en soi ou de positivité ici mais d’estimations irrationnellement rationnelles et ambitieusement trop ambitieuses, ne laissant aucune place à tous les éléments qui sont hors de notre contrôle et zéro probabilité à une arrivée non pas retardée ou mauvaise mais juste différente. La seule explication qui me vient à l’esprit est que ça n’est pas un souci d’arrivée mais de départ. Si le départ et son anticipation sont ratés, l’arrivée sera, elle, un aimant gigantesque à la déception.
Qui dit déception ! Dit : plus jamais !
J’ai commencé cette chronique par des tonnes de «jamais», je terminerais sur le même ton…
Jamais plus jamais comme on dit !
Jamais plus de confiance, jamais plus d’ami, jamais plus d’amour, jamais plus de vie tout simplement. Jamais plus rien !
Et donc cette mort tant appréhendée devient notre routine… Notre style de vie ! Notre style de non vie !
Nous ne pouvons éviter la déception, car l’éviter serait en quelque sorte se priver d’attente et de son espoir !
Serais-je en train de me contredire ?
Non !
La neutralité du concept du carpe diem étant à mon avis légèrement utopique. Il n’empêche qu’elle mériterait bien que l’on s’y attarde et que l’on s’entraîne délicatement dessus afin de trouver un juste dosage entre l’espoir de l’attente et le désespoir de la déception.
Jongler entre ces deux sentiments pour trouver notre équilibre. Celui qui fait briller l’ESPOIR et éteindre le désespoir.
Une meilleure communication avec le présent pour «un mieux vivre» avec l’avenir…

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