La Diplomatie, un moyen efficace pour une sortie de cette situation explosive

La Diplomatie, un moyen efficace pour une sortie de cette situation explosive

Géopolitique de la Transition Energétique ou Secousse des Etats

Par Yassir Lahrach *

En l’absence d’un marché unique de l’énergie, avec une rude bataille contre le réchauffement climatique, une présence de multiples frictions géopolitiques, un ralentissement amplifié des échanges chamboulant un commerce mondial ordinairement réglé au millimètre, une flambée et une rareté des matières premières (pétrole, gaz, etc.) sur le marché international et en plein cœur d’une transition décentralisation-décarbonisation-digitalisation, tout Etat souverain averti tente de faire de son mieux pour devenir le principal maître de son bouquet énergétique, à travers, notamment, la construction et le développement d’énergies renouvelables, couplées à des actions diplomatiques agiles et intelligentes.
Ainsi et face à une nouvelle guerre mondiale de l’énergie, la diplomatie est appelée à jouer un rôle crucial dans un contexte géopolitique endurci et complexifié, où de fortes tensions apparaissent, de plus en plus, entre les Etats, entre réaffirmation de puissances anciennes et irruption de nouveaux acteurs.
Au lendemain de la COP26, des dizaines de pays, conscients de la nécessité d’une imminente transition énergétique vers les ressources renouvelables moins carbonées, signent plusieurs engagements sur les énergies fossiles, une manière de promotion et de codification de règles internationales, avec l’adoption d’un Accord qui incite les pays à « intensifier leurs efforts vers la réduction du charbon sans systèmes de capture (de CO2) et à la sortie des subventions inefficaces aux énergies fossiles».
Toutefois, un tel processus de transition risque de s’avérer excessivement lent, compte tenu que les énergies fossiles constituent actuellement environ 85% de la consommation mondiale d’énergie primaire (Voir tableau détaillé ci-dessus).
Si l’on prend le cas du pétrole, sa fin fut annoncée depuis les années 1950 avec la théorie du Peak Oil (Marion King Hubbert) ou encore en 1972 dans le rapport Meadows qui prévoyait, pour la fin du XXe siècle, l’écroulement de sa production.
Pourtant, en ce XXIe siècle, il en est tout à fait autrement où les réserves mondiales de cette énergie fossile – à ne comptabiliser que celles prouvées – ont drastiquement explosé, avec l’exploitation de près de 1.700 milliards de barils, ce qui correspond à plus de 50 ans de consommation.
Et d’ailleurs, depuis près de deux décennies, les hydrocarbures non conventionnels, ou pétroles et gaz de schiste, révolutionnent, au vrai sens du terme, la géopolitique mondiale, freinant ainsi – matériellement – la transition énergétique et écologique.
Car il s’agit, tout simplement, d’une importante source de revenus fondamentale – bien qu’en diminution – et que les jeux de pouvoirs du lobby de l’industrie pétrolière et gazière, à l’échelle internationale, sont bien ajustés.
Tant que le dispositif international de contrôle et de sanctions est symboliquement et faussement mis en place, voire inexistant, il ne s’agirait que d’une pure ambition, difficilement abordable, surtout que les pays, tirant pleinement profit, à multiples égards, de ces énergies fossiles, en tant que producteurs, consommateurs, importateurs ou exportateurs, ne sauraient sacrifier leurs intérêts souverains et pécuniaires au détriment des néfastes répercussions écologiques, pourtant fortement nuisibles à la santé des êtres vivants (humains, animaux, végétaux et unicellulaires).
A noter également que l’empreinte du secteur des énergies est marquée par une originalité, caractérisée par le poids considérable des pays consommateurs qui est souvent aussi important que celui des producteurs et exportateurs, voire parfois bien plus grand.

Un abandon réel ou fictif des subventions publiques d’énergies fossiles ?

