Hypothèses
Les réticences proviennent davantage du côté algérien. Le côté français, par la voie du président Macron, s’est régulièrement dit prêt à cette possibilité pour redonner à la relation entre la France et l’Algérie le lustre qu’elle mérite.
Cette rencontre entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune était très attendue et à deux doigts de se tenir en marge du sommet du G20 en Afrique du Sud. Sauf que le président algérien ne s’y est pas rendu, posant un énorme lapin au président français. Ce dernier était tellement certain de le rencontrer qu’il avait promis à Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, récemment libéré des prisons algériennes, d’évoquer avec lui à Johannesburg la possibilité pour lui de revenir en Algérie.
Et c’est Boualem Sansal qui révèle cet état d’esprit de Macron après leur discrète rencontre à l’Elysée. Cela impliquait une chose. Le président français était assuré de rencontrer Tebboune en marge du G20. Jusqu’à ce qu’Alger annule cette participation. De nombreuses hypothèses ont circulé sur les raisons de cette annulation. La moins politique était celle d’évoquer des raisons de santé propres au président Tebboune qui l’empêchaient d’effectuer un long voyage en avion sous peine d’en subir les conséquences. Mais cette raison ressemble plus à un arrêt maladie de complaisance qui couvre une absence désirée dont on ne veut pas avouer les véritables raisons.
L’autre hypothèse qui circule pour justifier la non-venue de Tebboune en Afrique du Sud est celle motivée par la volonté de ne pas rencontrer justement le président Macron. Dans ce cas il faut comprendre que pour Alger, les conditions ne sont pas encore réunies pour une véritable réconciliation qu’aurait incarnée ce sommet entre les deux leaderships. Il est de notoriété publique que les équipes diplomatiques des deux pays travaillent d’arrache-pied depuis la libération de Boualem Sansal à organiser cette rencontre au sommet. Cette occasion ratée montre sans doute que les conditions n’ont pas encore mûri pour qu’elle ait lieu.
Et il faut croire que les réticences proviennent davantage du côté algérien. Le côté français, par la voie du président Macron, s’est régulièrement dit prêt à cette possibilité pour redonner à la relation entre la France et l’Algérie le lustre qu’elle mérite. Sans doute faut-il comprendre qu’au sein de l’architecture du pouvoir algérien, des forces seraient sinon hostiles à ce rapprochement du moins posent des conditions irréalisables pour le relancer.
Une des conditions algériennes posées en coulisses avant le 31 octobre, date du vote sur la reconnaissance des Nations Unies de la marocanité du Sahara, était que Paris puisse tempérer son enthousiasme à soutenir la souveraineté du Maroc sur ses provinces sahariennes. Conditions aujourd’hui caduques et démagnétisées. Sans doute les négociations ont porté sur d’autres domaines proches des préoccupations de l’élite politico-militaire au pouvoir à Alger et dont la mobilité vers Paris a été réduite de manière significative, sans évoquer les menaces françaises à peine voilées d’ouvrir le dossier des bien mal acquis algériens en France.
Cette rencontre attendue entre Tebboune et Macron se prépare aussi au niveau du ministre de l’intérieur Laurent Nunez dont on annonce la visite à Alger incessamment. Cette visite du successeur de Bruno Retailleau est attendue comme une étape majeure dans le retour de la coopération sécuritaire entre les deux pays notamment sur deux niveaux, celui de la lutte contre le terrorisme et celui de la lutte contre l’immigration clandestine et la résolution du phénomène des OQTF, ces clandestins algériens que la France voudrait expulser vers l’Algérie. Cette visite de Nunez ainsi que le sommet Tebboune-Macron ont certainement été l’objet de discussions avec les autorités algériennes qui ont reçu récemment la secrétaire générale du ministère des affaires étrangères français Anne Marie Descôtes.
Ce qui est à noter dans le discours officiel français sur cette rencontre entre Macron et Tebboune est un changement de ton diplomatique français. Les mots et la tonalité utilisés par le président Emmanuel Macron pour évoquer ce sommet sont empreints d’une sorte de fermeté qui ne supporte plus que la relation entre les deux pays soit otage des caprices algériens et de ses soubresauts sanguins. Macron invite Tebboune à se comporter en responsable adulte, rationnel pour dépasser les divergences entre les deux pays et asseoir les relations sur des bases solides, loin de cette instabilité d’humeur et de cette névrose qui les caractérisent.
La rencontre entre Tebboune et Macron aura lieu quand le leadership algérien aura compris qu’il faut passer à autre chose pour bâtir des alliances et des intérêts communs.










