La marocanité du Sahara, à travers l’histoire et les dynasties (2ème partie)

La marocanité du Sahara, à travers l’histoire et les dynasties (2ème partie)

Pour maintenir vif l’attachement du Maroc à son Sahara, en dépit des clauses contraignantes imposées par le système du protectorat, le Sultan Moulay Abdelaziz avait nommé, en 1905, son oncle Moulay Idriss Ben Abderrahman Ben Souleiman, en qualité d’envoyé du Souverain pour diriger la résistance nationale dans les terres sahariennes.

La Dynastie Alaouite (1659 à nos jours)

 

Par Sidi Mohamed Biadillah
Diplomate

Moulay Ali Chérif, descendant du Prophète, et originaire de Tafilalet, s’appuie sur les confréries sahariennes pour rétablir le pouvoir central après la décadence des Saâdiens.
Le Sultan Moulay Rachid traversa, en 1670, Sakia El Hamra, en empruntant Trig Lamtouni, pour raffermir la souveraineté de l’Etat, face à un mouvement rebelle qui s’est autoproclamé dans la vallée du Souss.
Le Sultan Moulay Ismaïl (1672-1727), dont la mère est saharienne, consolide les liens particuliers du Souverain chérifien avec les tribus sahariennes, et leur confère une dimension familiale et intime, après avoir épousé la Princesse Khnatha Bent Bekkar Al Maghferia, de la confédération des tribus Beni Hassan, mère du Sultan Moulay Abdellah, des Sultans et de sa lignée souveraine.
Durant son règne d’un demi-siècle, le Sultan Moulay Ismaïl entreprit de nombreuses tournées et envoya de multiples expéditions dans les régions sahariennes, donnant un nouvel âge d’or à la politique saharienne du Maroc.

La ratification du Sultan Mohammed IV du système judiciaire coutumier saharien

Le Sultan Mohammed IV (1859-1873) reçut un recours, durant la sixième décade du XIX siècle, soumis au Souverain, Commandeur des Croyants, en sa qualité d’autorité suprême judiciaire, des tribus Rgueibat et Tajakant sur un contentieux territorial les opposant sur la jouissance et la répartition des aires de pâturage de Oued Sakia El Hamra.
Le Sultan Mohammed IV institua et présida, en personne, une Haute Cour, composée de 70 juges de Fès et de Marrakech, pour statuer sur le contentieux, entre les tribus sahariennes et apposa le seau souverain au verdict prononcé en faveur des Rgueibat.
Suite au verdict, une délégation des Rgueibat, présidée par le Cadi (juge) Haj El Bachir El Barbouchi Rgueibi, fut reçue par le Sultan Mohammed IV et lui prêta allégeance. Celui-ci l’incorpora au contingent de pèlerinage marocain.
Ce faisant, le Sultan Mohammed IV donna son assentiment au système judiciaire coutumier propre aux Rgueibat, tel que codifié et mis en place par Abd Al-Hay Al- Berbouchi Rgueibi à la fin du XVIIIe siècle, suivant les percepts coraniques et le rite malékite qui dictent à «Ahl al-Halli wal ‘Aqd» (les gens qui lient et délient), dans «Bled Siba», d’y représenter le Sultan et d’y exercer l’autorité en son nom.

