Ce scénario qui fait parler Jordan Bardella le patron du RN, comme un véritable Premier ministre, est le fruit d’une conviction profonde que rien aujourd’hui en France ne pourra résister au tsunami de l’extrême droite.
Alors que la campagne des législatives françaises anticipées bat son plein, les politologues, tels des turfistes passionnés, s’amusent à lancer les multiples scénarios que les urnes doivent enfanter ce fameux 7 juillet jour du second tour. Et s’il y a une particularité à ces prévisions, c’est qu’elles ne s’arrêtent sur aucune certitude. Tout est resté ouvert et tout est possible.
Le premier scénario qui enfièvre actuellement le landerneau politique est celui d’une arrivée massive du Rassemblement national au parlement dans le sillage de son triomphe aux élections européennes.
Ce scénario qui fait parler Jordan Bardella le patron du RN, comme un véritable Premier ministre, est le fruit d’une conviction profonde que rien aujourd’hui en France ne pourra résister au tsunami de l’extrême droite et que fatalement le poste de Premier ministre tombera comme un fruit mûr dans son escarcelle.
Pour cette extrême droite conquérante, ce scrutin législatif aboutira fatalement à une cohabitation avec le président Emmanuel Macron qui avait pris le soin d’annoncer que quel que soit le résultat de ces élections, il irait au bout de son mandat comme le lui garantit la Constitution. Cette séquence sera, à n’en pas douter, mise à profit par Marine le Pen, la grande patronne de l’extrême droite et utilisée comme une rampe de lancement pour la présidentielle de 2027.
Le second scénario est celui fort probable aussi de l’arrivée de la gauche en tête. Cette gauche, jadis travaillée par ses luttes intestines, paralysée par la guerre des égos de ses chefs, incapable de produire une vision commune et cohérente, s’est mise miraculeusement à l’union sous le parapluie du nouveau Front populaire. Malgré quelques incidents de parcours qui brouillent son image et sa stratégie comme les couacs provoqués par les investitures de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, cette gauche paraît requinquée par l’urgence et la gravité d’une possible arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Dans cette optique et devant la dramatisation à outrance de ce danger, de nombreux abstentionnistes peuvent retrouver le chemin des urnes et de nombreux réservoirs de votes, comme les banlieues, jadis en rupture institutionnelle avec le système, peuvent retrouver l’usage de leurs votes et donc de leurs capacités à influencer le cours de événements.
D’autant plus que cette gauche a eu cette intelligence de situation de mettre en avant un programme politique alléchant pour les classes populaire et moyenne qui ont été victimes d’une gouvernance au rasoir de la période Emmanuel Macron et dont les injustices ont été provoquées par l’usage abusif du fameux 49.3. Les mesures de gauche présentée au fronton de son programme sont de nature à faire réfléchir les hésitants et à séduire les chalands.
Le troisième scénario très populaire aussi dans les milieux de la prévision politique est qu’aucune force politique ne puisse dominer la composition du parlement. La stratégie des trois tiers, un tiers pour l’extrême droite, un tiers pour le Front populaire, et un tiers pour la majorité présidentielle. Aucun parti ne peut prétendre naturellement à détenir le poste de Premier ministre. Aucune majorité claire ne se dégage et pour gouverner le pays il faut se livrer à d’improbables alliances impossibles à réaliser sur le papier. Ce troisième scénario du blocage complet puisque l’assemblée serait incapable de produire une majorité de gouvernement, le cauchemar du président Macron rendra le pays ingouvernable et l’exécutif fragile et instable. Des zones de turbulence sont à prévoir entre des groupes politiques qui auront l’impression d’avoir réalisé des performances électorales mais pas suffisamment pour prétendre gouverner le pays. Cette situation mettrait d’énormes pressions sur le président Emmanuel Macron qui aura à affronter une véritable crise de régime et dont l’issue ne pourrait être qu’une démission de sa part et l’organisation d’élections présidentielles anticipées.
Dans ce cas de figure, Emmanuel Macron, sur un coup de dés hasardeux, aura perdu sa majorité relative au parlement et aura participé lui-même à raccourcir son second mandat. Sa grande perte ne se limitera pas à plonger le pays dans une instabilité chronique mais aussi donner un grand coup d’accélérateur au calendrier politique. La France aura donc à choisir entre une majorité d’extrême droite avec toutes les conséquences que cela implique, une majorité de gauche avec toutes les espérances qu’elle suscite et une incertitude institutionnelle avec toutes les angoisses qu’elle préfigure.