Même la France qui était toujours précautionneuse pour mettre un terme, dès la fin de l’année 2022, aux aides publiques étrangères fournies aux nouveaux projets charbonniers, pétroliers et gaziers sans techniques de capture de carbone (énergies fossiles) a, somme toute et vraisemblablement, cédé.
C’est ainsi que la ministre française de la transition écologique, Barbara Pompili, a officiellement déclaré, lors de la COP26 à Glasgow, que son pays a finalement décidé de rejoindre une coalition d’Etats qui s’engagent dans ce compromis alors que deux semaines auparavant, ce n’était point le cas.
Qu’en est-il réellement ? C’est très simple à comprendre si l’on prend, à titre d’exemple, l’exploitation du charbon, deuxième énergie la plus consommée à l’échelle planétaire, produisant 40% de l’électricité mondiale alors que la disparition de cette énergie, excessivement polluante, avait été faussement annoncée, dans le passé, lors de plusieurs sommets internationaux.
De manière générale, une question très récurrente que se posent d’érudits experts en stratégie, en énergie, en droit ou encore en relations internationales : est-ce que les engagements multilatéraux sont, préalablement, bien examinés pour pouvoir être effectivement honorés ou non ? Car ce sont, in fine, des dettes, comme disait Confucius : «Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette». Une certitude, difficilement vérifiable, si on remonte, par exemple, au Traité final de la COP21 qui avait consigné comme ambition de maïtriser le réchauffement climatique «bien en deçà de 2 °C» alors que les émissions mondiales de CO2 ont atteint, quelques années plus tard, en 2019, un nouveau record historique.

Le Maroc, un modèle en matière d’énergies renouvelables

Conscient de l’importance d’une indépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur et de l’énorme potentiel de croissance des énergies vertes, le Royaume du Maroc, grâce aux prodigieuses sagesse et intelligence de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le Glorifie, a réussi à construire un bouquet énergétique unique et propre (bas carbone), avec une forte prédominance en énergies renouvelables – éolienne et solaire, grâce à l’édification, notamment, du complexe solaire Noor à Ouarzazate, figurant parmi les plus grands parcs solaires au monde ou encore par le biais de projets de dessalement de l’eau de mer, du traitement des phosphates ou de la création de pôles industriels de grande taille.
Ce qui lui a permis de se classer au cinquième rang mondial de l’Indice de performance climatique (Climate Change Performance Index), dans son édition 2022, juste derrière le Danemark, la Suède, la Norvège et le Royaume-Uni.
Et tout récemment, le Maroc s’est même lancé le défi pour une revue à la hausse de sa contribution déterminée sur le plan national, se fixant comme objectif, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 45,5% à l’horizon 2030.
Le Royaume, de par son indéfectible engagement en pareille matière :
n organisera, prochainement (du 23 au 27 novembre 2021), à distance, la 9 édition de la Conférence internationale sur les énergies renouvelables, étant précisé que l’édition précédente avait connu un réel succès, avec la participation de plus de 1.500 participants de 76 pays.
n créera, imminemment, au sein de l’Office national des hydrocarbures et des mines, tout un département spécifiquement dédié aux projets pétroliers et gaziers.
Il n’en demeure pas moins non plus que le Maroc, en tant que puissance africaine et régionale incontestée, apporte tout son soutien, son assistance, son savoir-faire et son expertise à son continent, en appuyant de nombreux pays amis dans le secteur énergique, pour satisfaire leurs besoins en électricité, tout en préservant l’environnement voire pour disposer, à moyen terme, d’un important potentiel de production d’énergies renouvelables.
Aussi, est-il que le Royaume du Maroc devrait, fortement et imminemment, tirer profit de cette position privilégiée, en enrichissant sa politique étrangère à travers le déploiement d’une diplomatie energétique, allant même embellir davantage son image et lui permettre ainsi de négocier, dans une position fort apaisante, tous les futurs accords internationaux.

Proposition d’actions patentes pour un monde propre et éclairé

Bien que de multiples accords et rapports internationaux, onusiens ou d’ONG se consacrent aux questions liées à l’énergie, au développement durable et à la protection de l’environnement, il est toujours intéressant de sensibiliser les gouvernements, en vue d’étudier l’opportunité de retenir les principales recommandations ci-après, pour servir de solutions pour une paix mondialement durable et pour le bien-être de la planète, toute entière.
– Mise en place d’un cadre juridique et institutionnel international approprié.
-Consolidation des partenariats garantissant le transfert de technologies et le renforcement des capacités locales.
-Initiation d’une réelle régulation du climat, à travers la conception de villes intelligentes, à l’exemple de ce qui est fait par quelques pays, dont les Etats-Unis d’Amérique.
-Incitation des pays pour l’interconnexion électrique et l’hydrogène vert, ainsi que pour la compétitivité écologique, comme nouveaux facteurs géopolitiques.
Encouragement des start-up, pour le potentiel «disruptif» des technologies solaires.
-Stimulation des pays des opportunités économiques et politiques dans l’adoption d’une transition énergétique verte et de l’Investissement responsable.
-Exploitation, grâce à l’incitation à la recherche et au développement de composés organiques abondants, notamment, au fond des mers froides, tels que les hydrates de méthane (ou clathrates), pour une énergie assez bien distribuée spatialement.

(*) Docteur en droit/ Expert
en Intelligence économique analyste
en Stratégie internationale

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *