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La violence à l’encontre dès femmes : Un dossier qui fâche

La violence interpelle. La sécurité de la femme, les lois qui en découlent, est le socle d’une société saine qui construit l’avenir.

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

Il est vrai que, comparé aux autres pays arabes et africains, le Royaume a ouvert des chantiers de réformes pour améliorer la vie et la situation de la femme marocaine. Une Moudawana, lancée en 2004, considérée à juste titre comme un immense pas en avant pour la lutte des femmes. Cette nouvelle loi a donné de l’espoir aux Marocaines. Elle a limité les dégâts, elle a mis fin à quelques comportements archaïques de la part des hommes cumulant les épouses et répudiant à tour de bras. Mais, malgré ce vent frais, arraché au bout de longues décennies de lutte, la femme marocaine est toujours sous tutelle. Comme le souligne l’Association démocratique des femmes du Maroc, il est évident qu’en dépit des avancées, l’accès des Marocaines à la citoyenneté pleine et entière n’est pas encore acquis. «Les Marocaines subissent encore aujourd’hui des discriminations légales flagrantes. Le code de la famille maintient la polygamie, la répudiation, l’incapacité des mères à exercer la tutelle légale sur leurs enfants et l’inégalité successorale. Par ailleurs, le code pénal est marqué par une vision patriarcale basée sur le contrôle de la liberté et le corps des femmes».

En effet, la femme marocaine est toujours battue. Ses droits fondamentaux sont bafoués. Elle est harcelée, violée et ce face au silence complice des autres. Pour certaines femmes, parler de harcèlement ou de viol équivaut à une mise au ban de la société. D’autres femmes subissent des «viols légaux» de la part de maris agressifs et violents. Là aussi, impossible de recourir au divorce de peur de se retrouver seule, avec des enfants à nourrir. C’est ce cercle vicieux que plusieurs associations de femmes au Maroc tentent de briser comme l’Association marocaine pour les droits des femmes, l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes et d’autres organismes qui sont au fait des souffrances vécues par des employées de bureau, des secrétaires, des épouses, des étudiantes, des «petites bonnes», des chefs d’entreprises, des femmes politiques…

Aujourd’hui au Maroc, les mentalités ont un peu évolué, mais les vieilles habitudes ont la peau dure, comme le souligne une jeune infirmière, qui dit avoir changé trois fois de travail pour cause de harcèlement moral et physique. Nous en sommes encore à parler des femmes comme d’une «race inférieure» qu’il faut garder sous tutelle. Les proverbes populaires sont légion à ce sujet. Et les anecdotes racontées entre «mâles» sont tout aussi nombreuses pour marquer une hypothétique supériorité des hommes sur les femmes. Pourtant les femmes sont mères au foyer. Elles élèvent des générations d’hommes, triment dans la maison et ailleurs, aident leurs maris à joindre les deux bouts dans un élan de sacrifice qui paraît couler de source. Elles subissent la vie, le stress et font semblant que tout va bien. Cette capacité d’adaptation est une force capitale. Mais on doit l’employer à bon escient pour éduquer nos enfants, veiller à l’équilibre des familles et la solidité du tissu familial marocain. Pourtant, les signaux négatifs sont toujours là. «Les hommes semblent avoir des comptes à régler avec les femmes. C’est un problème qui relève de la psychiatrie. Mais ils refusent de se regarder en face et de demander de l’aide pour guérir», conclut une quadragénaire, enseignante dans un lycée.

Sans oublier enfin de souligner cette aberration : habituellement au Maroc, célébrer la femme le 8 Mars, c’est rendre hommage à des femmes qui ont réussi. C’est une excellente chose que d’honorer toutes celles qui ont trimé pour en arriver là où elles sont à la tête de grandes entreprises et dirigent de magnifiques projets. Mais il y a toutes les autres femmes, celles dont on ne parle jamais. Celles qui vivent loin des feux de la rampe. Celles qui font un travail exceptionnel dans les campagnes, les douars, les bidonvilles, les quartiers difficiles sans jamais se plaindre. Ce sont les héroïnes des temps modernes à qui on se doit de rendre un hommage appuyé tant leurs sacrifices sont immenses. Ce sont des femmes oubliées par la vie, mais qui s’accrochent pour élever leurs enfants et donner du bonheur autour d’elles. Toutes ces femmes de l’ombre ont aussi besoin qu’on s’intéresse à elles, qu’on aille voir ce dont elles ont besoin, et là les manques et les déficits sont incommensurables.

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