Les Sultans, meneurs de la résistance saharienne marocaine anticoloniale

Suite à la proclamation espagnole, en 1884, de l’instauration du système de protectorat dans la région du Sahara, en violation du traité maroco-espagnol du 28 mai 1767, le Sultan Hassan Ier rejette, dans une protestation adressée le 18 mai 1886 aux représentants des puissances européennes à Tanger, l’occupation du sud du Maroc et rappelle, un mois après, à l’Espagne que Rio de Oro est «habité par les Ouled Delim et la tribu des Aroussiyine qui sont nos fidèles serviteurs qui se sont installés aux environs de Marrakech et de Fès».
Du fait de la résistance marocaine, menée sous l’égide des Sultans, l’occupation espagnole du Sahara marocain est restée, souvent, ponctuelle et partielle et ne concernait nullement l’hinterland. xLe charismatique marabout-fondateur de la tribu, Cheikh Ma El Aïnin, qui prêta allégeance aux Sultans Moulay Abderrahmane (1860), Hassan Ier (1890) et Moulay Abdelaziz (1904), conféra, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe plus d’envergure et d’écho à la résistance marocaine dans les terres sahariennes. Pour maintenir vif l’attachement du Maroc à son Sahara, en dépit des clauses contraignantes imposées par le système du protectorat, le Sultan Moulay Abdelaziz avait nommé, en 1905, son oncle Moulay Idriss Ben Abderrahman Ben Souleiman, en qualité d’envoyé du Souverain pour diriger la résistance nationale dans les terres sahariennes. Les tribus sahariennes ont continué de combattre farouchement l’occupation militaire, française et espagnole, comme ce fut le cas dans les Batailles d’Adrar, en 1908, et de Smara, en 1913, et n’ont baissé les armes qu’en 1934, lors de «Malga la H’kama».

Le combat du Sultan Mohammed V du parachèvement de l’intégrité territoriale du Maroc

Dès son retour de l’exil forcé, le 16 novembre 1955, le Sultan Mohammed V s’attelle au parachèvement de l’intégrité territoriale ; la proclamation de l’indépendance ne concernait que les zones nord et centre.
Ainsi, l’Armée de Libération Nationale du Sud, formée de résistants volontaires du sud comme du nord du Maroc, fut créée en 1956, pour structurer et coordonner les opérations de résistance contre l’occupation du Sahara marocain, et ce aux fins de hâter la retour de la région du Sahara au giron de la Mère Patrie. Les résistants réussissent, en plus de forcer l’armée de l’occupant, à se retrancher dans leurs casernes, construites au bord des villes sahariennes, à administrer, au nom du Roi, une grande partie du territoire – des rives de Oued Sakia El Hamra jusqu’à la frontière méridionale du Rio de Oro -, où elles s’attelèrent à raffermir l’implantation des signes et de l’exercice effectif de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, notamment en dressant les emblèmes du Royaume dans les édifices officiels, en garantissant l’ordre public, en rendant la justice et en levant l’impôt. En parallèle, le Sultan Mohammed V reprit les traditions souveraines des liens éternels d’allégeance des tribus sahariennes, en effectuant une tournée au Sud du pays, qui le mènera à M’Hamid el-Ghizlane, la Porte du Sahara dans la vallée de Drâa, le 25 février 1959, où il tient à exprimer sa fierté de voir «… des Regueibat, des Teknas, des Ouled Delim et d’autres tribus Chenguit, et de les entendre, accompagnés de leurs hommes de loi et de leurs lettrés, nous réaffirmer – comme leurs pères l’ont fait à notre aïeul – leur attachement au Trône Alaouite et leur appartenance au Maroc par des liens étroits et qui ne peuvent être tranchés. (…) nous leur réaffirmons, à notre tour – et que les présents en informent les absents – que nous continuerons à œuvrer en tout ce qui est en notre pouvoir pour recouvrer notre Sahara».
Sous les auspices de Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V, que Dieu ait Son âme, l’Armée de Libération marocaine du Sud, dont la principale ossature a été composée de vaillants combattants de toutes les tribus sahariennes, reprit la lutte armée contre l’occupant et restaura l’autorité du Makhzen sur tout le Sahara marocain. En effet, le drapeau national a été hissé dans les principales villes du Sahara, notamment Laâyoune, Dcheira et Smara, qui ont été le théâtre de grandes batailles contre l’occupant espagnol (Bataille de Dcheira).
En représailles, les forces coloniales françaises et espagnoles, coalisées pour l’occasion, menèrent, en 1958, une riposte disproportionnée et meurtrière, connue sous le nom de l’«Opération Écouvillon». L’un des premiers actes du Sultan Mohammed V, après son retour de l’exil forcé en Corse et à Antsirabe, le 16 novembre 1955, et la proclamation de l’indépendance du Maroc, le 18 novembre, est d’œuvrer pour la récupération du Sahara marocain en vue du parachèvement de l’intégrité territoriale du Maroc.
La Marche Verte de Sa Majesté le Roi Hassan II
Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait Son âme, scella, définitivement, le parachèvement, ad vitam æternam, de l’intégrité territoriale et l’unité nationale du Royaume, par la Marche Verte pacifique du 6 novembre 1975, à laquelle ont participé 350.000 citoyennes et citoyens marocains, et ce suivant l’Avis consultatif de la Cour internationale de justice du 16 octobre 1975, qui confirme que le Sahara marocain n’a jamais été «Terra Nullius» et l’existence de liens juridiques et d’allégeance entre les Sultans du Maroc et les tribus sahariennes.
La Marche Verte se révèle un acte fondateur de l’histoire marocaine contemporaine, de par sa reconfiguration de la place géostratégique du Maroc et ses prolongements continus sur la vie sociale, politique, économique et culturelle, … sur la Nation.

Le chantier de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour le rétablissement du Sahara marocain dans son rôle transafricain

L’ambitieux et réaliste programme du développement des provinces d’un investissement global de plus de 80 milliards de dirhams (8 milliards de dollars), mis en œuvre depuis 2015, sous les auspices de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le préserve, est pensé pour réconforter le Sahara marocain dans sa place naturelle et historique ; celle de charnière entre le Maroc et sa profondeur africaine.
Ce programme d’investissement massif s’articule autour d’un ensemble intégré d’infrastructures à même de permettre à la région du Sahara marocain, d’une part, de consolider ses paramètres socioéconomiques –déjà supérieurs à la moyenne nationale- et, d’autre part, de disposer des leviers à la hauteur de son rôle, en marche, dans l’intégration interrégionale africaine. Parmi ses infrastructures se distinguent les : stations de dessalement de l’eau de mer, barrages et retenues collinaires, périmètres agricoles, autoroute Tiznit-Dakhla, port atlantique de Dakhla, sites d’énergie éolienne et solaire, CHU de Laâyoune, Technopole de Foum el Oued, pôles logistiques et industriels, ainsi que les aéroports internationaux de Laâyoune et Dakhla.
Cet ambitieux programme dont la gouvernance est, d’ailleurs, assurée par une élite politique et managériale autochtone, lauréate de l’école et de partis politiques marocains, ressuscitera le rôle de vecteurs d’échange et d’interaction entre le Maroc et les autres pays de l’Afrique, que les populations sahariennes ont toujours su nourrir.
Il s’insère dans la Vision Royale globale qui fait, d’ores et déjà, du Royaume du Maroc un partenaire stratégique d’une Afrique nouvelle, comme en témoignent les successives tournées africaines réalisées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, et le niveau de coopération du Maroc avec l’Afrique subsaharienne : Le Maroc est le 2ème investisseur en Afrique, et dont les investissements sont accompagnés d’un programme de formation et d’échange de bonnes pratiques.
Il s’agit, en fait, d’un co-engagement solidaire et pragmatique qui croit en l’Afrique de demain, celle qui a réalisé 25 années de croissance économique continue.
L’interruption de cette croissance par la Covid-19 n’est que momentanée, étant donné les énormes potentialités africaines : une population jeune, des ressources naturelles et hydriques abondantes, un sol vierge et riche et une nouvelle génération de dirigeants compétents et décomplexés.
La zone de libre-échange africaine (ZLECAF), l’une des plus grandes du monde, redonne un regain d’intérêt à cette prometteuse dynamique. L’établissement de 10 consulats généraux africains dans les provinces du Sud (6 à Laâyoune, 4 à Dakhla) est une preuve supplémentaire, qui témoigne de cette forte volonté politique de coopération intra-africaine gagnant-gagnant, s’inscrivant dans la Vision stratégique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, à l’égard de la coopération du Maroc avec les pays africains au sud du Sahara.
Ce programme de développement permettra au “Sahara marocain de se positionner comme un pôle économique intégré. Appelé à servir de trait d’union entre le Maroc et sa profondeur africaine, il s’affirmera comme une plaque tournante pour les relations entre les pays de la région” (discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI du 6 novembre 2017, 42ème anniversaire de la Marche Verte).

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