Chroniques

Label marocanité : Contrefaçon de l’indignation

© D.R

Il est écrit, assez mal par ailleurs puisqu’il est relativement répétitif et parfois simpliste, par un ancien diplomate de 93 ans du nom de Stéphane Hessel. Rédigé d’une voix douce mais pamphlétaire,  ce manifeste, qui peut se lire entre deux stations de trains, est une exhortation contre l’indifférence et un appel à une révolte tranquille. Ce succès énigmatique n’est pas nécessairement  en rapport avec le prix de la brochure (3€euros). Il a certainement un lien avec l’âge du révolté et surtout l’estime et la crédibilité dont il bénéficie. Car il ne suffit pas qu’une parole soit proférée pour qu’elle soit probe. La probité de l’auteur prime. Au Maroc, en ces instants de tumultes, nous vivons des temps où la rhétorique de l’indignation est partout propagée. Oh ! Il y a certes de l’indignation authentique, noble sentiment, et loin de moi de douter qu’une grande partie de la jeunesse en soit porteuse. Je me méfie cependant de certains spécialistes de la contrefaçon de l’indignation, de la caricature de l’indignation, de l’indignation falsifiée qui prend la forme d’une révolte constante et obsessionnelle contre le même objet ou les mêmes personnes. Il y a confusion, camarde ! Ce registre là est celui du ressentiment, de la rancœur éloquente et de la verve revancharde. Je constate qu’on revendique un Roi parfait, une Constitution parfaite, un droit parfait, une justice parfaite, un Parlement parfait, une classe politique parfaite, des municipalités parfaites, des partis parfaits, des libertés parfaites, un pouvoir d’achat parfait. C’est l’élevage industriel de la pureté et l’ère de l’abolition de l’imperfection. Partout. Ici et maintenant. Que celui qui est imparfait baisse les yeux !
Surenchère pour surenchère. Je demande pour ma part une égalité parfaite entre hommes et femmes. Que celle-ci soit inscrite, noir sur blanc, dans la Constitution. C’est une demande simple. Elle ne coûte rien. Elle dépend de nous et elle nous haussera aux yeux du monde.  Pourtant, c’est tellement difficile. Et je connais beaucoup de perfectionnistes qui seraient les premiers à monter sur les barricades pour s’opposer à cette égalité qui menacera indubitablement leurs intérêts intimes et dont l’avènement peut charrier tellement d’enjeux sociaux et religieux à commencer par la jurisprudence de l’héritage.
Nul doute que les jeunes qui s’éveillent à la vie avec ce désir de la consommer goulûment doivent trouver une réponse politique. Mais il faudra se méfier de la tentation du jeunisme. Celui-ci, en cas de vacuité politique, peut devenir la maladie infantile d’une société en quête de sens.

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